Explosions de Brazzaville : une polémique inutile

Selon le dernier bilan avancé par les autorités congolaises, les explosions du dimanche 4 mars dans un dépôt de munitions à Mpila ont fait près de 200 morts, 2 300 blessés et quelque 14 000 sans-abri. Un drame qui continue d’agiter les Congolais de tous bords. La « congolite », cette maladie qui ronge les hommes politiques congolais (on frôle le pléonasme) a affecté Internet et la presse d’opinion. La clairvoyance à postériori a triomphé. Une polémique inutile.

« Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse », écrivait Alfred de Musset. Une citation reprise par La Croix dans son édition du mercredi 7 mars, pour illustrer la photo d’un jeune Congolais « assis au milieu des débris causés » par les explosions de dimanche à Mpila. Oui, Mpila est devenu un champ de ruines et la jeunesse, désemparée.

La faute à « l’irresponsabilité des politiciens congolais », ont dit les uns ; à « la passion des armes » de Sassou, ont écrit les autres. Au drame de Brazzaville a succédé l’avalanche de la clairvoyance à postériori. C’est une colère fondée, et puis il n’ y a pas de mots pour qualifier l’horreur, quelle qu’elle soit. La communication gouvernementale, comme d’habitude, a été immensément médiocre et la gestion, comme d’habitude, à la limite du ridicule. Le ministre à la présidence chargé de la Défense, Charles Zacharie Bowao, a été très maladroit en minimisant le drame. Mais « qu’aurait-il dit de plus pour quelqu’un qui ne dispose que d’un pouvoir fictif ? », se demande un député.

Le Congo est friand de « Généraux » ; on chérit ce grade. Mais aucun d’eux, parmi la pléiade de Généraux que compte le pays, n’a été visible. On ne les reverra qu’au Palais du Peuple, le jour des obsèques nationales, arborant fièrement leurs galons mérités ou immérités. Le ministre de la Communication, lui, Bienvenu Okiemi, est resté scolaire. Rien de pénétrant ne jaillit de sa petite calvitie. Et ça, tout le monde le sait. La polémique qui a suivi la catastrophe est donc légitime mais inutile. Elle participe de la clairvoyance à postériori. C’est avant le drame qu’il fallait dénoncer la présence de ce camp dans un quartier résidentiel.

Du reste, on ne parle pas aux sourds – les hommes et les femmes au pouvoir – avec des mots mais avec des gestes. Ce n’est un secret pour personne, beaucoup de sites au Congo sont potentiellement dangereux. L’aéroport de Brazzaville en fait partie. Il suffit qu’un avion manque son atterrissage pour que Moungali et Mfilou soient rasés de la carte. Et personne ne semble en parler, pas même les « voix rauques » de l’inutile Observatoire des droits de l’homme. Les raffineries de Pointe-Noire sont rarement contrôlées. Il suffit d’une étincelle pour que la capitale économique s’embrase et cause des pertes innombrables. Il semble que l’inconséquence soit la marque de fabrique des politiques congolais.

Ici ou là, on exige une enquête internationale impartiale sur la catastrophe du 4 mars dernier. Une plaisanterie. Tout a été dit dimanche : les explosions ont été causées par un court-circuit. Quel est donc l’intérêt d’une enquête dont on sait déjà l’issue ? Parfois, on ferait mieux de se taire, au lieu de dépiter des sottises. Certes le ridicule ne tue pas ! Mais il fait mourir de rire. Le vrai problème au Congo, c’est l’urbanisme.

Un urbanisme préhistorique

Oui, l’urbanisme au Congo est sinon inexistant, du moins préhistorique. On a bâti n’importe quoi n’importe où. Ou on a préféré se contenter de l’héritage de la colonisation. La preuve : Maya-Maya. Or quand cet aéroport a été bâti, la population alentour n’était dense. Aujourd’hui, la donne a changé : Moungali et Mfilou ne sont plus ceux des années 1950…

Y a-t-il un ministre de l’Urbanisme au Congo ? Oui. Il s’appelle Claude Nsilou. Comme bilan, il sera celui qui fait construire des maisons au toit en tuiles à Bacongo, d’une cherté rare. Et, aujourd’hui, face au drame qui secoue le Congo, il a raison de se terrer. Cependant, il bénéficie des circonstances atténuantes : il n’est que le reflet du maître qui l’a nommé… Il est à l’image de son collègue Pierre Moussa, lequel vient d’annoncer que chaque famille sinistrée recevra trois millions de francs CFA. Et que des milliers de maisons seront construites à Kintélé pour héberger les sinistrés. Mais l’inamovible et l’inutile ministre du Plan ne dit pas que Kintélé abrite une académie militaire. N’y a-t-il pas, là-bas, d’armes en grand nombre ? Affaire à suivre…

Toujours est-il que nous ne vivons pas pour le futur, nous vivons pour qu’il nous reste un passé, pour paraphraser Hegel. Il ne restera rien des hommes politiques congolais, sinon le souvenir des drames à répétition sous leurs responsabilités. Comment comprendre qu’il y a vingt ans Bangkok était moins urbanisé que Brazzaville et qu’aujourd’hui entre les deux villes, c’est le jour et la nuit ? « Les hommes politiques congolais n’aiment pas le Congo. Ils pillent le Trésor public et leurs maîtresses se font arrêter dans les aéroports avec des valises de billets, au contraire des Thaïlandais qui, eux, ont investi sur place », estime un Congolais de Paris. Et d’ajouter : « A défaut d’investir au Congo, les hommes politiques devraient exposer au moins une fois tous les 50 ans une bonne idée, même sans suite.

Si son Excellence Claude Nsilou ne dispose d’aucun plan d’urbanisme au Congo, un voyage vers le passé lui est alors nécessaire. » Youlou Fulbert, en effet, avait le meilleur plan d’urbanisme du Congo. Pourquoi ne pas le ressortir ? En fait, il n’y a qu’une différence d’appréciation entre les ministres congolais et les personnes oisives !

Bedel BAOUNA

Source: afrik.com

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