La diaspora africaine comme source de financement du développement du continent ! Une Note du Think Tank CABAC

La diaspora africaine se classe au premier rang des acteurs (bilatéraux et multilatéraux étatiques confondus) de l’aide publique au développement (APD) avec entre 50 et 100 milliards de dollars américains rapatriés par an de l’Occident vers l’Afrique.On remarque que le niveau de l’APD, ainsi que les investissements publics étrangers, pèsent à peu près la même chose (sinon moins pour beaucoup de pays) que les envois de fonds par la diaspora. Une étude conduite par la Banque africaine de développement (BAD) sur les flux internationaux d’envois de fonds des migrants dans les pays africains (2007-2010), estime en moyenne à 6,584 millions $EU les fonds envoyés au Maroc, à 1,230 millions $EU ceux transférés au Sénégal, à 353 millions $EU ceux envoyés au Mali, et à 11,75 millions $EU ceux envoyés aux Comores. Pour mesurer l’importance de ces transferts, il faut savoir qu’ils pèsent, pour le Maroc, 9 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Ces pourcentages sont respectivement de 9,4 % du PIB du Sénégal, de 4,3 % du PIB du Mali, et de 2,1 % du PIB des Comores.

Pour le cas spécifique du Cameroun, le montant des envois de fonds déclarés que reçoit le pays de sa diaspora est estimé à 130, 167, 162, 148, et 148 millions de dollars en 2006, 2007, 2008 2009 et 2010 respectivement. Ces chiffres sont nettement supérieurs au montant des flux de l’aide publique au développement. Ce montant représente plus de 0,7 % du PIB du Cameroun comme indiqué plus haut. Même s’il est nécessaire d’avoir une analyse approfondie sur ce sujet, ces flux ont démontré plus de résilience que les flux de la dette privée et des investissements en portefeuille ainsi que ceux des investissements directs étrangers.

Que faire ?

Si l’Afrique bénéficie d’importants transferts financiers de sa diaspora, pourquoi celle-ci ne participerait-elle pas à l’élaboration des stratégies de développement du continent ? Cette influence financière substantielle de la diaspora africaine doit orienter l’élaboration de nouveaux modèles de développement du continent différents de ceux édictés par les Occidentaux et mis en place par les institutions de Bretton Woods. D’ailleurs, il semblerait que les envois de fonds de la diaspora soient plus stables que les autres flux de capitaux, et le transfert de fonds aux ménages a un effet multiplicateur, ce qui jette les bases d’une lutte efficace contre la pauvreté.

Dans un ouvrage publié en 2009 et intitulé Dead Aid, la zambienne Dambisa Moyo, économiste chez Goldman Sachs, affirma que l’APD est en fait nuisible au développement du continent. Plusieurs spécialistes africains ont soutenu l’idée que les économies des pays africains sont nettement plus dépendantes du prix des matières premières et des rapatriements d’argent par leurs diasporas, et moins des investissements directs étrangers dans ces pays, dénonçant ainsi implicitement ou explicitement les initiatives non abouties des politiques de coopération et d’APD en Afrique.

La déclaration de Paris (approuvée le 2 mars 2005) a tenté de recadrer l’APD, en exigeant les conditions d’une plus grande appropriation des pays bénéficiaires. C’est un accord international auquel une centaine de ministres, de responsables d’organismes d’aide et d’autres hauts fonctionnaires ont adhéré en s’engageant à ce que les pays et organismes qu’ils représentent accentuent les efforts d’harmonisation, d’alignement et de gestion axée sur les résultats de l’aide, moyennant des actions se prêtant à un suivi et le recours à un ensemble d’indicateurs. Cependant, la mise en œuvre de cette déclaration reste confrontée aux aléas géopolitiques des pays donateurs et à la mauvaise gouvernance de pays bénéficiaires.

En effet, les enjeux stratégiques des pays donateurs et l’évolution des théories économiques prônées par les institutions financières internationales elles-mêmes conseillées par les économistes occidentaux ont influencé, depuis des décennies, les politiques de coopération et d’aide au développement en Afrique. Les modèles de l’aide massive ont ainsi évolué en modèles du rééquilibrage des finances publiques à l’instar des programmes d’ajustement structurels et pour finalement prendre la forme de l’allégement de la dette des pays les plus pauvres du monde, en général, et l’initiative PPTE.

Que propose le Think Tank CABAC ?

Le think tank CABAC propose que s’engage, de façon urgente, une réflexion qui prenne en compte tous les apports potentiels de la diaspora camerounaise dans le développement du pays. Il s’agit de proposer des approches se déclinant comme des initiatives pilotées par les gouvernements africains et fondées sur des objectifs partagés entre ces mêmes gouvernements et leur diaspora, tout en étant sous-tendues par une batterie exhaustive de politiques, de structures administratives et de mesures incitatives visant à mettre en place un environnement propice à la mobilisation des ressources de la diaspora autour des piliers de croissance critiques.

L’idée de CABAC, dont la vocation est de penser, est de participer efficacement à l’élaboration de concepts, de doctrines, de stratégies et de politiques dans de nombreux domaines visant le développement du Cameroun. Comme tout think tank, CABAC a également une fonction essentielle de prospective qui consiste à identifier, suffisamment en amont et à l’avance, les nouveaux défis d’importance auxquels le Cameroun risque d’être confronté dans le futur et de les porter à la connaissance des réseaux de décisions politiques avec des principes de solution.

Le think tank CABAC espère établir des partenariats stratégiques avec tous les cercles de réflexion africains dans le cadre de la promotion des activités des diasporas africaines.

Pour CABAC,
Le Président

Source:nkoyock.net

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