la vie est dure sous le régime Ouattara: incohérences et incertitudes de son programme

Lorsque le Dr Alassane Dramane Ouattara et son gouvernement parlent, ils minimisent les problèmes quotidiens et institutionnels des populations ivoiriennes et maximisent les illusions qu’ils essayent de leur fourguer. Le président est connu pour cela, lui qui avait promis que dès son arrivée au pouvoir, la vie des Ivoiriens changerait en bien et qui, aujourd’hui, depuis son palais, se borne à promettre une prétendue émergence de la Côte d’Ivoire à l’horizon de 2020, sans que l’on ne voit les politiques qui vont y conduire. L’expression est, semble-t-il, consacrée et reprise par ses commentateurs d’ici et d’ailleurs. Malgré toutes ses promesses d’aujourd’hui comme celles d’hier, une question revient tout le temps et partout : Pourquoi la vie est-elle devenue si dure sous Ouattara, alors qu’il nous avait promis le bonheur ?

Les partisans du Dr Ouattara ne semblent pas eux-mêmes savoir que leur mentor leur vend du vent, eux qui se transforment en thuriféraires prêts pour la défense de son plan national de développement. On ne peut pas leur en vouloir. Mais il faut leur donner les instruments d’une meilleure compréhension du travail de leur président, pour que nous discutions avec eux sans injures, sans anathèmes et sans toutes ces choses et tous ces mots qui peuvent gâcher le fond des argumentaires. C’est à cet exercice qu’ils sont invités ici.

En outre, il faut aussi leur donner les moyens de compréhension du plan de Ouattara, le PADO2, après le premier PADO présenté alors que l’actuel président de la République était Premier ministre du Président Houphouët-Boigny au début des années 1990. Lisons PADO2 comme « Plan Alassane Dramane Ouattara n°2″.

D’abord, il s’agit d’un document théorique de planification du développement de la Côte d’Ivoire sur les quatre années 2012-2015. Ouattara essaye de faire de la théorie prospective pour montrer que dans ces quatre années, il fera triompher la Côte d’Ivoire. La théorie qu’il adopte est celle du « Triomphe de l’éléphant », du nom du scénario qu’il a choisi parmi plusieurs possibles et qu’il compte suivre. Que dit la théorie du ‘’Triomphe de l’éléphant’’ ?

Elle dit que sur les quatre années de son plan, le Dr Ouattara pense que la CI va se développer si lui arrive à y investir un total de près de 11.100 milliards environ de francs CFA. Et selon sa vue, chaque année, à partir de 2012, l’investissement devrait augmenter sans cesse jusqu’à atteindre ce niveau. Le Triomphe de l’éléphant, c’est d’abord de l’investissement à faire massivement dans le pays sans considération pour les conditions institutionnelles, politiques et sociales.

Ainsi se présente son plan théorique d’investissement en milliards de FCFA.

Année                                              2012    2013        2014       2015        Total

Investissements prévus                1521     2263         3130        4162          11.076

Apport de l’Etat                           676      1000          1291        1612          4579

Apport du secteur privé              845      1263            1839        2550         6497

Ce sont ces volumes d’investissement qui sont théoriquement programmés dans le PADO2.

Les partisans du Dr Ouattara doivent savoir que cette théorie est d’autant plus fausse que rien qu’au commencement, en 2012, le président n’a pas pu collecter plus de 20% des sommes prévues. Mais il se contente de rassurer que cette situation constitue une bonne nouvelle pour nous. Et nous devons y croire. Dans des domaines prioritaires du PADO2, comme par exemple l’énergie, la mobilisation des fonds promis n’a même pas dépassée les 7%. Lorsque les choses commencent ainsi, il faut une bonne dose d’optimisme au-delà du maximum rationnel, pour croire que tout ira bien par la suite.

Ensuite, il faut savoir que cette théorie est insoutenable parce que dans sa démarche, tous les secteurs de l’économie sont décrétés comme étant prioritaires. On cite pêle-mêle les infrastructures et le transport comme prioritaires avec les plus grosses dépenses prévues, mais l’agriculture, l’industrie, les hydrocarbures, les mines, l’énergie sont elles aussi classées comme prioritaires. Et on dit aussi que l’éducation, la santé, l’habitat sont eux aussi prioritaires. Lorsque dans une théorie de la prospective, tous les secteurs deviennent prioritaires, il faut croire qu’il n’y a en réalité aucune priorité. On bricole dans le PADO2 contenu dans le PND.

Enfin, signalons quand même que les hypothèses sur lesquelles le Dr Ouattara construit sa théorie du PADO2 sont vraiment héroïques, malgré la faible mobilisation des ressources pour l’année 2012 achevée maintenant. La plus illusoire des hypothèses, celle qui doit semer le plus de doutes chez les défenseurs du PADO2, c’est que Ouattara espère réaliser des projets d’investissement de longue durée avec des financements qui ne sont disponibles que pour la courte période. Les ressources internes qu’il entend mobiliser par les moyens de l’Etat, dans le système financier actuel, sont des financements courts, des emprunts publics locaux ou du crédit à l’économie de notre système bancaire. Il faudrait être un bon prestidigitateur pour réussir ce tour de passe-passe : réaliser des projets rentables sur dix ans avec des crédits disponibles sur trois ans. Soit on accumule des arriérés des paiements, auquel cas les banquiers qui financent renoncent, les chantiers restent bloqués en cours de route et vous êtes poursuivi ; soit c’est du bluff. Dans ce dernier cas, aucun banquier ne suivra le projet à moins qu’il n’accepte d’augmenter dangereusement son portefeuille d’actifs pourris et compromis.

L’autre hypothèse de l’approche du PADO2, c’est que le Dr Ouattara pense obtenir ces énormes financements du secteur privé international, local et des bailleurs de fond de l’Union européenne, de la Banque mondiale et des autres partenaires qui acceptent théoriquement de le soutenir à des conditions concessionnelles, sans procéder à des passations transparentes de marchés. En effet, dans la tradition du Dr Ouattara, aussi bien hier avec le PADO1 dans les années 90 qu’aujourd’hui avec le PADO2, le défaut de transparence dans les engagements de l’Etat sur les contrats de concession dans le cadre de son partenariat avec le secteur privé est une marque de qualité.

Or les règles communément acceptées par la communauté financière internationale sont la transparence dans les passations de marchés, les appels d’offres ouverts et inclusifs, les prix concurrentiels et non les prix de monopole et les contrats de gré à gré opaques. Le gros risque que court le PADO2 est que très rapidement, les partenaires qui à Paris ont fait, ce mois de décembre 2012, des propositions de financement ne se rendent compte que le système de Ouattara est corrompu, que les marchés sont passés dans l’opacité, qu’il n’y a aucune concurrence et que les incertitudes sur l’avenir ne sont pas probabilisables. Ils se rendront compte que le Dr Ouattara gouverne dans un univers chaotique dans lequel il n’y a pour règle que la loi de celui qui peut utiliser la machine de l’Etat pour se présenter comme le plus fort du moment et écraser tout sur son passage.

Et lorsqu’ils le découvriront, leurs engagements effectifs pourraient ne pas être à la hauteur de leurs promesses théoriques. Ils vont s’ajuster et renonceront à risquer leurs fonds dans le Triomphe de l’éléphant, qui leur apparaitra comme un triomphe à la Pyrrhus.

On devrait signaler aussi que pour un plan de développement, il n’y a aucun chiffrage précis des projets sectoriels annoncés dans le PADO2. Il n’y a aucune étude sérieuse des aspects techniques, financiers et économique des dépenses d’investissement annoncées. Il n’y a qu’un chapelet de projets qui se suivent avec des montants globaux, comme les enfants, et même certains adultes le font pour leurs cadeaux de fin d’année. « Père Noël, je veux une poupée et un ordinateur pour moi et un vélo pour mon frère ». Et puis le soir de Noël, Santa Claus passe et comble les rêves.

Les incohérences du PADO2 vont même plus loin et considèrent dans leur projection de croissance théorique que les institutions fonctionnent bien ; que la paix est retrouvée ; que la sécurité est établie; que la réconciliation est acquise ; que la justice est fonctionnelle, efficace et guérie de toutes ses maladies ; que le racket des FRCI est supprimé ; que les surfacturations de projets sont dépassées etc. Nous sommes simplement priés de le croire. Mais si les supporters de Ouattara croient en toute cette théorie de la paix et de la cohésion nationale, les partenaires internationaux dont les financements sont sollicités ont du mal à y croire, malgré toutes les campagnes de communication et de séduction à leur endroit. Ils ont le sentiment que le PADO2 ne rompt pas avec les élections truquées, avec la mascarade de désarmement et avec les incompétences politiques notoires qu’ils observent ici et là.

Pour terminer, signalons tout de même qu’alors que la Côte d’Ivoire reste encore un pays essentiellement agricole et que le majorité des pauvres de notre pays vit dans le milieu rural et travaille directement la terre. Le PADO2 considère que la croissance économique doit être plus encouragée dans les secteurs secondaires et tertiaires, qui vont avoir des taux évoluant entre 11% et 14% par an, alors que l’agriculture ne pourra croître qu’entre des taux dérisoires de 0,9% en 2012 à des taux maximum de 6% environ en 2014. Pour le PADO2, le moteur de la croissance économique sera le tertiaire et le secondaire. Toutefois, le PADO2 ne nous explique pas comment faire pour obtenir la croissance dans ces deux secteurs si, entre-temps, le secteur primaire croît peu dans un pays où l’industrie et le commerce dépendent fortement et de façon décisive de l’agriculture, de l’agro industrie, du transport des produits agricoles et du financement du crédit agricole. Comment fera-t-on ?

Les incertitudes du PADO2 s’étendent dans le domaine de la gestion de la dette, de la monnaie et des finances internationales. Pour ne pas être plus long, il faut reconnaitre qu’après l’obtention du PPTE, qui est le fruit d’un effort collectif des Ivoiriens et non celui du génie du président de la République, notre pays reste devoir à nos créanciers près de 6.500 milliards de FCFA dont 4.000 pour les créanciers étrangers et 2.500 environ pour la dette intérieure.

Il faut savoir que déjà pour 2012, le PADO2 n’a pas été capable de rembourser cette dette, que nous terminons l’année avec des arriérés de près de 550 milliards et que notre dette totale nominale est à environ 50% de notre Produit Intérieur Brut (PIB). Notre dette est équivalente à la moitié de la richesse produite par notre pays. Comment faire pour triompher dans ces conditions, si le gouvernement est incapable de cultiver la confiance en son sein et la confiance entre lui et les opérateurs économiques et les populations ?

Cela signifie que pour cette fin d’année, le PADO2 doit encore énormément d’argent à des opérateurs économiques nationaux et étrangers et que le non paiement de nos dettes rend illusoires les investissements attendus. D’ailleurs, pour la petite histoire, au moment où nous célébrons les promesses de prêts de près de 1.500 milliards obtenues à Paris, il nous faut nous préparer à rembourser bien concrètement plus de 800 milliards de la dette interne et près de 200 milliards de la dette externe : c’est un total de 1.000 milliards. Cela n’est-il pas une bonne nouvelle pour la fin de l’année?

Oh! Comme la vie est dure sous le régime Ouattara, et pourtant ils veulent nous faire croire le contraire en nous intimidant, en nous bastonnant, en nous emprisonnant, en nous accusant de toutes sortes de crimes odieux. Mais rien ne nous détournera de l’observation minutieuse et de la critique méthodique des bricolages de ce gouvernement. Et à LIDER, en lieu et place des milliards illusoires, nous proposons des réformes institutionnelles, en priorité dans le domaine agricole et foncier, qui rendront les populations capables de réellement construire elles-mêmes leur bonheur. La liberté et la propriété privée des terres d’abord! Au lieu de l’économie d’endettement de Ouattara, nous proposons l’économie de libre marché.

Par Mamadou Koulibaly Président de LIDER

 

Source: connectionivoirienne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *