L’Algérie cherche toujours son modèle économique

A l’occasion du cinquantenaire des Accords d’Evian qui officialisent l’indépendance du pays, après 132 ans de colonisation française, L’Expansion.com passe en revue les atouts et les faiblesses de l’économie algérienne.

Le Printemps arabe n’a pas fait dérailler la croissance algérienne. Selon les prévisions du FMI , la hausse du PIB du pays a été proche de 2,5% en 2011 et devrait avoisiner 3% en 2012. Une performance due essentiellement à la hausse du prix des hydrocarbures, qui masque d’importantes faiblesses structurelles.

« Depuis 2005, les prix du pétrole ont dépassé les 100 dollars et les compagnies pétrolières ont réalisé des bénéfices colossaux qui étaient inimaginables lorsque les contrats avaient été signés », avoue le ministre algérien de l’Energie Youcef Yousfi. Résultat : l’Algérie est le deuxième plus gros détenteur de réserves de change après l’Arabie saoudite. Son excédent courant a atteint 9,5% du PIB en 2011 (à titre de comparaison, l’Allemagne ne dégage qu’un excédent courant de 6% du PIB). L’Algérie est aussi le pays le moins endetté des pays de la région (environ 10% du PIB cette année).

Le gouvernement a donc amplement les moyens pour soutenir l’économie. Depuis 2003, il consacre 50% de la fiscalité pétrolière (soit environ 13% du PIB) aux transferts sociaux (770 milliards de dinars, soit 75 milliards d’euros), selon une étude du CERI. Les résultats sont là: le taux de pauvreté est tombé à 4,9% de la population totale pour 12,1% en 2000. Et la population ne se soulève pas : même si des centaines de manifestations sont organisées, pour l’instant, aucune n’a débouché sur un mouvement de masse.

Un jeune sur cinq est au chômage

Reste que si la population est moins pauvre, la manne pétrolière n’a profité qu’à une poignée de privilégiés: environ 200 000 personnes (pour 34,5 millions d’habitants) liées, de près ou de loin, à l’appareil d’Etat, selon Ghazi Hidouci, qui fut ministre des Finances pendant la brève parenthèse réformatrice des années 80. La précarité reste le lot de la majorité des citoyens : 4 millions de personnes, soit la moitié des actifs, ne disposent d’aucune protection sociale et sont employés dans l’économie informelle (secteur des services, agriculture et bâtiment), selon la même étude du CERI.

Les experts, selon le ministre, évaluent le taux de l’économie souterraine entre 20 et 40% du Produit intérieur brut. La moitié du chiffre d’affaires des opérateurs économiques algériens proviendrait de l’économie informelle, selon le ministre algérien du Commerce Mustapha Benbada. Sur les trois dernières années, les transactions sans facture sont estimées à 155 milliards de dinars (1,55 milliard d’euros). Signe que cette économie de la débrouille gangrène tout le reste : la part de l’industrie est tombée à seulement 5% en 2011 contre plus de 20% à la fin des années 1970.

L’Algérie doit repenser la « logique de développement » de son industrie, dont la contribution à la croissance économique reste faible, pour relever les défis imposés par la situation économique mondiale, affirme le ministre de l’Industrie Mohamed Benmeradi. Une importante organisation patronale algérienne vient de proposer au gouvernement un pacte de croissance en 50 mesures pour sortir l’Algérie de la dépendance aux hydrocarbures en mettant l’entreprise privée au centre du moteur économique.

Mais l’urgence absolue, c’est de donner du travail aux jeunes, estime un économiste, sinon ce sera l’explosion sociale. Plus des deux-tiers des Algériens ont moins de 35 ans. 21% de ces jeunes sont au chômage pour un taux global estimé par le FMI à 10% de la population active. Un résultat inquiétant, à l’approche des élections du 10 mai prochain.

Par Sébastien Julian 

Source: lexpress.fr

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