Guy Léon Fylla, professeur des œuvres d’arts (musicien – peintre)

Guy Léon Fylla

Guy

Il a transgressé les genres et les modes tant sa personnalité est exceptionnelle

I – SANS DOUTE UN DES PLUS GRANDS THEORICIENS CONGOLAIS

On a, à juste titre dit de ce guitariste, saxophoniste, musicologue et artiste peintre de grande renommée, qu’il n’a pas eu de « style », au sens où ce mot se rattache à telle ou telle école, période ou région, mais a joué à la musique le plus simple, le plus essentiel. 
Guy Léon FYLLA, compte non seulement parmi les meilleurs « premiers sopranos » de grand orchestre mais aussi parmi les saxophonistes sopranos les plus inventifs de sa génération. Technicien accompli, improvisateur élégant, à la sonorité chaude et pleine. 

II- DE BRAZZAVILLE A KINSHASA (Les Editions CEFA)

Guy Léon FYLLA est de ces musiciens dont on éprouve davantage ses mérites, pour avoir atteint après une longue carrière, une parfaite et passionnante maturité. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il fait partie des artistes venus à la musique par le chant avant de se familiariser à la guitare dont il s’est inspiré autrefois du belge Bill ALEXANDRE, le premier européen à introduire en 1953, la guitare électrique à Léopoldville (Kinshasa). 

C’est d’ailleurs à ce monsieur Bill ALEXANDRE que l’on doit la création en 1953, de la firme musicale « CEFA » (Compagnie d’enregistrement du folklore africain), grâce à laquelle la chanteuse camerounaise Marcelle EBIBI (l’ épouse de Guy Léon FYLLA) a sorti l’une des plus belles chansons de la musique congolaise, intitulée « Mama é », chantée en 1953, par le duo Marcelle EBIBI et Guy Léon FYLLA, agrémentée par la guitare électrique du belge Bill ALEXANDRE. « Mama é » est donc l’œuvre à partir de laquelle a été utilisée pour la première fois, la guitare électrique. Elle compte parmi les plus belles mélodies de la musique congolaise de tous les temps.

III – UNE VIE A CHEVAL SUR LES DEUX RIVES DU FLEUVE CONGO, APRES LES ETUDES SECONDAIRES ET ARTISTIQUES A BRAZZAVILLE.

Né le 11 Avril 1929 à Lokutu (ex-Elisabethville – Congo-Belge), Guy Léon FYLLA a fait ses études primaires entre 1937-1945 à l’école Saint Vincent de Poto-Poto, et à L’école Sainte Jeanne d’Arc de la Mission catholique de Brazzaville. Entre 1945 et 1948, il passe son cycle secondaire au Collège moderne de Mbounda à Dolisie. Puis, il s’oriente à la peinture et à la musique. Il s’engage dans une voie tout-à-fait différente et qui d’une certaine façon tourne le dos à celle que l’on attendait de lui. 
Il s’inscrit par correspondance à l’Ecole internationale de dessin et de peinture de Monte-Carlo (Principauté de Monaco), précisément entre 1950 et 1953, et obtient le diplôme de fin d’études artistiques. Simultanément Guy Léon FYLLA cultive la musique, il fait des études musicales, sous la direction d’une musicologue française, Mme PEPAIRE, et apprend à jouer à la guitare son premier instrument de prédilection, grâce à laquelle il rentre aux Editions CEFA de Léopoldville (Kinshasa) et enregistre son premier disque en 1953.
 
Aux éditions CEFA, Guy Léon FYLLA, et son épouse, la chanteuse Marcelle EBIBI connaissent une expérience fantastique auprès des requins de studio comme : Roger IZEIDI, Augustin MONIANIA « Roitelet », Brazos ARMANDO, Paul Roger BEMI, François EGWONDU « Franco », Maurice EVAN (fameux bassiste belge), Albert YAMBA-YAMBA, Marie-Isidore DIABOUA (CDJ), etc.

IV- CREATION DE L’ORCHESTRE MAQUINA-LOCA, APRES UNE BREVE EXPERIENCE DANS LE NEGRO JAZZ

En 1956, Guy-Léon FYLLA, s’associe aux musiciens de l’orchestre Negro Jazz de Brazzaville, qui séjournent depuis un long moment à Kinshasa. Et dont il connaissait pour la plupart depuis Brazzaville. Il en devient facilement le chef d’orchestre, en remplacement du guitariste Joseph KABA, mais pas pour longtemps, car le Negro Jazz va se disloquer à Kinshasa au cours de la même année. 
1958, après avoir été le héros chez Negro-Jazz, d’un nombre confortable de chefs-d’œuvre, qui concilient avec une habileté fantastique au saxo, Guy Léon FYLLA crée sa propre formation musicale, un excellent orchestre qui porte le nom de MAQUINA-LOCA. Dans ce groupe, Il abandonne la guitare pour emboucher le saxophone qu’il a appris en jouant de la « soupe » dans les studios.
 
De toute évidence, le saxophone est pour lui quelque chose d’extrêmement sérieux, dans quoi l’on ne s’embarque point sans vocation. Dans cette bonne voie, Guy Léon FYLLA produit des choses passionnantes. Il s’entoure d’Antoine NEDULE « Papa Noël », remarquable guitariste soliste et des musiciens peu connus, jeunes pour la plupart, mais motivés comme, les chanteurs Basile MIKANO et Théophile NGUIMADIAO qui trouvent auprès de leur chef, l’occasion de s’appliquer pour jouer la musique qu’ils aimaient tant, à travers des titres à succès comme « Espérencia », « Mbemba », « Bilengue ya Maquina », « Souvenir ya chérie », « Mwana ya Gabon », etc. réalisés aux éditions Ngoma. Ceux qui à l’époque avaient bien savouré ses œuvres attestent volontiers que MAQUINA- LOCA s’inspirait le moins possible des autres formations qu’il avait l’occasion d’entendre.
 
Quoi qu’il en soit, l’orchestre MAQUINA LOCA où se dessine la personnalité musicale de Guy Léon connu un grand succès dans les grands dancings de Kinshasa et de Brazzaville, où il était très apprécié.

V- L’AVENTURE DE LIBREVILLE (Gabon)

En 1959, l’orchestre MAQUINA- LOCA s’installe à Libreville au Gabon où il obtient un engagement régulier dans un dancing de la place. De cette période de Libreville, notons la sonorité inimitable de Guy Léon FYLLA, un souffle fait musique, a influencé quelques saxophonistes de la Rumba qui le citent souvent parmi leurs sources d’inspiration. 
Pendant qu’il est à Libreville, avec son orchestre, Guy Léon FYLLA, partage son temps entre la musique et la peinture. Il entreprend au cours des années 1959 et 1960, plusieurs expositions en France, particulièrement à Paris, et des stages de travaux manuels d’initiation artistique à Paris, Angers, Châtelguyon, etc. Cette seconde activité, malheureusement, a conduit en 1961, l’orchestre MAQUINA LOCA, à la dérive. La déception de FYLLA, ne sera que de courte durée. Dès lors les dés étaient jetés et il se consacre désormais exclusivement à la peinture et en véritable professionnel.
 
De retour à Brazzaville, Guy Léon FYLLA qui constitue désormais un maillon indispensable dans la pratique de la peinture, et de l’enseignement du solfège, se voit offrir un voyage d’étude en Chine Populaire.

-VI- AUTODIDACTE CHEVRONNE

En effet, entre 1965 – 1967, il est sur le banc d’école au Centre d’Enseignement Supérieur de Brazzaville. Pendant la même période, FYLLA participe à la vie musicale et à celle de la peinture, au Centre d’Arts de Moungali où il est professeur et directeur de l’école de peinture et de musique. Il enseigne précisément, le dessin, l’histoire de l’art-perspective, la théorie musicale et la guitare. Une fonction qui lui permet d’être désigné en 1966, délégué permanent du Congo au Premier Festival mondial des arts Nègres à Dakar. 
Plus tard entre 1978 -1980, il poursuit avec beaucoup de succès ses études de licence en droit à l’Université de Brazzaville. FYLLA est tenu pour être dans sa création personnelle, dans la logique d’éviter une certaine monotonie avec une réelle volonté de recherche et de dépassement.
 
De 1967 à ce jour, c’est un long processus à travers une carrière qui prend une tournure extraordinairement riche et féconde, quand Guy Léon FYLLA s’extériorise dans de nombreuses formes d’activités, grâce à ses grandes capacités intellectuelles et à sa brillante expérience professionnelle, pour lesquelles il faut noter pour l’essentiel :

Autodidacte chevronné, Guy Léon FYLLA, n’arrête pas d’apprendre. Aussi, on ne dira jamais assez à quel point, il arrive à mettre en relief son grand talent dans plusieurs domaines à la fois. 

VII – UNE BRILLANTE CARRIERE ADMINISTRATIVE DANS LE SECTEUR PETROLIER (AGIP – HYDRO-CONGO)

De 1967 à 1978, il occupe différents postes administratifs, comme : 
Chef du personnel de la société pétrolière AGIP-Congo – Directeur Hydro-Congo à Dolisie, puis chef de vente adjoint Hydro Congo à Brazzaville –
 
De 1978 en 1992, se sont les fonctions artistiques qui l’occupent particulièrement, car il a toujours gardé un pied dans la culture et art, son job de prédilection. Il est successivement : Secrétaire exécutif à l’organisation de l’UNEAC (Union nationale des écrivains et artistes congolais) – Professeur à l’Ecole nationale des beaux arts (Cours d’anatomie artistique – l’histoire de l’art – la guitare – le saxophone) – Président du Conseil national de l’UNMC (Union nationale des musiciens congolais) – Président des peintres indépendants, et de la Mutuelle des peintres, fonctions qui lui donne l’occasion de diriger plusieurs conférences sur la peinture, la musique, et d’organiser de nombreuses expositions au Congo et à l’étranger . Il est délégué à la Conférence Nationale souveraine de 1991, puis occupe les fonctions de Conseiller de la république.
 
Autant d’attributions et d’expérience qui ont permis à Guy Léon FYLLA d’être récompensé par plusieurs distinctions honorifiques : Médailles d’or, de vermeil, d’argent – Chevalier du mérite congolais Divers prix dans le domaine de la peinture.
 
Guy Léon FYLLA est aujourd’hui l’un des doyens de la musique congolaise les plus respectés. Tout comme il est aussi l’un des plus talentueux « rumberos » de la génération des années 50/60. Celle des BOWANE, KALLE, LUAMBO, ESSOUS, LONGOMBA, MONIANIA, IZEIDI, etc. FYLLA s’est surtout fait connaitre dans Brazzaville, Kinshasa, Libreville, et en Europe où il a évolué, et où il a enregistré la plupart de ses disques et réalisé des grandes expositions d’art plastique.
 
Guy Léon FYLLA est connu aussi comme le musicien, qui a définit par notation le « Sebene », une trouvaille inédite d’Antoine KASSONGO de l’Odéon KINOIS. En effet, le « Sebene » qui est une forme rythmique, toute spéciale et particulière de l’exécution de la rumba congolaise est en fait, la déformation de « Seven » en anglais, ou « Sept » en français. (C’est donc une répétition successive d’un certain nombre de notes pendant le passage de 2 accords : Fondamental et Accord de 7ème « Seven ». Ainsi pour le ton de Do les notes seraient : – Fondamental : Do Mi Sol
 
– Accord de 7ème : Sol
 
– Octave inférieur : Fa Sol …
 
Artiste complet, peintre, musicien, et surtout auteur des performances, d’expérience multi médias, sa musique n’est jamais présentée comme une activité unique. Il s’est entouré de ce que la modernité a mis à sa disposition. Sa sensibilité à fleur de peau l’a souvent tenu écarté des manifestations annoncées à grands sons de trompe. Il est resté marginal par vocation, plutôt que par conséquence, son talent restant immense. Paisiblement, Guy Léon FYLLA, jouit actuellement de sa retraite à Brazzaville et continue à ses moments de loisir à dispenser son savoir faire au sein des organisations nationales de la culture et des arts.
 

Clément OSSINONDE 
Clement.ossinonde@sfr.fr



 

 


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