L’Afrique silencieuse

Par Tshitenge Lubabu M.K.
benoitPlusieurs scandales d’abus sexuels sur mineurs ont éclaté dans le clergé africain ces dernières années. Mais la question, sur le continent, reste taboue.

L’Eglise catholique africaine est-elle touchée ou épargnée par les scandales de pédophilie qui éclaboussent aujourd’hui le clergé, en Europe et en Amérique ? La question est à la fois délicate et difficile. « Au sein de l’Eglise, on n’a pas le droit d’en parler, explique un prêtre congolais des facultés théologiques de Kinshasa. L’institution est gênée, elle ne joue pas le jeu de la transparence. De manière hypothétique, il y a eu des cas en Afrique. » Mais nul n’en parle, à cause de la loi du silence. A Kinshasa, les hommes de Dieu qui s’écartent du droit chemin sont surnommés, en lingala populaire, sango bidoba (littéralement : « prêtres fornicateurs »).

L’affaire qui, ces dernières années, a eu le plus grand retentissement en Afrique francophone concerne un prêtre français, le père François Lefort des Ylouses, qui a officié au Sénégal au milieu des années 1990. Au terme d’une procédure ouverte en 1995, il a été condamné, en 2005, par la cour d’assises de Nanterre (région parisienne), à huit ans de réclusion et à une amende de 134 000 euros pour agressions sexuelles, viols et tentatives de corruption sur six Sénégalais de moins de 15 ans. Des faits niés par l’intéressé.

Ouganda et RD Congo

En Ouganda, en 2009, le père Anthony Musaala a fait l’objet d’accusations de sodomie sur des enfants. Au Kenya, la même année, Renato Kizito Sesana, un prêtre italien responsable du Koinonia Community Center, à Nairobi, a été également accusé de sévices sexuels sur des mineurs. Lui aussi clame son innocence.

En RD Congo, plusieurs scandales ont été étouffés, dont des fillettes ont été les principales victimes. Ainsi, à la mission catholique de Kamponde, au Kasaï-Occidental (Centre), l’abbé Mandanda Nzambi, atteint du VIH/sida, a abusé d’une mineure qui travaillait pour lui comme domestique au milieu des années 2000. Tous deux sont décédés. A Kinshasa, un prêtre a tenté de faire avorter une mineure qu’il avait mise enceinte. Mais lorsque les parents de la victime s’en sont rendu compte, un arrangement à l’amiable a été trouvé.

A Bukavu, dans le Sud-Kivu (Est), une jeune femme qui voulait entrer dans les ordres affirme que certains prêtres ont abusé de mineures. « Ils se sont écartés de leur rôle de guide spirituel. Ils invitaient leurs pupilles à faire des retraites, loin de Bukavu, et ils se retrouvaient dans le même lit. Quand ce n’était pas à la paroisse même », dit-elle. Ces mineures n’ont jamais osé se plaindre.

09 avril 2010 à 14h00
Tshitenge Lubabu M.K.

Source:jeuneafrique

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