France – Sarkozy, l’Homme Pressé

Nicolas Sarkozy,
Une Gauche-Droite En Tgv
Droitier avec ses amis de la Droite, pseudo-gauchisant au cours de son quinquennat,  Nicolas Sarkozy a fluctué avant de sombrer devant une conjoncture internationale qui a vicié ses relations avec les Français de toutes origines.
Par le geste et la parole. : en homme ultra-pressé, il n’a pas su dompter l’impulsion sauvage au profit de la réflexion ; le tacticien (court termiste)  na pas été un bon stratégiste (perspectiviste).
La « surprise » n’a pas eu lieu et l’écart d’un point du premier tour de la présidentielle 2012 s’est même élargi à 4 (52% vs 48) ; Nicolas Sarkozy est ainsi tombé. Sans être ridicule, ayant pu résister et imposer à son  vainqueur la même modestie, au niveau du score, qu’avec François Mitterrand, en 1981. Le président sortant est bien sorti, moins pour ses dérives que pour son impulsion sauvage qu’il n’a pas su dompter, ce qui était tout l’enjeu de la présidentielle française du 6 mai dernier qui a consacré François Hollande. Ainsi se terminait l’histoire d’un homme inclassable : à droite avec ses amis, il a usé et abusé d’artifices ultra, paradoxalement au secours de ceux qui souffrent (période du Kärcher et suite aux incidents de Clichy, en 1995, au ministère de l’Intérieur), pour tenter une modeste théologie de la libération à sa manière, dans le microcosme français, avec un bouillon de culture qu’il a souhaité emporter avec lui à la présidence, en 2007. Au-delà de l’anecdote (aspect bling-bling et son adoration outrancière du veau d’or), le président sortant aura été un homme déchiré par les divers courants de la société française qui subissait de plein fouet le déséquilibre des relations entre Israël et le monde arabe, explicatif des événements du 11 septembre américain.

En homme illuminé par la grâce divine en 2007 avec une vision philosophique d’une France ouverte et tolérante, Nicolas Sarkozy ne sera malheureusement pas bien servi par un environnement international hostile à la manifestation religieuse (plus anti-musulmane que juive) d’un Occident post-11 septembre qui a versé dans l’intolérance et l’exclusion. Le phénomène fut plus accentué dans une France qui sortait d’une dizaine d’années de ramollissement cérébral (Voir références bibliographiques)  qui a n’a pas vu venir Chirac favorisé par les « bruits et les odeurs » des « bicots nègres » du cinéaste mauritanien Med Hondo (1995) et  Le Pen en 2002, un Hexagone fidèle pourtant à une thèse anté-malthuzalem de « la Corrèze avant le Zambèze » : cette Droite outrancière, avec ses scandales depuis Giscard et ses rivières centrafricaines, n’a pas eu à l’interne le réflexe solidaire et a versé dans un tout-sécuritaire plus porté vers les riches que vers les pauvres abandonnés à leur triste sort : Villepinte se substituera à Clichy et irradiera une société anxieuse en bute à une intégration ratée.

L’exercice devenait alors périlleux pour une ouverture tout azimut  : Fadela Amara de la société civile (« Ni Putes, Ni Soumises »), Rama Yade, le Graal du pouvoir sarkoziste dans sa recherche d’immigrés de la dernière génération, Bernard Kouchner, fausse piste civilo-médico-politique, Dominique Strauss-Kahn et Hervé Morin entre autres…qui se retourneront contre lui et raidiront la Droite contre cet empêcheur de recuter en son sein.

Sarkozy gauchisant n’a pas résisté à la réalité politique et idéologique de l’exercice du pouvoir dans une Gaule en réalité royaliste, sectaire, exclusive avec l’inévitable rapprochement naturel de la Droite et de l’Extrême-droite sur la mauvaise intégration raciale et l’intolérance religieuse (l’islamisation de la société française, miroir déformant de la nouvelle croisade de l’Occident chrétien en terres musulmans de l’extrême-orient et du Maghreb). L’élan généreux et volontariste de Nicolas Sarkozy sera ainsi freiné par une solidarité obligatoire avec un gendarme du monde qui n’est pas sorti de la doctrine Monroë.
Le gouvernement gaulliste de Jacques Chirac, bien que pro-atlantiste, avait pu éviter le piège de l’invasion de l’Irak et de l’assassinat de Saddam Husseim ; le discours remarquable de Dominique de Villepin à l’Onu reste un modèle de diplomatie de la paix, rejetant le diktat de l’Otan et du « machin » du général. Stratégiste prudent, Jacques Chirac  bi-cohabitationniste avec cet esthète politique François Mitterrand avait compris que la Glasnot et la Pérestroïka avaient coïncidé avec la fin du règne de Ronald Reagan, aux États-Unis, et de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, et entrainé une cohabitation et détente internationales favorables à la reconnaissance des minorités politiques et ethniques sous forme d’une meilleure tolérance : la société refusait de consacrer une tyrannie par un partage qui ramène à une certaine modestie dans la gestion  de la chose publique. Cela s’est vérifié notamment au niveau international par une meilleure collaboration à la gestion (Usa : Reagan et le Sénat, Russie : Elstine et la Douma, France : Mitterrand et le RPR, etc…)

Ce fragile équilibre international sera malheureusement rompu avec les événements du 11 Novembre 2001 avec l’attaque contre les  Twin Towers américaines que toute la communauté internationale a condamnée. D’autant que le Tout Sécuritaire auquel l’attaque a donné naissance a favorisé une restriction des libertés internationales au nom de la lutte contre le terrorisme. En homme pressé, Nicolas Sarkozy qui se voulait Napoléon, s’est engouffré dans cette brèche et a rêvé de remodeler le monde sans réfléchir sur ses conséquences possibles de son acte ; sans tenir compte du sentiment anti-occidental qui se développait de plus en plus, il a entamé sa bataille de Russie avec la Côte d’ivoire, la Libye, accentuant par là la déstructuration du tissu social africain, de la Cyrénaïque au Sénégal, ruinant ainsi le peu de chance de tirer les conséquences de « La mort étrange de Conrad Kilian » de Pierre Fontaine (Éditions « Les Sept Couleurs », 1959).

Clin d’œil de l’histoire qui bégaie : le même « barbare à visage humain » qui hantait naguère François Mitterrand jusqu’au voyage à Sarajevo est le même qui a décidé Nicolas Sarkozy à intervenir en Libye, en mars 2011 ; sans doute Bernard-Henry Lévy n’apprécie-t-il pas de la même manière et avec les mêmes critères la vie des musulmans de Sarajevo et celle des Libyens de Benghazi : alors que, pour la Yougoslavie, dans les années 90, il avait coupé les ponts avec la gauche mitterrandienne, le voici aujourd’hui convainquant une droite sarkozienne d’intervenir, au nom d’un humanitaire gauchisant qui avait fait coopter « Her Doctor » dans la variété culturelle. (voir notamment Georges-Marc Benamou : « Le dernier Mitterrand« , Plon,  2005).

Le tout sécuritaire nouveau qui fausse l’appréhension des notions d’esthétique politique survient ainsi avec une crise multiforme qui frappe l’Europe financière, la bataille des indignés à travers l’Occident libre, les territoires et départements d’Outre-mer (Dom-Tom), les pays du Printemps arabe qui  crient encore leur indignation pour être perçus comme des camps de concentration de parias de seconde zone. Tout ceci invite à une nouvelle spiritualité. Comme réponse, Paris propose la même psychose consistant martyriser les exclus sociaux et ceux des Dom-Tom, d’où l’accentuation de la crise, principalement en Europe de la monnaie commune.

La vision philosophique d’une France ouverte et tolérante n’a pas résisté à la réalité politique et idéologique de l’exercice du pouvoir dans une Gaule en réalité royaliste, sectaire, exclusive  : l’inévitable rapprochement naturel de la Droite et de l’Extrême-droite sur la mauvaise intégration raciale et l’intolérance religieuse (l’islamisation de la société française) s’est vérifié depuis mai 2008 et a fait le reste qui a faussé l’élan généreux et volontariste de Nicolas Sarkozy.

Le président français sortant aura simplement aidé à vérifier le décalage entre les déclarations d’intention de retrouver au sommet de l’État la France d’en-bas si chère à Jean-Pierre Raffarin et son adoration mythologique de l’or qui s’est manifestée très tôt dans le yacht de la Méditerranée, en mai 2007, un salaire fortement revu à la hausse, un fils proposé dans un système de dévolution monarchique du pouvoir et les vacances américaines, même financées par un baron de la drogue : l’homme généreux dans la Diversité s’est laissé coincer entre Hortefeux, Guéant et Guaino, principalement ; alors le héros a sombré vers la droite.

De même, l’Euro(pe) en crise dans ses frontières nationales accentue le réflexe xénophobe naturel représenté par la droite extrême. Hollande a  finalement profité d’une nouvelle recherche de spiritualité pour émerger en France, et assurer cette vieille compréhension de la terre des Jaurès et autres socialistes solidaires.

Source:koccbarmafall.skyrock.com

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Références bibliographiques :
1- Libération n° 7713 du 24 février 2006.
2-Alain Minc : « Le crépuscule des petits dieux », Grasset, 2006 (Contre-pouvoir et Non au référendum sur la Constitution européenne de mai 2005) ;
Nicolas Baverez : « Le nouveau monde français »
Pierre Lellouche : « Les illusions gauloises », Grasset, 2006 : face à l’immobilisme et au conservatisme de la société, remettre la France debout !
Ghislaine Oltenheimer : « Nos vaches sacrées », Nathan, 2006
3- Le Parisien n° 19104 du 8 février 2006, page 8.
4. « Le nouveau désordre électoral : 21 avril 2002-28 mars 2004″ par A. Meyer (sous la direction de), Presses de Sciences Po, France

[c=blue]LES MODÈLES EXPLICATIFS DU VOTE -avec le site de l’Harmattan
Sous la direction de Nonna Mayer

– La boutique contre la gauche, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1986, 343 p.
– Le Front national à découvert, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1996 (1989), 365 p.(codirection avec Pascal Perrineau)
– Les comportements politiques, Paris, A.Colin (Cursus), 1992, 155 p.(coauteur Pascal Perrineau)
– Annick Percheron. La socialisation politique, Paris, A.Colin (collection U, série Sociologie), 1993, 226p.(textes réunis avec Anne Muxel)
-codirection avec Boy (Daniel),(dir.).- The French Voter Decides, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1993, 229 p.
-codirection avec Boy (Daniel), (dir.).- L’électeur a ses raisons, Paris, Presses de Sciences Po, 1997,407 p.
-Ces Français qui votent FN, Paris Flammarion, 1999
-codirection avec Grunberg (Gérard), Sniderman (Paul M.), (dir.) La démocratie à l’épreuve. Nouvelle approche de l’opinion des Français, Paris, Presses de Sciences Po, 2002
-Ces Français qui votent le Pen, Paris, Flammarion, 2002

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