L’Afrique doit mener le jeu : la COP 17 doit obtenir la justice climatique pour les pays en voie développement

Le changement climatique affecte principalement les pays qui bénéficient le moins de l’industrialisation alimentée par les combustibles fossiles. Les pauvres ont moins de capacité politique, économique et sociale pour s’adapter au changement climatique que les riches. L’arrivée sur le sol africain des lobby de négociation sur la question climatique doit servir à attirer l’attention de tous sur les conséquences du changement climatique sur les pays en voie de développement et sur ce que nous proposons pur résoudre ce problème.

Lorsque la 17ème Conférence des Parties (COP 17) à la Convention-Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) se réunira à Durban fin novembre 2011, il sera important de sensibiliser le monde entier aux implications du changement climatique envers les pays du Sud, à savoir les pays pauvres et en voie de développement. La question de justice climatique est primordiale si l’on veut trouver une solution juste et contraignante.

Le programme des Nations-Unies sur le changement climatique, fruit d’accords convenus lors du premier Sommet de la Terre de 1992 à Rio de Janeiro, prévoit la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui perturbent les systèmes climatiques dans le monde. L’accord le plus célèbre qui est ressorti des nombreuses réunions qui suivirent est ce que l’on connait sous le nom de Protocole de Kyoto, signé en 1997 à l’occasion de la COP 3 à Kyoto, Japon, avec pour but la réduction des émissions de CO2.

C’était la première fois qu’un accord visant à combattre et réduire la menace d’un changement climatique anthropogénique, c’est-à-dire causé par l’homme, était jamais convenu au niveau international. Le Protocole de Kyoto, cependant, viendra à terme fin 2012. Il est donc primordial que la COP 17 de Durban scelle de nouveaux accords sur des programmes qui empêcheront que le changement climatique devienne incontrôlable au XXIème siècle. Le temps ne joue pas en notre faveur.

Les objectifs du Protocole de Kyoto étaient extrêmement limités, bien en-deçà en tout cas de ce qui est maintenant reconnu comme nécessaire. Mais plus important encore, il n’a pas été ratifié par le plus grand pollueur de la planète, les États-Unis, ce qui a rendu les décisions en grande partie théorique.

On sait aujourd’hui que le changement climatique provoqué par l’homme n’est plus de l’ordre de la théorie : ses conséquences sont bien réelles et paraissent être à la fois plus graves et plus rapides que ce que les avis plutôt conservateurs des scientifiques composant le groupe d’experts international sur le changement climatique (IPCC) ne le laissent paraître. Ces changements toucheront principalement les pays du Sud qui n’ont pas la résilience suffisante pour faire face à ces multiples défis.

Des pays tels le Pakistan et des régions comme le Sahel en Afrique, coincés entre des tropiques et des déserts, sont bien plus sensibles aux perturbations atmosphériques que des régions aux climats plus tempérés. Au cours des deux dernières années, le Pakistan a connu des inondations sans précédent en période de mousson, ce qui a poussé cette économie déjà fragile au bord du gouffre et a entraîné de profondes conséquences politiques et sociales.

Le Sahel, pour sa part, a connu au cours du siècle dernier des périodes de sécheresse assez régulières dues aux différents cycles climatiques. Cependant, on sait maintenant que les sécheresses fortement perturbatrices qui ont eu lieu dans cette région entre les années 60 et les années 80 sont liées aux combustibles fossiles présents dans les aérosols et aux émissions de particules.

Ces influences extérieures, combinées au réchauffement climatique, ont aggravé le cycle des sécheresses dans toute la région, causant une période de famine prolongée et un grand bouleversement social. Il faut cependant noter qu’avec l’utilisation de carburants plus propres et la baisse des taux d’émissions, le taux des particules émises par l’homme dans l’atmosphère a aussi baissé ce qui a, en retour, atténué la gravité des sécheresses au Sahel.

Ceux qui nient l’influence des actions de l’homme sur le climat de la planète se montrent soit incapables d’intégrer les réalités ou les rejettent dans leur effort de continuer leurs affaires comme si de rien n’était. Ce puissant groupe de pression, qui continue à bénéficier d’un accès bon marché à la technologie reposant sur les énergies fossiles, a contribué activement à saboter toute tentative pertinente de négociations politiques visant à apporter une solution sérieuse au problème dont il est vraiment question ici : les émissions de plus en plus importantes des gaz à effet de serre.

Une telle complaisance ne fait que perpétuer l’inégalité économique subie depuis des années par les pays du Sud de la part du Nord industrialisé et explique pourquoi l’on est jamais parvenu à un quelconque traité qui soit à la fois constructif, ambitieux et contraignant sur la question du changement climatique. Les plus puissants – les pays du G8, de l’OCDE et du Nord industrialisé – se sont tellement engagé politiquement pour protéger leurs intérêts qu’ils ne savent plus discerner quels sont les changements nécessaires à apporter et les moyens pour y parvenir. Ces pouvoirs dominants ont d’ailleurs fait bien plus que suggérer la faible probabilité qu’un accord soit atteint à Durban. La défense des intérêts de chacun reste très forte.

Outre le protocole de Kyoto, la seconde meilleure solution qui a émergé de ces longues et onéreuses conférences est le programme REDD+, ou programme dit de Réduction des Émissions dues au Déboisement et à la Dégradation des forêts. C’est un mécanisme commercial qui propose de ne pas toucher aux forêts de la planète. On espère ainsi limiter et avec un peu de chance réduire le réchauffement climatique.

Le REDD est un programme controversé pour diverses raisons, mais en tout premier lieu à cause de son incapacité à s’accorder sur la définition exacte de ce qu’est une forêt. Cela peut sembler évident, mais une forêt est-elle avant tout une ressource naturelle vierge, ou une plantation semée et récoltée par l’homme, et possédant donc une valeur économique ? C’est à cause de ce genre d’ambiguïté intentionnelle inhérente aux « solutions » telles que le REDD qu’une forte opposition est apparue parmi les autochtones et les groupes écologistes, très mal à l’aise par rapport à ce type d’accords.

Le REDD et autres mécanismes économiques de commercialisation du carbone ne sont essentiellement que des moyens permettant aux intérêts les plus puissants de profiter à la fois des négociations sur le changement climatique et des solutions qui y sont avancées pour s’assurer la continuité du business-as-usual. Perpétuer les intérêts des plus privilégiés n’est plus une option. Dans un monde de plus en plus connecté, les exploités ont graduellement développé une position bien plus cohérente. Le REDD, tout comme la commercialisation du carbone, ne fait absolument rien pour régler le véritable problème : la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce ne sont que des manœuvres de diversion.

La recherche de solutions au problème du changement climatique implique bien plus que de s’occuper des menaces bien réelles envers la stabilité écologique de notre planète. Au cœur de cette lutte, le changement climatique implique traiter les problèmes de justices climatique et sociale. Ceux qui bénéficient depuis des années de l’exploitation des combustibles fossiles doivent maintenant faire amende honorable. On ne peut plus s’attendre à ce que ceux qui restent exclus de tels avantages, soient-ils Somaliens, Pakistanais, vivant dans la jungle tropicale ou encore sur un atoll, continuent à supporter les coûts punitifs associés à l’instabilité climatique en plus de leur fardeau déjà très lourd. Perpétuer une telle iniquité bat en brèche la recherche d’une solution juste à la table des négociations sur le climat.

Le pouvoir grandissant de blocs tel le BRICA (abréviation pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) commence à contrebalancer celui de la vieille garde des nations développées. Ces déplacements du pouvoir économique et politique permettent de modifier la dynamique du processus de négociations.

Preuve en est la manière dont le Sud a refusé de ratifier toute une série de mesures intrinsèquement injustes lors de la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce à Doha, mesures qui auraient fait perdurer l’inégalité dans les échanges commerciaux mondiaux. Mais il faut également instaurer une plus grande égalité dans les négociations sur le climat entre le Nord et le Sud, les riches et les pauvres, les pays développés et les pays en développement, pour permettre de trouver une solution juste pour tous.

Le fait est qu’il faut en finir avec cette polarisation historique et les impasses qui n’en finissent pas de miner les négociations cruciales des conférences telles que celles des Nations Unies sur le changement climatique. La COP 17 de Durban a besoin d’un leadership flexible qui nécessite que les plus puissants montrent une certaine humilité et reconnaissent que c’est aussi leur monde qui est en danger. Mais plus que tout, il est essentiel que les pays du Sud se montrent solidaires les uns des autres afin que l’intérêt des plus riches ne vienne pas détruire leur message commun d’obtenir la justice climatique pour tous.

À l’ère de la mondialisation, nous sommes de plus en plus connectés et dépendants les uns des autres. L’échec d’une seule nation crée inévitablement une plus grande instabilité. Un leadership faible de la part des hôtes n’est pas envisageable, nous laisser malmener ne l’est pas non plus. Ou comme Nelson Mandela l’a fait savoir dans sa mémorable remarque à Bill Clinton lors de la visite en Afrique du Sud de ce dernier en 1998 : « nous devons dire aux plus puissants « de sauter dans une grande piscine » s’ils se montrent déraisonnables ».

Nous ne devons pas permettre que les négociations se soldent par un nouvel échec à notre dépend. Nos dirigeants doivent se montrer sages mais fermes. Il nous faut trouver des solutions ingénieuses afin que le Nord nous « écoute. La société civile se doit de répéter des campagnes aussi réussies que la campagne Right to Know pour le droit à l’information, qui a eu un impact politique non-négligeable en Afrique du Sud.

La mobilisation de la coalition Climate Justice Now en Afrique du Sud espère fournir une telle plateforme afin qu’une solution bénéfique à tous soit trouvée. Nous ne pouvons certainement pas abandonner des gouvernements ouverts à la négociation à la dure merci des intérêts diplomatiques et de pression des parties prenantes conservatrices et du milieu des affaires.

Nous avons besoin d’un accord qui soit à la fois juste, ambitieux et contraignant et qui ne servira pas qu’à dissimuler les problèmes. On ne peut laisser perdurer ce business-as-usual, avec ses fausses promesses de commercialisation du carbone, où les riches compensent leurs impacts sur les pauvres, ou le REDD, qui décime les forêts pour les remplacer par des plantations de monocultures. Ce dont nous avons besoin rapidement, c’est d’un accord qui va au-delà du soulagement symptomatique et qui s’occupe directement du nœud du problème : la mise en place à tous les niveaux de systèmes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La justice climatique, c’est trouver un accord lors de la COP 17 qui fournisse exactement cela : la justice climatique pour tous, pas la justice pour les riches. Il est temps de montrer que l’Afrique peut mener le jeu. Nous, les peuples d’Afrique, montreront ainsi ensemble à nos dirigeants la responsabilité qui leur incombe.

Glenn Ashton

Cet article a initialement été publié en anglais et il a été traduit par Isabelle Louchard, traductrice bénévole pour rinoceros.

Source: http://www.rinoceros.org/article11292.html

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