La souveraineté alimentaire africaine attaquée par les intérêts des multinationales

AFSA
2013-10-18

agriculture-afriqueActuellement, 80% des semences en Afrique sont produites par les petits agriculteurs, qui épargnent et partagent librement des semences, ce qui entraîne une grande diversité de cultures et un filet de sécurité pour la sécurité alimentaire. Cette diversité, ainsi que les systèmes de connaissance qui la génèrent son menacées par les multinationales.

L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (Afsa), une coalition de réseaux pan-Africains, avec des membres dans 50 pays de l’Afrique et représentant les petits producteurs, les peuples indigènes et la société civile, s’est réunie du 12 au 16 août à Addis Abéba pour développer un plan d’action visant à sauvegarder la souveraineté de l’Afrique sur son alimentation, ses semences et ses ressources naturelles vis-à-vis de l’assaut des systèmes alimentaires de l’Afrique.

La diversité de l’Afrique et ses systèmes de connaissances sont menacés par les multinationales et les semences génétiquement modifiées, les produits agrochimiques, l’accaparement des ressources et les lois qui empêchent les agriculteurs d’utiliser librement, de partager ou de vendre leurs semences.

Ces menaces viennent entre autres, de l’Alliance for a Green Revolution in Africa (Agra) et du G8, « Nouvelle Alliance pour la souveraineté alimentaire et la Nutrition » qui promeuvent intensément les intérêts des multinationales de semences, des sociétés productrices d’engrais et de produits agro chimiques au dépens des droits et intérêts des petits producteurs.

Actuellement, 80% des semences en Afrique sont produites par les petits agriculteurs, qui épargnent et partagent librement des semences, ce qui entraîne une grande diversité de cultures et un filet de sécurité pour la sécurité alimentaire. « Nous sommes indignés par la façon dont les gouvernements africains sont fortement armés en adoptant des lois de semences draconiennes qui assurent la domination des multinationales semencières ; donnant à des semenciers privés des droits de commercialisation monopolistiques et exclusifs sur les semences», a déclaré Elizabeth Mpofu, de La Via Campesina Afrique.

Le point d’entrée pour les entreprises agroalimentaires en Afrique se fait à travers les cultures de rente précieuses telles que le coton. Le Coton Bt est promu comme nécessaire pour les agriculteurs africains de rivaliser sur le marché mondial du coton. « La production de coton Bt au Burkina Faso et en Afrique du Sud n’a pas réussi à réaliser sa promesse. Les petits agriculteurs se rendent compte que les rendements et la qualité du coton Bt sont extrêmement faibles. Pour cette raison, la plantation de coton Bt cette année a plongé de 400 000 hectares à 200 000 hectares au Burkina Faso », selon Fatou Batta, de l’Association Nourrir sans détruire, Burkina Faso.

La nouvelle alliance G8 met fortement l’accent sur la nutrition qui se concentre presque exclusivement sur la bio-fortification des principales cultures vivrières. Selon Bernard Guri de Compas Africa « la bio-fortification est une distraction dangereuse des vraies solutions pour la nutrition comme l’augmentation de la diversité des cultures. Nous ne pouvons pas regarder la dépendance sur les cultures dites «fortes», tout en ignorant les causes socio-économiques réelles de la malnutrition « .

Les nombreux réseaux panafricains appartenant tous à Afsa notent avec grande inquiétude l’acquisition croissante de vastes zones de terres africaines par des conglomérats miniers et des agro-industries d’export et de biocarburants. Les petits exploitants agricoles tels que les personnes déplacées par ces accaparements nourrissent 70% de la planète. Leur modèle d’agriculture familiale agro-écologique est la plus efficace et productive au monde. Nous devons les soutenir au lieu de porter atteinte à leurs connaissances et pratiques « , affirme Million Belay, coordonnateur de l’Afsa.

* L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (Afsa) est une plate forme Pan Africaine constituée de réseaux et d’organisations paysannes travaillant en Afrique, comprenant :

– African Biodiversity network (Abn),
– Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copage,),
– Comparing and Supporting Endogenous Development (Compas) Africa,
– Friends of the Earth- Africa,
– Indigenous Peoples of Africa Coordinating Committee (Ipacc),
– Participatory Ecological Land Use Management (Pelum) Association,
– Eastern and Southern African Small Scale Farmers
– Forum (Essaff), La Via Campesina Africa,
– Fahamu – Réseau pour la justice sociale
– World Neighbours
– Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa),
– Community Knowledge Systems (Cks),
– Plateforme sous régionale des organisations paysannes d’Afrique Centrale (Propac)
– African Centre for Biosafety (Acb).

Les membres de l’AFSA représentent les petits exploitants agricoles, éleveurs, chasseurs/ cueilleurs, les peuples autochtones, les citoyens et les écologistes de l’Afrique qui possèdent une forte voix qui façonne la politique sur le continent dans le domaine des droits des communautés, l’agriculture familiale, la promotion des savoirs traditionnels et des systèmes de connaissances, l’environnement et la gestion des ressources naturelles. Fournissant, ainsi, un forum pour analyser, discuter des problèmes, provoquer les politiques et identifier les moyens de progresser.

Les pays membres du Comesa, en collaboration avec l’Association africaine du commerce des semences (Afsta) et Actesa (L’Alliance pour le commerce des produits de base en Afrique orientale et australe) ont rédigé la loi d’enregistrement des semences examinée par les gouvernements du Comesa en septembre 2013. Ces projets de règlements créent un système d’enregistrement régional obligatoire ne permettant que la commercialisation de semences du secteur privé tout en criminalisant la commercialisation des variétés semencières des petits exploitants agricoles qui ont évolué au fil des siècles.

En outre, les institutions régionales africaines telles que le Bureau régional africain de la propriété intellectuelle (Aripo) et la Communauté de développement d’Afrique australe (Sadc) ont également développé des projets de cadres de propriété intellectuelle qui ne confèrent des droits exclusifs qu’aux variétés semencières du secteur privé, tout en empêchant les petits exploitants de poursuivre leurs pratiques agricoles durables d’utilisation, d’échange et de vente libre des semences.

Ces cadres permettent aux multinationales la prise en charge des semences africaines et de saper la souveraineté semencière.

Source:pambazuka

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