L’AFRIQUE A LA VEILLE DU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES DE FRANCE. LE POINT DE VUE D’UN POLITOLOGUE PROGRESSISTE…

1-Une analyse objective et lucide s’impose sans céder au parti-pris ni même à une certaine forme de colère.
Une analyse des faits veut en effet que l’on concède que le président sortant a mené une politique à peu près conforme à la vulgate de la mondialité né-libérale avec ce que cela comporte comme volontarisme économique et exclusion fatidique des peuples, avec une posture obstructionniste à l’égard des avancées de l’État de droit chez les partenaires euro-américains d’Afrique.
On peut même voir ici une politique internationale où la fougue habituelle et la pugnacité du président sortant lui ont donné l’envie de croire qu’il avait lui, mieux valorisé la France que tous ses prédécesseurs de la Gauche et de la droite comprise, en la hissant au rang des plus grandes nations militaires et diplomatiques de ce monde. Sa politique sociale est toutefois restée désastreuse, celle de l’emploi catastrophique, bien qu’il invoque la crise pour s’en défendre. Il a considérablement défailli sur la politique industrielle.
Au sujet des questions classiques. A-t-il mieux fait ? Sa politique de l’émigration est essentiellement électoraliste et non structurelle et systémique. Il nationalise des électeurs potentiels et débat de cette question sans recours à la compétence économique ni à une perspective réelle, en dépit de l’expertise des économistes à sa portée… La dette tétanise comme jamais auparavant son Mandat qui est sans précédent. Le chômage le fragilise de la même façon. En dépit de sa grande instrumentalisation des forces de l’ordre, ses résultats restent encore ici problématiques. Mais le plus choquant est son incapacité incorrigible à observer le principe de la séparation des trois pouvoirs en République, s’immisçant en permanence et fort maladroitement dans l’Exécutif, le judiciaire et le législatif… Sa volonté d’épochaliser la gouvernance de son Premier Ministre qu’il a en partage avec les dirigeants africains à travers le dogme de la mono-gouvernance n’a connu aucune amélioration, en dépit des promesses prises… Et sa conviction fort étrange d’être le meilleur d’entre tous à droite comme à gauche ne lui a pas toujours donné les possibilités d’analyser objectivement les potentialités des autres. C’est ce qui lui arrive avec Hollande qu’il continue de sous-estimer… Erreur stratégique fatale ! Quant à DSK dont il a toujours respecté et craint l’expertise, on sait ce qu’il s’en est suivi.

2-Mais le plus difficile, et sans doute le plus disqualifiant pour lui, est sa politique africaine inégalitaire et méprisante, avec son néo-hégélianisme rétrograde, et son extraordinaire ignorance de l’Histoire africaine.
Ici il a tout faux : Il promet de rompre avec le statut quo dont la Françafrique lorsqu’il en renforce parfaitement les liens, le non-droit et les excès. A sa conception compromettante de la personnalisation du pouvoir en République s’ajoute celle primesautière des relations  » intuiti personæ « avec les Chefs d’Etat africains qu’il continue de considérer comme au temps colonial, en les plaçant, les maintenant contre tout Esprit des Lois, usant de la vieille théorie des tributs à verser non plus à la République mais à son Prince toujours déjà anti-républicain… Outre deux guerres qui ont montré son mépris pour le principe de souveraineté continentale, et son grand cynisme politicien, au mépris de l’avenir de la démocratie africaine. De ce que l’on appelé le Printemps arabe, il s’est trompé du tout au tout. Et en Côte d’Ivoire, il affiche son mépris le plus total dans le règlement du conflit ivoirien… Enfin, son interventionnisme militaire est sans précédent en Afrique, où il diffère l’examen de la question de la présence de l’Armée française… Et, quoi qu’on ait voulu l’en dissuader – au demeurant fort maladroitement – il s’accommode de la « République des mallettes ». Faut-l le voter ? La République y a-t-elle intérêt ? Et l’Afrique ? La question est la suivante : La République a besoin de se moraliser, de moraliser la gestion des fonds publics, la posture e premier ‘homme d’État, la séparation des pouvoirs, l’inter-locution républicaine, le retour à l’unicité républicaine et non à la mensongère Diversité, de renouveler l’idée de grandeur de la France… Et de sécuriser les Citoyens (emploi, niveau de vie)… Face aux Africains, la République doit se déshabituer de défendre le non-droit, la mono-gouvernance, la surexploitation tous azimuts du continent , et introduire un peu de Norme, du normatif, en dépersonnalisant les relations… Car comment la République redouterait-elle dès lors raisonnablement le flux migratoire africain si elle ne devait pas laisser les Africains se développer chez eux sans le scandale des Mallettes diplomatiques et autres plus gravissimes ?

3-La peur panique pour la France de voir les élites intellectuelles progressistes diriger l’Afrique est l’erreur monumentale de la politique africaine de la France depuis la Nuit des temps. Car, l’inverse depuis 52 ans a donné des résultats désastreux …
Y a-t-il sur la Balance Sarkozy Hollande des raisons de pencher pour l’un ou pour l’autre ? Si le passif avilit le bilan diplomatique franco-africain multi-instrumentiste de l’un, l’unanimisme de cette politique diplomatique peut retenir tout enthousiasme. Mais Hollande ferait-il mieux que Mitterrand ? Il a la jeunesse et l’idéal,mais devant lui : le monstre de la corruption…

– Entre la Real politik et le dogme des mallettes diplomatiques ?

– Quel Chef d’État engagera une réforme en vue du co-développent de l’Afrique et de la France ? De l’Afrique et des USA , Quel vote pour l’Afrique ?

Pr Grégoire Biyogo Politologue, Président du Mouvement d’Action Panafricain. M.A.P.
Lauréat de la Sorbonne, Directeur de l’Institut Cheikh Anta Diop (ICAD), philosophe, égyptologue, politologue. Chevalier de la Pléiade. Auteur d’une quarantaine de livres.
Rattaché aux Universités du Gabon et de France.

Source:facebook.com

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