Francophonie, langue française et multilinguisme

La francophonie du XXIe siècle s’appuie sur une langue qui porte des valeurs et une conception humanistes du monde. Elle a su devenir un acteur des relations internationales. Pour s’affirmer davantage, elle doit être à la pointe du combat pour le multilinguisme, la diversité linguistique et culturelle, diversité qui réclame l’ouverture mais implique aussi l’affirmation identitaire. La francophonie a une identité, elle existe, à elle de le faire savoir à la jeunesse, aux peuples et aux décideurs. La marche en avant nécessite que l’on prenne en compte deux paramètres incontournables :

- celui de l’urgence : il faut que des décisions claires avec effet de levier rapide soient prises au prochain sommet en octobre 2012, préparées par le Forum mondial de la langue française organisé à Québec en juillet. Ne nous leurrons pas, le français peut être vite menacé comme langue universelle ;

– celui des populations cibles : c’est-à-dire en priorité la jeunesse car elle est l’avenir de la francophonie, mais aussi les décideurs publics et privés car ils font la francophonie d’aujourd’hui.
Le moment est venu en francophonie de se présenter comme les premiers défenseurs du multilinguisme et à ce titre faire preuve d’un civisme linguistique affirmé et revendiqué par les chefs d’État et de gouvernement de la francophonie. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Ce manque de civisme linguistique francophone est particulièrement fort dans plusieurs pays, particulièrement en France où la majorité des élites voit la francophonie et la langue française non comme des opportunités, mais comme des obstacles.
Il faut sauver le français, et pour le sauver, il faut défendre le multilinguisme. Si on gagne la bataille du multilinguisme, on gagnera la bataille du français. Ce combat, la francophonie ne le gagnera pas seule. Nous devons accentuer nos relations avec les autres grandes aires linguistiques et les organisations les représentant (y compris le Commonwealth), conduire ensemble les actions de promotion du multilinguisme. Nous sommes représentatifs d’une aire où le français cohabite avec d’autres langues, certaines officielles, d’autres vernaculaires, nationales ou régionales. Pourquoi ne pas nous appuyer sur cette réalité pour proposer à ces autres grandes aires linguistiques d’agir ensemble ?
Pour ce faire, nous proposons quelques mesures concrètes, à notre avis réalistes si la volonté politique de faire devait exister. Ces propositions pourraient faire de la francophonie sinon un modèle, du moins une référence. Quatre actions phares prioritaires pourraient porter l’engagement de la francophonie en matière de promotion du multilinguisme :
– Initier une démarche visant l’adoption soit d’une convention internationale sur la diversité linguistique, soit d’un protocole à la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptée par l’Unesco en 2005, et agir pour que le multilinguisme soit reconnu « patrimoine commun de l’humanité ».
– Promouvoir une éducation francophone du primaire au supérieur, mettant l’accent sur le multilinguisme dans le cadre des parcours éducatifs plurilingues. Le trilinguisme avec la langue maternelle doit être la norme dans les pays francophones. Elle doit aussi se donner un outil éducatif visible et doté d’une véritable capacité d’initiative sous la forme d’une agence pour l’éducation (sous la forme d’une fondation rattachée directement au secrétaire général de l’OIF).
– Impliquer les décideurs d’aujourd’hui et de demain des pays membres en dotant la francophonie d’un institut des hautes études francophones et du multilinguisme pour faire connaître et montrer l’intérêt de la francophonie et les enjeux de la diversité linguistique. Le champ d’action de l’IHEF concernera non seulement les cadres des États et des collectivités locales, mais également ceux de la société civile.
– Faciliter la mobilité au sein de la francophonie. Les enseignants, chercheurs, entrepreneurs, étudiants, artistes, sportifs, etc. doivent pouvoir jouir de préférences de circulation et d’un accueil préférentiel aux frontières.
L’avenir de la langue française passe désormais par la promotion du multilinguisme. Celui-ci est d’autant plus nécessaire pour la langue française qu’elle n’est pas la langue maternelle de la plupart des pays de l’aire linguistique francophone. Il faut agir pour qu’elle continue à être choisie.
Le Forum mondial de la langue française de juillet 2012 à Québec fournit l’occasion d’en débattre, et le prochain sommet de Kinshasa à l’automne 2012 celle de prendre des décisions leviers en faveur du multilinguisme comme bien commun de l’humanité et pour sa consolidation en francophonie.

Source: lorientlejour

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