Génocide rwandais : le rapport qui divise

Juvenal Habyarimana - Photo AFP

Juvenal Habyarimana - Photo AFP

Ce n’est qu’un rapport d’experts. Et pourtant cette semaine dans la presse française il a été présenté comme le point final de la procédure sur l’attentat du président Habyarimana généralement présenté comme le déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda. Y’a-t-il eu emballement ? Pourquoi ce dossier rwandais provoque-t-il en France des réactions épidermiques. Entretiens avec deux journalistes très documentés sur le sujet, mais dont les avis divergent radicalement. 

Les Faits

Paris, mardi 10 janvier. La justice française présente un rapport d’expertise sur l’attentat contre l’avion de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994. Cinq experts (géomètre, balistique, explosifs, incendies et acoustique) devaient déterminer les possibles provenances des tirs. Leur conclusion : la garde du Président défunt est pointée du doigt. Pour ses avocats, l’actuel pouvoir rwandais est définitivement innocenté par ce rapport.

La polémique

Paul Kagamé - Photo AFP

Paul Kagamé - Photo AFP

Comme on a pu le voir dans le reportage de la rédaction de TV5Monde, l’entourage de l’actuel pouvoir rwandais jubile. Les données topographiques du rapport d’experts ont valeur de jugement : le Tutsi Paul Kagame n’est en rien impliqué dans la mort de son prédécesseur Hutu. La mort de Habyarimana est le fait d’extrémistes Hutus. Cette ligne de défense est compréhensible. Les avocats sont dans leur rôle.

Plus étonnant toutefois, la ligne univoque adoptée par la presse française.

Un parfum de revanche

La « une » de Libération donne le ton. L’adjectif « irréfutable » en grosses lettres illustre une photo d’ossements. En un mot et une illustration,Libération nous résume près de vingt années d’enquête sur un génocide qui a coûté la vie à 800 mille personnes. De manière très péremptoire, « Libé » précise que le rapport Trévidic « pulvérise, après dix-huit ans, les thèses négationnistes ». Les pages intérieures sont du même tonneau. Le journal voit dans ce rapport d’expertises « la preuve d’un génocide planifié ». Le Monde propose au lecteur la même lecture de l’événement. Gros titre de sa fameuse Page 3, « Le camp Kagamé innocenté ». A ce stade il convient de rappeler qu’aucun jugement, aucun verdict n’a été rendu cette semaine par la justice française. Les parties ont simplement entre les mains un rapport d’experts… Dans son éditorial, Le Mondeconsidère pourtant que la thèse défendue par le Juge Bruguière et le journaliste Pierre Péan est « anéantie« . Et le journal ajoute : « L’enquête biaisée du Juge Bruguière a failli aboutir non seulement à un terrifiant fiasco judiciaire, mais à une conclusion négationniste : le génocide des Tutsi aurait été organisé… par ceux-là mêmes qui allaient en être les victimes ». Autre journal, même commentaire : Le Figaro propose au lecteur un décryptage intitulé « les vérités gênantes des juges français ». La première phrase de l’article résume ce qui va suivre : « Enfin, la vérité éclate« . Le terme « irréfutable » sera là encore employé.

Pourtant, un rapport d’expert peut donner lieu à interprétation.

Nous avons demandé à deux très bons connaisseurs du dossier ce qu’ils retenaient du rapport publié cette semaine.

Pierre Péan : seul contre tous ?

En 2005, Pierre Péan publie « Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda, 1990-1994″. Un ouvrage épais dans lequel le célèbre journaliste évoque le rôle de la France au Rwanda au moment du génocide. Péan démonte les accusations portées contre la diplomatie et l’armée françaises. Il souligne également le rôle joué par le Front Patriotique Rwandais, la rébellion dirigée par celui qui deviendra président du Rwanda, Paul Kagamé. Cet ouvrage lui vaudra un procès pour incitation à la haine raciale. Accusation définitivement rejetée par la Cour de Cassation en novembre dernier.

De la publication du rapport Trévidic, Péan retient surtout la lecture partielle qui en a été faite.

Comment expliquer cette lecture partielle du dossier rwandais ? Pour Pierre Péan le traitement du génocide dans la presse est purement militant. Ses explications.

Madeleine Mukamabano : une position moins isolée

Elle est une journaliste emblématique de Radio France Internationale (RFI) où elle a animé pendant deux décennies Le Débat Africain. Tutsi rwandaise, elle a suivi de très près le drame qui s’est noué dans son pays. Ses détracteurs l’accusent d’oeuvrer pour Paul Kagamé.

Que retient Madeleine Mukamabano du rapport Trévidic ? Une confirmation de ses propres enquêtes.

 Matthieu Vendrely

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Rwanda-Enquete-Genocide/p-19758-Genocide-rwandais-le-rapport-qui-divise.htm

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