Françafrique – La « société sénégalaise » inacceptable de Laurent Fabius, après le discours de Sarkozy à Dakar

Pour découvrir des « indignés » à saluer, la France avait-elle besoin d’aller jusqu’au Sénégal ? Et pourquoi aller à tout prix à la rencontre d’une clique d’indignés ? Le désespoir et l’indignation ne sont-elles pas générées par une crise mondialisée ? On dirait que la France a voulu vanter et exporter le modèle « parfait » de ses propres banlieues paisibles et tranquilles !

En tout cas,  le fameux voyage de Laurent Fabius (28 juillet 2012) a encore une fois de plus levé le voile sur l’irresponsabilité, le manque de professionnalisme de la diplomatie et le complexe d’infériorité des autorités sénégalaises snobées et reléguées au second plan, au profit de la frange d’une « bande de copains » en quête de survie et de crédibilité, au lendemain de la mort subite du « Mouvement du 23 juin » dont la plupart des leaders ont vite rallié le camp présidentiel en cédant, de manière opportuniste, aux délices du partage du gâteau.

C’est pourquoi on peut se demander en effet si Fabius respecte le président Macky Sall, lorsqu’il a privilégié sa rencontre avec l’un des chaînons (« Y en a marre ») de la chaîne des acteurs composant le M23 concernant la lutte contre les dérives du régime de Sa Majesté Abdoulaye Wade. En tout cas, les autorités sénégalaises ont brillé par leur timidité et crainte, pour ne pas dire qu’elles se sont tout simplement distinguées par une grande insouciance face à la bourde du maître (Fabius), venu expressément leur seriner ses profondes connaissances de la société sénégalaise. Le « cœur » de la « société sénégalaise » est symbolisé, selon cet expert en sociologie africaine, par le siège de cette bande qui avait pourtant théorisé et pratiqué la violence, sans pour autant écarter le chaos en vue d’obtenir le départ immédiat de Wade, y compris sa non participation aux élections présidentielles.
Si Fabius était vraiment sincère et responsable, pourquoi avait-t-il d’abord hésité pour des raisons de sécurité, avant de s’y rendre en tremblotant au milieu de ses élèves comblés par sa simple présence de touriste occidental? De fait, personne n’ignore le regard que les ex-colonies portent sur la puissance coloniale. Toutefois, je tombe des nues lorsque M. Fabius déclare que c’est cette même banlieue, qu’elle avez pourtant crue être le repaire de « bandits de grands chemins », qui a fini par incarner la crème de la société sénégalaise. Pourquoi tant d’hypocrisie et de mépris envers l’ensemble de ce pays dont la grande majorité éclairée et avertie avait désavoué les nouveaux amis « y en-a-marristes » de monsieur Fabius, choisissant la retenue en faisant partir Wade par les urnes. Fabius et ses amis doivent se rendre à l’évidence: ce mouvement est actuellement derrière nous et n’a plus sa raison d’être, puisqu’il appartenait au défunt collectif du M23. Et quels sont avant tout d’abord les dessous de cette fameuse rencontre apparemment indispensable à « Y en a marre » et primordiale à la France ? Seul l’avenir nous le dira, même si le porte-parole du mouvement a en vain tenté d’en justifier les principales raisons, affirmant qu’il agissait uniquement de nouer des contacts, à l’image des autres pays, comme les États-Unis, y compris les ambassades accréditées à Dakar. Et d’enchaîner: « C’est une rencontre qui pourra permettre à l’ensemble de la jeunesse mondiale de nous imiter ». Il n’a pas totalement tort, au regard du tintamarre médiatique suscité par ce rendez-vous inutile et inopportun, qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. Bref, n’existe-t-il pas des « indignés » à saluer ailleurs qu’au Sénégal ? D’auntant plus que « nul n’est prophète en son pays », au vu de ce qui s’est passé en Espagne, en Grèce, etc.?
M. Fabius aurait à mon sens mieux fait de visiter les « indignés » de de son pays frappés le chômage et la précarité, pour ne pas choquer les habitants des banlieues plus connues sous l’appellation des « quartiers chauds », au lieu de perdre son temps à travers la périphérie dakaroise qui ne peut en aucun cas être le baromètre du Sénégal. Cette banlieue de Dakar en est malheureusement une infime partie. De plus, les préoccupations de la société sénégalaise sont très éloignées de celles des locataires de cette « piaule » bondée d’individus soucieux de leur avenir incertain, même s’il y en a quelques-uns parmi eux qui ont à peine réussi à s’imposer dans le « rap local ».

En définitive, même si les autorités sénégalaises sont restées timorées et muettes face à ce nouvel affront inimaginable et irréparable, Fabius s’est lourdement trompé en se rendant d’emblée à la banlieue afin d’y adouber une « horde de jeunes » pris pour les principaux acteurs de la défaite électorale de Wade, quitte à se rabaisser en raison de ses connaissances erronées de la société sénégalaise, voire des vrais tenants et des aboutissants de la crise pré-électorale. Et pourquoi Dakar n’a depuis quelque temps cessé d’être le « dépotoir » de mensonges et de vilenies déversés par certains émissaires du pays de Marianne ?

Diop Dame

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