EODE-BOOKS/ QUAND LA POLITIQUE TUE : LES MORTS BRUTALES OU SUSPECTES DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE

 2015-03-03-08-13-10-1630509051QUAND LA POLITIQUE TUE

 

Auteur: Dominique Labarriere

« Le bon politicien a pour tâche d’éduquer et d’unir les hommes trop te5mpérants et trop fougueux pour les amener à la juste mesure et par là en faire de bons citoyens, capables de suivre les lois ou de les critiquer, s’ils possèdent la science le leur permettant, en vue du meilleur »

– Platon.

Hier, le ministre français Laurent Fabius exigeait toute la lumière du président russe Poutine sur l’exécution de l’opposant libéral Nemtsov à Moscou ce 28 février. Le Président français Hollande sa joignant à cette demande impérieuse. La Russie serait une espèce de trou noir de la démocratie mondiale.

Mais Hollande et Fabius sont-ils bien placés pour exiger quoi que ce soit en ce domaine ? Car les morts brutales, suspectes ou mystérieuses sont aussi l’apanage de la politique française. Rappelons les dossiers des Bérégovoy, Boulin, de Broglie, Fontanet et autres Grossouvre. Tous ministres ou barons de la Ve République …

Ils ont perdu la vie alors qu’ils étaient au faîte du pouvoir et des honneurs. Et avant eux les Carnot, Jaurès et Doumer sont morts pour des idées, assassinés par des anarchistes ou des illuminés. Salengro s’est donné la mort pour défendre son honneur après une terrible campagne de diffamation, comme Bérégovoy et Boulin, salis l’un et l’autre par la presse. Ayant franchi la ligne jaune, de Broglie a fait l’objet d’un contrat ; Joseph Fontanet a commis l’erreur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment ; Grossouvre, enfin, semble avoir choisi le suicide par dépit.

Un livre sorti en octobre 2014 , QUAND LA POLITIQUE TUE, évoque des infamies médiatiques, explore l’énigme de morts étranges et lève le mystère de certaines d’entre elles. Surtout, il raconte des tragédies, humaines avant d’être politiques. Le livre raconte la fin brutale de neuf personnages de premier plan. De l’assassinat de Sadi Carnot en 1894 au suicide de François de Grossouvre en 1994, un siècle de crises politiques aigües défile d’un chapitre à l’autre.

Ce n’est pas la moindre qualité de ce livre que de restituer, avec précision mais sans se noyer dans les détails, le contexte propre à chacun de ces drames. On sait tous que Jaurès a été assassiné, mais après les dix pages qui lui sont consacrées, on saisit mieux l’enjeu de cette mort. Et c’est sans doute, avec le contemporain Bérégovoy, le destin le plus connu. Mais qui se souvient vraiment de cette terrible campagne de calomnie sur sa prétendue désertion en 1915, qui poussa Roger Salengro au suicide ? Et que sait-on aujourd’hui des dossiers brûlants que Robert Boulin a emportés avec lui, dans sa mort brutale et toujours suspecte ? En neuf chapitres qui se lisent comme autant de mini-polars, Dominique Labarrière convainc le lecteur : la politique française est décidément plus violente que la fiction.

LES MORTS TRAGIQUES D’HIER …

La place éminente occupée par eux sur le devant de la scène publique et leur disparition subite sous forme d’un rendez-vous inopiné avec la mort sont les marques premières qui les assemblent. A des degrés d’implication différents mais avec une même appartenance au monde politique, tous également se sont révélés par une notoriété ressortie du contexte français de la République. A partir de là, mais à des moments distincts et pour des motifs séparés, se voit leur convergence vers un sort unique : une mort non point scellée par la maladie ou l’accident fatidique, celle que réserva autrement la brutalité du suicide ou de l’attentat.

Ils sont alors ces hommes que les honneurs élevèrent tout d’abord plus ou moins haut sur les marches glorieuses de la société nationale lors du siècle échu, mais qu’un destin tragique frappa soudainement, souvent sans beaucoup crier gare. Tour à tour et derrière elle, chaque victime aura ainsi laissé, non point de seules évocations douloureuses, plutôt et surtout d’assez vivaces suspicions relatives aux causes ou aux analyses de son décès. Grâce à un exposé synthétique et clair de la position de ces acteurs remis au-devant de leur funeste mésaventure, le journaliste Dominique Labarrière explore, une à une et en de saisissantes chroniques, les circonstances particulières ayant amené ces ruptures de vie qui perpétuent encore derrière elles incertitudes et interrogations.

Sadi Carnot en 1894 et Paul Doumer en 1932 furent deux présidents de la République française assassinés pendant l’exercice de leur mandat. L’un à Lyon, l’autre à Paris incarnaient probablement au jour de leur exécution ces décideurs ultimes détenant avec eux la clé de tout espoir d’un soulagement social et populaire, celui du redressement possible et solennel de certaines iniquités. Distingués alors par des aptitudes mentales sans comparaison et ainsi que les présente D. Labarrière, leur assassin respectif, Santo Ironimo Caserio pour le premier, Pavel Gorgoulov pour le second avaient en commun tout d’abord une naissance étrangère. Non point qu’il y ait en cela sujet à détecter la source d’une nuisance inéluctable, se révèle pourtant sous ce signal extérieur la flagrance d’un symbole d’exemplarité longtemps reconnu à la nation française. Sous le regard du monde, ne figura-t-elle en effet jamais cette terre promise à la justice sociale, à la démocratie et aux moyens économiques de survie garantis à tous ? Le premier meurtrier se dévoila anarchiste quand celui du président Doumer apparut tel un dérangé mental, cependant activiste antibolchévique du Caucase. Ces deux distinctions, que rien ne semble rattacher absolument, s’insèrent pourtant au cœur d’un schéma de société unique et en lequel probablement toutes deux reflètent le produit dévastateur des exaltations nées des pauvretés ambiantes, furent-elle d’esprit ou plus étroitement matérielles. C’est bien en tout cas ce qu’un rapprochement entre ces deux attentats suggère par la lorgnette politique.

… ET CELLES MYSTERIEUSES OU SCANDALEUSES CONTEMPORAINES

Bientôt, de Jaurès à Salengro et jusqu’à Boulin, Fontanet ou encore Grossouvre, s’étend ce travail d’enquête qui, sans les associer directement, les relie pourtant d’un même genre de préjudice rencontré. Dans une commune mesure en effet, tous ces exemples se voient résolus de morts suspectes ou par des traitements indélicats quand encore, et sans doute réside en cela le point crucial, le spectre général de la politique leur procure un cadre d’illustration non moins récurrent que sous-jacent.

Controverses nées de l’instant ou résurgentes, orientations d’enquêtes immédiates ou à contretemps, spéculations durables autour des responsabilités, évolutions sensibles des perceptions liées aux disparitions tout encore entourées de mystères énumèrent ainsi cette part conséquente du contenu auquel l’auteur consacre ses recherches quelquefois confondantes. Avec une écriture persuasive sont alors déployés les récits de ces instants rocambolesques ou délétères, à travers lesquels l’avidité de lecture engendrée par le poignant descriptif des situations reste accrochée solidement.

LA MORT DU MINISTRE SALENGRO EXEMPLAIRE ET EXEMPLATIVE

En mauvaise posture à l’Assemblée face à son virulent persécuteur, Roger Salengro essuie bientôt dans une prostration touchante et sous la traduction vibrante de l’auteur les assauts agressifs du chef de file de ses accusateurs : « Epuisé, tant physiquement que moralement, il fait pâle figure dans l’hémicycle tandis que le député Becquart développe son argumentation, qu’il maîtrise à la virgule près. Il prépare ses attaques depuis si longtemps ! D’emblée, il donne les noms de ceux, simples soldats, sous-officiers ou officiers, dont les témoignages sont accablants pour le ministre » (p.47).

Le suicide en 1932 et consécutif du réputé maire de Lille, également membre éminent du gouvernement de Léon Blum, n’aura par la suite trompé personne. Mensonges et calomnies sur son rôle lors de la précédente guerre furent le plus sûrement les recours utilisés par les détracteurs du ministre réputé. Les attaques du dénommé Becquart apparurent plus tard par instigation d’une vengeance plutôt personnelle et tandis que le verdict des urnes l’avait auparavant débouté d’une accession jalouse à la mairie de la grande ville du Nord…

L’AUTEUR :

Dominique Labarrière est l’auteur de nombreux romans dits « de gare ». A enseigné la philosophie. Écrit aussi sous le pseudonyme « Jacques de Saint Paul » commun à plusieurs auteurs d’ouvrages dans la Collection Cécile et Jean aux Éditions Media 1000 et sous le pseudonyme « Christian Laurac » commun à plusieurs auteurs d’ouvrages dans les collections Aphrodite, Cupidon, Diane, etc. aux Éditions Eurédif. Responsable de la rédaction d’un groupe de périodiques du centre de la France (en 1988). Chroniqueur judiciaire, Dominique Labarrière a écrit de nombreux ouvrages, romans d’investigation et essais. Il a signé, en 2003, Cet homme a été assassiné… La mort de Bérégovoy, une enquête sur la disparition du Premier ministre parue aux éditions de La Table ronde, ainsi qu’en 2010, L’affaire Jacques Viguier, publié chez Alphée.

160 pages

ISBN : 978271037172

EODE / 2015 03 02 /

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