L’Afrique à l’image de l’occident: les craintes de la prospérité de la postérité

Le monde qu’on nous expose, à mon sens, est un monde où priment l’innovation, la créativité, le désir de vaincre tous les obstacles. C’est une métaphore de l’artiste libre qui ne connait pas de limite quand il s’invente un décor sur une toile toute nue. Il y a une prédominance de l’idée de continuité, de non-répit qui en conséquence fait qu’aujourd’hui ce ne sont pas des citoyens qui dirigent le monde, mais des amateurs qui partout où qu’ils soient ont le pouvoir comme point de mire. C’est une chose tout à fait naturelle que d’innover, de vouloir rendre la nature plus intelligente et plus intelligible, car dans ce cas il n’y aurait jamais lieu de parler de changement, de développement, de pas en avant. Mais il ne faut pas se perdre. Toute chose existante possède à la fois un élan lumineux et sombre.
Pour tout citoyen du monde, pour tout projet qu’il estime crucial de mettre en oeuvre, il le fait en état de cause et c’est parce que le groupe social ou la société dont il est membre en a sans aucun doute besoin. Ou bien que ce n’est pas un secours aussi indispensable qu’on peut passer à autre chose. C’est une attitude remarquable que de chercher à toujours apporter sa bagatelle pour le bien-être de sa société.

Avant de poursuivre mon analyse, je dois avouer qu’un potentiel développement fulgurant de l’Afrique à l’image des grandes puissances m’effraie. Ce n’est pas pour autant du pessimisme. C’est plutôt une mise en garde. Parce que si ce que nous appelons développement aujourd’hui, c’est détenir dans sa cave souterraine tous les ingrédients essentiels pour bien pimenter sa vie alors que dans sa conscience intérieure il n’y a pas ce sentiment de liberté bienheureuse. Cette question d’avancée économique me préoccupe comme tout un chacun d’entre vous, cher semblable, c’est par ailleurs pour cette même raison qu’elle m’effraie. J’ai peur qu’on perde toutes nos valeurs les plus absolues qui nous tiennent debout, les mains dans les mains. J’ai peur qu’il y ait un effacement devant cette façon socialisatrice de vivre ensemble. Je crains qu’un jour que nous serons devenus un continent prospère, surgisse sous nos yeux l’égoïsme imparable face à l’existence. Et s’il faut ajouter un autre problème existentiel, je dirai que nous risquons de nous tourner vers l’individualisme, le « chacun pour soi ». C’est le côté sombre de la chose. A tout prendre, importe-t-il de craindre le futur. Le présent doit toujours être prévenant.

Tous ces problèmes majeurs des sociétés occidentaux existent, selon moi, dans toutes les sociétés humaines. Ils ont leur champ universel. Ils sont peut-être plus marqués dans certaines sociétés que d’autres.
Laissez-moi vous dire quel peut être le côté lumineux du phénomène. Quand je formule toutes ces idées, c’est un peu une manière de louer les expériences qui m’ont donné l’occasion inespérée de saisir toutes ses vraisemblances. Quand je pointe mes yeux sur l’occident capitaliste, je vois apparaitre derrière cet individualisme exacerbé, cette part importante qu’occupe la question de la responsabilité. C’est pour dire qu’en effet l’omniprésence de cette responsabilité est un élément très important qui laisse à chaque individu le soin de faire un choix et de l’assumer par conséquent. Je pense que c’est un élément qui fait la qualité d’une société quand bien même elle n’est pas aussi parfaite que certaines âmes innocentes peuvent le croire. Ainsi le « chacun pour soi » se transforme en le « soi par soi ». Ce qui est bien c’est qu’on se définit soi-même. On fait des choix et on se définit, reprenant Jean Paul Sartre. Il faut abattre l’assistanat poussé à l’extrême qui nous fait sombrer dans la paresse et l’indifférence.
Et c’est par cette reprise de l’idée sartrienne que je vais clore mon analyse. Au début, j’ai voulu signifier que je rêve vivement un développement économique de l’Afrique à l’image des grandes puissances mondiales, mais que je craignais une dégradation des relations interhumaines. Maintenant, je vais dire à la jeunesse africaine, à nos mères, à nos pères, bref à tout le monde, que ce qui fait avancer une société c’est d’avoir cette notion de responsabilité qui s’adresse à chacun par ses propos:  » choisis comment tu veux que ton avenir soit » et non seulement en lui jetant le  » l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». Une éducation responsable doit primer sur tout le reste.
Je rêve que nous soyons développés comme les grandes puissances mais je ne rêve pas de vivre comme eux. Je rêve que demain nous vivions comme aujourd’hui. Ne soyons pas de simples artistes, soyons aussi des citoyens déterminés.

Cire Ciré
ericthilogne@hotmail.com

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