La révolution énergétique pourrait profiter au secteur pétrolier et gazier africain

Fukushima, gaz de schiste, record de consommation pétrolière… S’il ne faut retenir qu’une leçon de l’année 2011 au plan des matières premières énergétiques, le rapport Cyclope 2012, rendu public le 9 mai, répond « révolution énergétique ». L’Afrique peut en profiter pour valoriser les atouts de son sous-sol.

La révolution énergétique correspond au « repositionnement des grandes sources d’énergie sur un temps long », selon Philippe Chalmin. Pour l’économiste, coordinateur du rapport Cyclope, un processus de long terme, qui redistribue les cartes des matières premières énergétiques, est bien enclenché.

La fin du nucléaire n’est pas pour demain. Toutefois, la catastrophe de Fukushima a refroidi de nombreux pays tentés par l’énergie nucléaire (producteurs comme simples importateurs).

Pourtant, la demande énergétique est en plein essor, tirée par les pays émergents, au premier rang desquels la Chine et l’Inde, tandis que les tensions sur le dossier iranien tirent les prix à la hausse. C’est le pétrole qui en profite pour le moment : « Cette année, nous avons atteint le record de consommation de 90 millions de barils/jour, c’est inédit », insiste P. Chalmin.

Ruée vers les gaz et pétrole de schiste

Et de parler même d’un retour en force des énergies fossiles, pétrole et gaz confondus, du fait de la révolution technologique du « fracking » (fracturation des roches). Les États-Unis ont clairement pris une longueur d’avance sur ces exploitations d’hydrocarbures non-conventionnels; la ruée vers le pétrole de schiste américain bat son plein. Le gaz n’est pas en reste : « D’ici 2030, 50 % du gaz produit par les États-Unis devrait être du gaz de schiste, et 75 % serait du gaz non conventionnel (gaz de schiste, de houille et de réservoir compact réunis) », indique Francis Perrin, spécialiste du pétrole à l’Iris. L’Europe et le Japon hésitent, et accumulent un retard qui pourrait s’avérer stratégique.

D’ici deux à trois ans, les États-Unis pourraient être en mesure de vendre du gaz naturel 40 % moins cher qu’en Europe et qu’au Japon, estime un expert.

La course vers l’exploitation des gisements de schiste qui s’est ouverte s’annonce donc lucrative. En Afrique, les projets d’exploitation de gisements pétroliers traditionnels et de schiste se multiplient. La richesse du sous-sol africain pourrait devenir plus attractive que jamais.

Derrière les gisements, la « malédiction du pétrole » ?

En Algérie, le ministre de l’Énergie et des mines a officialisé son intention d’exploiter les ressources importantes en gaz de schiste, estimées à 29 000 milliards de m3 (tous gaz non conventionnels compris).

En Afrique du Sud, la compagnie anglo-néerlandaise Shell lorgne le gisement de schiste du Karoo (centre), dans la foulée de la sud-africaine Sasol (associée à la norvégienne Statoil et à l’américaine Chesapeake Energy Corporation).

Mais en attendant de voir l’exploitation des gisements de schiste atteindre le continent africain, l’exploration et l’exploitation des nouveaux gisements traditionnels se poursuit.

Côté prospection, la Sierra Leone fera l’objet d’exploration de la part du russe Lukoil en 2013. En Mauritanie, Total approfondit son implantation actuelle avec l’exploration du bassin offshore du pays. Le russe Gazprom s’intéresse quant à lui à d’éventuels gisements pétroliers en Zambie, tandis que la Côte d’Ivoire a délivré en février dernier trois nouveaux permis d’exploration offshore à Total.

Côté exploitation, le Niger a rejoint le club des pays exportateurs de pétrole en 2011, en attendant d’être rejoint par le Kenya, où Tullow a découvert un gisement dans le district de Turkana (nord-ouest). Le géant pétrolier africain qu’est le Nigeria a vu l’exploitation d’un nouveau champ offshore démarrer en février.

Enfin le Ghana, qui fait déjà figure de modèle économique avec un taux de croissance estimé à 13,6 % en 2011 par la Banque mondiale, ne fait que débuter l’exploitation de son pétrole comme de son gaz offshore. Sans pour autant enthousiasmer P. Chalmin, qui y voit surtout une menace, pour peu que la « malédiction des matières premières » ne vienne à toucher ce pays, que l’on considère pourtant comme un bon élève en termes de gestion dans la région.

À l’heure où le marché des matières premières énergétiques fait la part belle aux énergies fossiles, le sous-sol africain a certes une carte à jouer, mais surtout si elle va de pair avec une gouvernance équilibrée.

Par    Antony DRUGEON

Source: mtm-news.com

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