La présidentielle au Sénégal – Revue de presse africaine

En ce lendemain de premier tour, pas franchement optimiste, le quotidien sénégalais La Tribune, quotidien d’opposition, qui affirme que « le syndrome ivoirien guette le Sénégal ». La Tribune qui estime que « le PDS, le parti d’Abdoulaye Wade, “prépare, je cite, un hold-up”(…) un coup de force », alors que, poursuit-il, « une sanction a été infligée au président sortant. Lui et ses partisans espéraient une victoire éclatante dès le premier tour avec 53% des voix. (…) Aujourd’hui, la réalité du terrain est aux antipodes de ce qui se passe sur le terrain. Macky Sall et Moustapha Niasse ont obtenu des scores qui mettent Wade dans une position inconfortable, affirme La Tribune. Ces faits là sont sacrés. N’en déplaise aux souteneurs de Wade qui refusent de voir le soleil en plein jour. » Voilà donc pour la position de La Tribune.

« Le coup du Palais », titre pour sa part, Enquête, autre quotidien sénégalais. « Le Palais présidentiel tente de contester les chiffres qui indiquent un probable second tour », affirme-t-il.Enquête qui annonce, à l’instar d’autres journaux sénégalais, qu’Abdoulaye Wade et Macky Sall seraient « au coude-à-coude ».

Dans un cul-de-sac ?

Pour les journaux de la sous-région, à présent, pas de pronostics précipités, mais une réelle inquiétude quant à la suite des évènements… Ainsi, constate Le Pays au Burkina, « une étape a été donc franchie, mais le plus difficile semble être l’attente, sinon l’acceptation de la vérité des urnes. (…) Cette élection constitue un gros nuage dans le ciel sénégalais, poursuit le quotidien burkinabé. Si le président sortant, Abdoulaye Wade, la remporte, le Sénégal risque de basculer dans une longue période de violence. Si l’opposition remporte la victoire, rien ne garantit que le vieux de 85 ans, qui participe à son 7e scrutin avec deux victoires au compteur, acceptera de céder le pouvoir. C’est dire, s’exclame Le Pays, que le Sénégal est dans un cul-de-sac. L’analyse des événements qui ont marqué la campagne électorale oblige à dire que cette présidentielle est une antichambre du chaos. Sauf, bien sûr, miracle. Les acteurs de la scène politique sénégalaise sauront-ils faire preuve de sagesse ? Il faut souhaiter, conclut le journal burkinabé, qu’Allah le miséricordieux épargne le pays de Léopold Sédar Senghor d’actes peu glorieux dont il n’a pas besoin pour façonner son histoire. »

Tempête postélectorale ?

Inquiet également le site d’information Fasozine : « si le test de la maturité démocratique du peuple sénégalais semble déjà être réussi avec le passage, sans incidents majeurs déclarés, de cette journée précédemment classée “Rouge ”, il reste que la classe politique doit, elle aussi, gagner, dans le calme, l’épreuve de la crise postélectorale annoncée, sans qu’elle ne devienne une véritable épreuve de force. De ce point de vue et en considérant les joutes verbales et les résolutions d’avant-élection, on peut légitimement se demander, affirme Fasozine, si le calme de ce 26 février n’est pas annonciateur d’une gravissime tempête postélectorale. Car – l’histoire nous en a éloquemment donné la leçon sur le continent –, c’est de la non acceptation des résultats par l’une des parties prenantes au scrutin que naissent, bien souvent, les troubles parfois incontrôlables des lendemains d’élection. »

De deux choses l’une, pour Fasozine : « ou il s’avère qu’Abdoulaye Wade est régulièrement élu et force devra alors rester aux résultats issus des urnes – l’opposition ne peut dans ce cas que se prévaloir de ses propres turpitudes – ; ou le président sortant est battu sans contestation possible et il doit rendre humblement et pacifiquement le pouvoir. Dans l’un ou dans l’autre cas, chacun doit avoir l’élégance de mettre le Sénégal au-dessus de tout le reste. »

Le précédent ivoirien…

Le site Guinée Conakry Infos fait également le parallèle avec la Côte d’Ivoire : « de l’identité du ou des vainqueurs et de la réaction que les Sénégalais vont réserver à l’annonce de ces résultats, va dépendre la suite, affirme-t-il. Déjà, le seul point sur lequel les treize adversaires d’Abdoulaye Wade sont d’accords, c’est bien leur refus catégorique de la victoire du président sortant à l’issue du premier tour. Or, le Gorgui et ses principaux lieutenants crient à qui veut l’entendre qu’il passera dès le premier tour. C’est dire, relève Guinée Conakry Infos, que, comme cela s’était passé en Côte d’Ivoire, une élection des plus ordinaires peut déboucher sur des violences parmi les plus abjectes. Et pour éviter une telle issue, à la mobilisation et à la discipline dont les Sénégalais viennent de faire preuve, doivent s’ajouter le sens de responsabilité et une dose conséquente de patriotisme des acteurs politiques et institutionnels du pays de la Teranga. On se rappelle qu’en Côte d’Ivoire, la mort des quelque 3 000 personnes lors de la crise postélectorale, était consécutive à une attitude plus qu’irresponsable du Conseil constitutionnel. Aujourd’hui, conclut Guinée Conakry Infos, la CENA sénégalaise et le Conseil constitutionnel devraient largement s’en inspirer. »

Enfin cette adresse du quotidien L’Observateur au Burkina en direction du président sortant :« Wade devrait se rappeler l’attitude d’Abdou Diouf qui, en 2000, face à certains de ses collaborateurs qui lui conseillaient de se déclarer vainqueur alors qu’il avait perdu, avait refusé de se livrer à cette farce. Son comportement avait permit à Wade et au peuple sénégalais de goûter aux fruits de l’alternance. En ces temps troubles, poursuit L’Observateur, Wade devrait avoir cette idée ancrée en tête et ne pas être tenté par un passage en force, lequel pourrait faire sombrer le pays dans le chaos. Le Sénégal amorce des lendemains incertains, conclut le quotidien burkinabé, que seuls un sursaut collectif et le vouloir-vivre ensemble, cher à toute vraie Nation, pourraient circonscrire. Le plus dur reste à venir. »

Frédéric Couteau

Source: RFI

http://www.rfi.fr

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