La chine achete de l’or massivement pour terrasser le dollar

Le World Gold Council vient de créer une surprise : au troisième trimestre 2011, les banques centrales de la planète ont acheté net 148,4 tonnes d’or, un chiffre record. Parmi elles, la Chine serait la plus gourmande. Elle tenterait ainsi d’attaquer le dollar dans sa position de monnaie de réserve.

Au troisième trimestre 2011, les banques centrales de la planète ont acheté net 148,4 tonnes d’or. Le FMI avait pourtant recensé, auprès des seules banques centrales (essentiellement occidentales) qui lui déclarent leurs mouvements d’or, un chiffre beaucoup plus limité : 20,2 tonnes d’or seulement. Un écart de 128,2 tonnes entre les deux chiffres. Il provient surtout des pays d’Asie et d’Amérique du Sud qui, la plupart, refusent de déclarer au FMI leurs mouvements d’or. Il y a donc de très fortes présomptions pour que la Chine ait fortement contribué à cet écart.

Or, depuis mi-2005, la Chine et son allié, la Russie, ont multiplié les déclarations pour encourager les autres banques centrales de la planète à augmenter la part de l’or dans leurs réserves de change au détriment de la part du dollar ou de l’euro. Pour mieux les convaincre, Chine et Russie ont joint le geste à la parole : à plusieurs reprises, elles ont fait des annonces selon lesquelles leurs propres banques centrales avaient sensiblement renforcé leurs réserves d’or. La Chine a par ailleurs encouragé avec succès sa propre population à se porter acheteuse d’or : au troisième trimestre 2011, 191,2 tonnes d’or (131,0 au titre de la bijouterie et 60,2 au titre de la thésaurisation).

Pourquoi une telle promotion de l’or par l’État chinois ?
Désormais premier pays producteur d’or, la Chine tire certes un avantage direct du dynamisme de la demande mondiale d’or et de la tendance haussière qui en résulte sur le prix de l’or. Mais le principal avantage qu’il retire de cet engouement  planétaire croissant pour l’or est géopolitique.

Pour les think-tanks chinois, si l’URSS a perdu la guerre des étoiles (1982-1989), c’est parce qu’elle n’avait ni réussi ni même tenté d’abolir le privilège du dollar-monnaie de réserve mondiale que les Etats-Unis se sont arrogés depuis 1945. De ce fait, en émettant massivement des dollars qui allaient s’accumuler alors au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont  pu financer très facilement la course aux armements qu’ils infligeaient à l’URSS. L’URSS, elle, devait brader son pétrole et son or, sans pour autant réunir les dollars nécessaires à la modernisation de ses armements. En 1989, Gorbatchev capitulait militairement et le mur de Berlin s’effondrait.

Démontrer au monde que dollar ne mérite plus son statut
Comme je l’ai expliqué dans mon livre, La visée hégémonique de la Chine, le plan stratégique que mène la Chine depuis 1993 pour terrasser les Etats-Unis passe par l’abolition du privilège du dollar-monnaie de réserve. C’est pourquoi depuis 2000, la Chine s’est activée pour que le dollar aille s’inscrire dans deux grands canaux baissiers prolongés, le premier contre euro (l’euro à 0,82 dollar en 2000 et à 1,60 en 2008), le deuxième contre or (l’once d’or à 250 dollars en 2000 et à 1 900 en 2011).

Il s’agit pour elle de prouver aux banques centrales des pays tiers que le dollar ne mérite plus son statut privilégié. L’espoir secret de la Chine, c’est que les pays exportateurs de matières premières, après avoir abandonné le dollar comme monnaie de réserve, abandonnent ensuite le dollar comme monnaie de facturation pour le remplacer par l’or ou par le yuan.

La Chine alors poursuivrait, à son tour dans des conditions privilégiées, la course aux armements qu’elle dicte aux Etats-Unis depuis 2008. La Chine aurait les moyens monétaires et financiers à la fois pour maintenir ses approvisionnements en matières premières et pour effectuer des dépenses massives d’armement tandis que les Etats-Unis, démunis d’or et de yuan, éprouveraient de vraies difficultés à s’approvisionner et à développer leurs programmes d’armements.

On le voit, sous la forte hausse de l’or activé par la Chine, se cache une manœuvre géopolitique et militaire qui est majeure.
 Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l’auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

Source: blogspot.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *