LA COREE : Connaître l’histoire de l’Asie pour comprendre et anticiper les enjeux en Afrique – Comment la religion peut réussir à dompter et à coloniser là où tout a échoué?

Leçon n° 50 L’ESPIONNAGE RELIGIEUX – Partie 2/5
LA COREE : Connaître l’histoire de l’Asie pour comprendre et anticiper les enjeux en Afrique – Comment la religion peut réussir à dompter et à coloniser là où tout a échoué?

En Asie (Japon, Chine, Corée, Inde), il y a un dicton très populaire, scandé de manière différente selon les pays, mais qui se résume à peu près ainsi : « Si tu abandonnes ta spiritualité pour pratiquer celle de ton agresseur, tu deviens son esclave à jamais ».

Durant la période de la soi-disant « mission civilisatrice » du 17, 18 et 19ème siècle, qui au fond était une véritable virée de spoliation des autres peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique, les Européens vont avoir beaucoup plus de mal à dominer les peuples d’Asie qu’Afrique, parce que ces derniers ont déjà été fragilisés depuis le 15ème siècle par les nombreuses déportations et la mise en esclavage de ses populations en Amérique.

C’est ce qui va expliquer que sur tout un continent comme l’Afrique, lorsqu’on pose le problème de Dieu, des gens sont même incapables de comprendre qu’ils ne sont monothéistes que parce qu’ils ont perdu la bataille contre l’agression coloniale, parce qu’ayant perdu devant un adversaire plus coriace, mêmes leurs croyances ont été décimées en signe de butin de guerre pour le gagnant. C’est de l’humiliation cuisante que beaucoup ne veulent pas assumer, prétextant même un hypothétique monothéisme des ancêtres, venu tout droit de l’antiquité égyptienne. L’Asie qui ne souffre pas des mêmes fragilités va poser plus de problèmes que prévu aux Européens qui ont beaucoup du mal à l’occuper et la dominer. Un exemple, c’est la Corée, un pays très fermé qui vante encore aujourd’hui le record de la dynastie la plus longue de l’histoire de l’humanité. C’est la dynastie du Choson (1392-1910), c’est-à-dire 5 siècles de gouvernement d’un si grand territoire par la même et unique famille.

Pour briser ce mur infranchissable, les gentils européens allés civiliser l’Asie vont être très fertiles en imagination. C’est la France qui se porte volontaire pour percer ce rocher. Et pour y parvenir, elle appelle l’Eglise catholique romaine à la rescousse pour infiltrer ce territoire avec la bible à la main et la prière comme mot d’ordre. Elle se sert pour cela d’un instrument très redoutable d’espionnage religieux dénommé : « Missions Etrangères de Paris ». Depuis le 17ème siècle elle a pour but d’évangéliser le maximum d’asiatique, afin de réduire leur capacité de résistance à l’occupation coloniale qui allait ensuite suivre. Pour y parvenir la France crée à partir de septembre 1831 un véritable vicariat clandestin à Séoul où vont prendre fonction dès 1836 trois prêtres catholiques : le père Pierre Maubant, le père Jacques Chastan et Mgr Laurent Imbert, ce dernier assume les fonctions de Vicaire apostolique. En Mars 1839, les services du contre –espionnage coréen réussissent à faire la lumière sur les activités d’endoctrinement clandestin de ces 3 personnes. Ce qui amène le ministre coréen du droit Yi Chi-Yon à émettre un décret pour interdire le catholicisme dans le pays ; ce qui sera suivi par l’exécution des 3 prêtres au mois d’août de la même année. La France n’en démord pas. En 1845, de nouveaux prêtres vont repartir pour la Corée. Cette fois-ci, la mission change de stratégie. Au lieu de perdre le temps à endoctriner tout le peuple avec tout le risque que cela comporte, il est plus utile d’infiltrer directement le cœur du royaume et de convertir à l’intérieur même du cœur du pouvoir coréen. Ce qui sera fait en moins de 10 ans.

En 1864, le roi Kojong prend le pouvoir. Mais comme il n’a que 14 ans, c’est son père Daewongun qui devient le régent. Il mettra à peine 2 ans pour se rendre compte que ce sont les français qui commandent effectivement, puisqu’ils avaient réussi à convertir presque tout le cerveau du royaume au catholicisme. Lors de son énième refus d’avoir des relations commerciales avec la Russie, il découvre avec amertume qu’au fond, ces différents refus que ses conseillers et ses ministres s’obstinaient à maintenir, étaient en réalité dictés depuis Paris à travers le clergé local qui a converti en secret grand monde à la cour royale. Il apprend que, à son insu, même son secrétaire particulier Nam Chong-sam s’est converti au catholicisme et donc, manipulé par le clergé, installé par Paris. Daewongun prend alors une décision radicale. Il émet un décret selon lequel la sécurité de la Corée ne peut pas être garantie sans l’effacement complet du catholicisme. D’après ce décret, les coréens qui y sont convertis sont sans se rendre compte soumis au bon vouloir d’une ou de plusieurs puissances étrangères. En février 1866, Mgr Siméon-François Berneux qui avait été nommé vicaire apostolique en 1856 et se vantait 3 ans plus tard en 1859 d’avoir pu convertir 17.000 coréens sera tout simplement torturé pour qu’il explique tous les plans d’infiltration du pays avec l’instrument du catholicisme, avant d’être décapité le 7 Mars 1867 avec 8 autres prêtres français. Les mois qui vont suivre verront la mise à mort, selon les sources de 10.000 à 15.000 fidèles coréens convertis au catholicisme, considérés comme des traitres à la solde de l’étranger.

La France devait à tout prix laver l’affront. Comment un pays civilisateur peut-il subir une telle humiliation d’un pays qui refuse de se faire coloniser ? Ce n’était pas acceptable pour Paris. Il fallait, disaient-ils, « venger la vie de nos concitoyens ». Et c’est là que nous allons voir plusieurs ressemblances avec la crise syrienne de 2012 où le président français Hollande déclare que le président syrien est déchu, sans aucun procès. Revenons en été 1866. Le ministre français Henri de Bellonet pour venger les français décapités en Corée, demande prince chinois Kong d’intervenir, un peu comme la Ligue Arabe et la Turquie dans la crise Syrienne. Sa réponse est cinglante, il se dérobe avec cette réponse : « jamais un asiatique n’ira tirer sur un autre asiatique pour faire plaisir à un européen ». Henri de Bellonet doit se débrouiller tout seul. Il décrète que le roi de Corée est désormais déchu. Et que pour cette raison, rien n’empêche plus la France de conquérir ce pays. Le 10 octobre 1866 il envoie le général Roze avec 7 bâtiments de guerre pour conquérir la péninsule asiatique. Après un mois, jour pour jour de bataille, c’est le 11 novembre 1866 avec un échec cuisant que ces militaires français vont fuir la Corée. Dans les livres écrits par les historiens français sur cette triste épisode de la première d’une série de défaites françaises en Asie, on peut lire qu’ils ont quand même « ramené un trésor fait de : caisses de lingots d’or, d’argent, du jade, des ouvrages avec des valeurs inestimables ». Quelle maigre consolation pour quelqu’un qui allait conquérir et le coloniser un pays dont il avait par arrogance décrété son roi déchu.

Si l’espionnage religieux n’a pas fonctionné dans cette première phase, et s’est plutôt terminé de façon tragique, on peut aussi remarquer que le prince chinois Kong sera très vite démenti et dès 1876, ce sont les Asiatiques, des Japonais qui vont réussir là où les Européens ont échoué en mettant à mal la résistance coréenne. C’est la première défaite de la Corée, qui se concrétise avec le traité de Kanghwa qui marque le début de l’occupation japonaise. Et c’est bien avec les Occidentaux que le Japon va fêter cette victoire, ce qui va permettre aux missionnaires presbytériens américains de s’installer finalement. Les Japonais sont d’accord avec les Américains que pour éviter de voir un jour la Corée devenir une puissance régionale, ils ont besoin de briser la résistance culturelle et spirituelle du pays : il faut convertir le pays à une autre religion. C’est la seule certitude de briser l’esprit patriotique qui conduirait à des révoltes. Et il n’y a pas mieux que le christianisme qui glorifie la misère, pour y parvenir.

C’est donc pour cette raison que le Japon laisse les presbytériens américains s’installer pour convertir le peuple. Mais avant, pour éviter que ces missionnaires utilisent ensuite la Corée comme base arrière pour aller un jour déstabiliser le Japon lui-même, ce dernier va tout simplement réduire la portée des chrétiens en instituant le Shintoïsme, la religion japonaise du culte de morts (venue d’Afrique) comme la religion d’état. Tout ira pour le mieux jusqu’à la deuxième guerre mondiale où tout se gâte entre les anciens amis prédateurs de la Corée, c’est-à-dire le Japon et les USA et la conséquente occupation du Japon par les USA. On connait la suite. Et la guerre dite de Corée qui va se terminer avec la division du pays en deux parties dont le sud sous occupation américaine.
Comment peuvent s’appeler les services secrets d’un pays comme la Corée sous occupation américaine ? Bien sûr la KCIA (Korea Central Intelligence Agency), c’est-à-dire le sous-traitant de la CIA. Créée en 1961, la KCIA va faire parler d’elle pour ses séquestrations, la torture et les assassinats de toute personne qui émettrait la moindre critique contre la gestion américaine du dossier coréen. Le plus célèbre des victimes s’appelle : Kim Dae-jung dont la seule faute aux yeux de Washington était de désirer l’unification de son pays. Il va échapper à plusieurs tentatives d’assassinat.

En 1971, alors qui perd aux élections présidentielles avec 45% des voix malgré les nombreuses fraudes par le chouchou de Washington, le président coréen de 1963 à 1979, Park Chung-hee, il échappe à un assassinat camouflé en accident de voiture d’où il sort avec un handicap à vie de la hanche. Il fuit le pays pour s’exiler au Japon, où le 8 Aout 1973, il sera kidnappé à l’Hôtel Grand Palace de Tokyo. Grâce aux documents déclassifiés en 2000 de la KCIA, on peut lire qu’il a été prélevé de sa chambre, la n° 2212 pour la chambre voisine, la 2210 où il sera drogué et perdra connaissance pour se retrouver le lendemain sur un bateau attaché à des blocs de béton pour être noyé en haute mer. Il sera sauvé in extremis par un stop de dernière seconde, grâce à la détermination d’un homme qui décide d’aller contre son propre gouvernement. Cet homme, c’est l’Ambassadeur des USA à Tokyo, un certain Philip Habib qui va utiliser des stratagèmes dignes d’un film de 007 pour sauver Kim, allant jusqu’à la publication officielle d’un faux communiqué du Département d’Etat Américain non seulement demandant la libération de Kim, mais l’invitant même à Washington. Tel que décrit par un article paru sur le Washington Post du 23 février 2003, l’Ambassadeur Habib a même un plan B, c’est le court message qu’il envoie au Premier Ministre coréen : « Si Kim ne ressort pas vivant, vous aurez de graves ennuis ».

Kim, le miraculé, se retrouvera ainsi quelques jours après errant dans les rues de Séoul, puis arrêté et condamné à 20 ans de prison. La suite, nous la connaissons : Kim deviendra le 8ème président de la Corée du Sud de 1998 à 2003. Grâce à son initiative de rapprochement entre les deux Corées dénommée « Sunshine Policy », il effectue la première visite d’un chef d’Etat Sud-Coréen en Corée du nord pour signer l’accord historique le 15 Juin 2000, ce qui lui vaudra un Prix Nobel de la Paix polémique (puisqu’il aurait été juste de l’attribuer aussi à Kim Il Sun du nord avec qui il a signé pour la paix). Pour les élections de décembre 2002, Kim Dae-Jung alors âgé de 77 ans, cède sa place à son premier Ministre et camarade du parti Roh Moo-hyun qui sera élu avec 48,9% de voix comme le 9ème président de la Corée du Sud.

Il prend ses fonctions le 25/3/2003. Et continue la politique d’unification avec le Nord qui accepte le principe, mais qui exige d’abord le départ des troupes américaines. Le 12 mars 2004, après à peine un an de présidence, Roh est démis de ses fonctions après une motion du parlement coréen qui l’accuse d’avoir exprimé son soutien pour un parti politique, violant ainsi le code électoral. Ce qui est faux et la Cours Constitutionnelle va invalider la procédure de démission. Mais peu importe. Pour ceux qui savent comment a été gérée la crise ivoirienne de 2010-2012, on sait que lorsque Washington est derrière ce genre de pratique, il n’existe aucune cour constitutionnelle qui vaille. Une question ne peut manquer de venir à l’idée : était-ce un simple hasard la nomination du Sud-Coréen Choi comme représentant des Nations Unies en Côte d’Ivoire dans cette crise par un autre Sud-Coréen Ban Ki Moon ? Dans tous les cas, Roh est obligé de démissionner. Selon la version officielle, il va se suicider le 23 Mai 2009. Et son mentor, Kim Dae-Jung va assister à ses funérailles avant de s’éteindre lui aussi 5 mois plus tard, le 18 Août 2009 à l’âge de 83 ans.

Mais pourquoi Washington est-elle hostile à un rapprochement entre les deux Corées ?
C’est que comme dans la crise malienne ou ivoirienne, chaque fois qu’on invite un pays étranger à intervenir militairement, on cède une partie de sa souveraineté à ce pays. Lorsque la Corée du Sud demande l’intervention des USA dans la guerre de Corée (1950-1953), ce pays y perd seulement en matériel 1406 avions détruits par les nord-coréens, ce n’est pas pour accepter des plans de paix qui préconisent de le mettre hors-jeu et de l’expulser sans réagir. C’est pour cela que les Américains ont un autre plan : utiliser la religion pour infiltrer la Corée du Nord La CIA va revenir sur les anciennes méthodes d’espionnage religieux pour atteindre ses objectifs en Corée du Nord. Elle y parvient en fabriquant une religion chrétienne de toute pièce dénommée L’Église de l’Unification, crée en 1954, par le sud-coréen, Sun Myung Moon. En tout cas c’est ce qui resulte de l’enquête d’une sous-commission du Congrès des États-Unis, la  » Investigation of Korean-American Relations  » Sub-committee on International Organizations of the Committee on International relations, et publiée le 31 octobre 1978.

Moon se présente à ses fidèles comme : « le second messie venu sur terre compléter l’œuvre inachevée de Jésus-Christ ». Le premier messie étant Jésus. Moon va remplir sa mission à plusieurs reprises. Mais deux d’entre elles attirent notre attention : La première c’est l’ambigu rapport avec la Corée du Nord et la deuxième, le rapprochement de ses services secrets avec ceux du Vatican en 1984 pour faire taire la « Théologie de la Libération en Amérique du Sud ». Nous en parlerons dans la partie 4/5, intitulée USA/VATICAN.

L’ENNEMI QU’ON FABRIQUE SUR MESURE
A la chute du mur de Berlin en novembre 1989, suivi par l’effondrement de l’Union Soviétique, les américains ont besoin d’un nouvel ennemi pour justifier les folles dépenses militaires. Si la Russie de Eltsine est devenue un pays presque ami, comment peut-on justifier au peuple de continuer de s’endetter contre un ennemi disparu depuis ? La réponse est vite trouvée. Elle s’appellera encore une fois l’Eglise de l’unification du révérend Moon. Dès 1991, les services secrets de l’Eglise de Moon vont entrer en contact avec le président de la Corée du Nord Kim II Sun d’abord et son fils ensuite avec lesquels pour le compte de Moon, ils vont entretenir de très bonnes relations. Le prétexte est tout trouvé : sa ville natale est située de l’autre côté de la ligne de démarcation, en territoire nord-coréen et il voudrait faire quelque chose pour aider ce petit village à se développer. Selon les documents déclassifiés et rendus publiques par le Defence Intelligence Agency, le révérend a fait transiter vers la Corée du Nord, une somme colossale de 3,5 milliards de dollars US. Et le hasard veut bien que la période de ce mouvement d’argent coïncide ou précède de peu le début du programme nucléaire nord-coréen. Et un rendez-vous garanti : le rituel qui voit à chaque fois les américains aboyer pour des tests ou pseudo-tests de missiles nord-coréens, donnant l’impression de toucher le territoire américain. Alarme que la propagande va scientifiquement véhiculer dans les médias américains et convaincre ainsi, très facilement tout le monde que l’Amérique est en danger et doit se préparer contre la menace d’un fou en Corée du nord. En réalité, un fou, bien commode et construit sur mesure. D’où la nécessité d’investir des sommes folles pour un programme militaire complètement inutile dénommé : « bouclier anti-missile ».

Mais quel lien y-a-t-il entre cette église et l’administration américaine ? Dans un article publié par le Réseau Voltaire le 26 mars 2001 avec le titre « Révérend Moon : le retour », une comptabilité est faite de l‘argent qui passerait entre l’Eglise de Moon et les présidents américains. Par exemple, on peut lire que Georges Bush sr, ancien directeur de la CIA participe depuis 1995 à presque toutes les cérémonies officielles de la secte, avec un cachet total de 10 millions de dollars pour rémunérer ses 5 ans de présence. Au final, entre Moon et la CIA, qui tient qui par la barbichette ? Qu’est-ce que Jesus-Christ ou dieu a à voir dans tout cela ?

Jean-Paul Pougala 13/01/2013

à suivre sur www.pougala.org la partie 3/5 : USA/RUSSIE : comment la CIA sous-traite ses missions aux églises reveillées chrétiennes qui font trembler toute la Russie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *