« La social-démocratie a échoué » Analyse de la crise européenne et des solutions politiques ratées

Le prestigieux professeur britannique John Weeks estime que l’Union Européenne est devenue l’instrument de l’Allemagne pour gouverner l’Europe. Il affirme que l’échec de l’UE signifiera le retour des nationalismes de droite.

« La crise économique en Europe parle en réalité de l’échec des politiques de la social-démocratie. Les principaux problèmes des pays de la région sont liés aux conditions qu’ils ont accepté pour entrer dans l’euro. Dans ce contexte, l’Union Européenne est devenue l’instrument de l’Allemagne pour gouverner l’Europe ». Ce diagnostic cru correspond à l’économiste britannique John Weeks, de l’Université de Londres, qui s’est rendu en Argentine lors des Journées Monétaires organisées par la Banque Centrale de la République Argentine et à un débat organisé par le Centre d’Économie et de Finances pour le Développement Argentin (CefidAR). L’universitaire a soutenu que le plus recommandable pour les pays de la région qui sont en crise est de sortir de l’euro de façon conjointe, avec l’objectif chacun puisse entamer un processus afin d’implanter une politique fiscale propre. Le professeur a aussi remarqué que l’échec de l’UE comme bloc de contention signifiera le retour des nationalismes les plus extrêmes de la droite européenne.

L’UE, sous l’influence de l’Allemagne, a réagi à la crise économique et financière avec une série de plans de sauvetage qui en pratique se sont traduit par un ajustement fiscal. Le chômage dans le bloc atteint 10,5 % et dans l’Eurozone 11,4 %. Cela signifie qu’il y a plus de 25 millions de personnes sans travail. En Espagne et en Grèce le chômage est de 25 %. « Les Allemands disent que l’on ne peut pas dépenser autant qu’en 2008 et 2009, mais c’est à l’envers. Il faut augmenter la dépense publique. La réduction des salaires dans plusieurs pays n’aidera pas ce processus, pas plus la réduction générale de la dépense publique avec l’intention de payer la dette contractée par eux mêmes », a soutenu Weeks après son passage dans le pays.

Entre 2000 et 2008, le résultat primaire de l’Espagne fut positif. Mais une fois entré en crise, le pays ibérique a atteint un déficit de 5 % de son produit national brut et après le versement aux banques (sauvetage), de 12 %. « Quand l’Espagne est entrée dans un processus de sauvetage, les banques ont reçu des ressources pour se tirer d’affaire. Mais en réalité elles ont fini par spéculer sur ces fonds, ce qui a provoqué une augmentation de l’instabilité espagnole. Le crime de la social-démocratie (continué par l’actuel parti au gouvernement) fut le salut des banques », a soutenu le professeur anglais.

Dans le cas de l’Italie, Weeks a soutenu que n’existent pas de problème de taux d’intérêt ni de poids relativement fort de la dette. En fait, l’Italie était un des pays qui avait un excédent primaire avant la crise. Dans ce sens, il faudrait chercher le point névralgique pour l’Italie dans les déséquilibres au moment d’être admis dans l’Eurozone, comme pour la Grèce. « La dette brute et nette de l’Italie sont les mêmes que ces 20 dernières années. C’est pourquoi le problème se situe dans son taux de croissance, qui pendant les quinze dernières années a été d’1% de moyenne », a-t-il affirmé.

Les directives néolibérales appliquées dans l’UE soutiennent que les politiques publiques des gouvernements restreignent, limitent et déforment la capacité des personnes à prendre des décisions, la même rhétorique fut appliquée dans les années 90 en Argentine. C’est pourquoi pour Weeks, l’un des problèmes fondamentaux du contexte actuel passe par la définition de l’ « économie ». Il y a deux cents ans, cette science (sociale) était définie comme « l’attribution de ressources limitées à des besoins sans limites ». « L’économie devrait s’intéresser à comment mobiliser des ressources pour le bien-être social. C’était la grande contribution de Keynes », a ajouté Weeks.

Pour ce critique des visions orthodoxes et néolibérales, la solution à la crise européenne pourrait se trouver dans une sortie conjointe de l’euro de la part de ces économies les plus affectées (l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Grèce et l’Islande). A eux tous ils représentent 45% du produit national brut de l’UE. « Les conséquences de l’échec de l’Europe est l’appauvrissement de la classe ouvrière. Mais plus complexe est encore, le retour des nationalismes européens et de la conflictualité élevée qui commence à apparaître de la part la droite », a conclu Weeks.

Par  Sebastien Premici  

Source: elcorreo

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