Entretien- « L’expertise de la diaspora peut être sollicitée dans tous les domaines socio-économiques et politiques de la nation camerounaise »,Dr Alain Nkoyock

Dr Alain Nkoyock

Dr Alain Nkoyock

1.« Diaspora Camerounaise : En dehors de l’Etat ; au sein d’une Nation », un ouvrage de propagande, d’engagement au développement ou alors un instrument de conscientisation des forces vives camerounaise sur les capacités de la diaspora à apporter un changement profond de la croissance de notre pays ?

Je vous remercie pour l’attention que vous accordez à nos résultats de recherche sur la problématique de l’engagement de la diaspora camerounaise au développement du Cameroun. L’intention des auteurs de cet ouvrage est de : 1) mobiliser les intellectuels, Camerounais pour la plupart, autour d’une réflexion collective sur le rapport entre le Cameroun et ses ressortissants éparpillés à travers le monde ; 2) répondre à la question de savoir de quelle manière nous pourrions influencer la transformation socio-économique de notre pays.

2.Dans le résumé de cette œuvre, un avalanche de questions dont une : Qu’y a-t-il d’exceptionnel dans cette démarche ? et quel but croyez-vous pouvoir atteindre ?

Nous partageons avec les Camerounais nos idées afin de vraiment contribuer à l’amélioration du bien-être de nos frères et sœurs. Nous espérons sensibiliser tant les Camerounais de la diaspora que les autorités nationales sur l’impėratif d’une organisation stratégique de leur interaction. Nous appelons la diaspora à tirer le meilleur parti des opportunités offertes par leur pays d’implantation et à s’investir davantage dans leurs affaires pour, à la longue, devenir une force incontournable dans les rapports entre leurs pays et le Cameroun. Nous espérons aussi que les autorités verront en la diaspora un partenaire au développement avec lequel elles peuvent compter pour la nécessaire modernisation de notre pays.

3.La diaspora Camerounaise est aujourd’hui considérée comme une force de protestation de la politique menée contre le Président de la République à côté de celle qui doit se faire passer comme une force de proposition pour le développement. Pourquoi ?

Il y a ni une diaspora camerounaise de protestation encore moins une diaspora active de développement. La diaspora camerounaise dans son ensemble a longtemps prouvé qu’elle restait attachée au pays, et qu’elle s’identifiait aux rêves et aux ambitions légitimes des « frères et sœurs restés au pays ».

4.La Cameroun connait aujourd’hui des mutations dans différents aspects de son développement. Pourquoi des intellectuels connus pour leurs expertises dans des domaines pointus ne proposent-ils pas des solutions appropriées ?

Les intellectuels le font ; encore faudrait-il que le pouvoir en place les prend en compte. Le présent ouvrage est une contribution des intellectuels, camerounais pour la plupart. Par exemple, des propositions ont été faites depuis 2004 sur un projet déterminant pour l’avenir politique du Cameroun : l’informatisation des processus électoraux au Cameroun notamment la gestion biométrique des élections, capital pour la vie démocratique camerounaise. L’ouvrage sur la problématique de l’informatisation des processus électoraux en Afrique : Cas du Cameroun que j’ai édité en 2004 en collaboration avec 16 experts camerounais et africains et publié par les éditions L’Harmattan à Paris (France) visait à clarifier le débat sur ce sujet important et proposer des solutions techniques et organisationnelles dans le cadre général de l’amélioration du dispositif électoral et des textes sur le processus électoral au Cameroun.
Dans le domaine de la lutte contre la corruption et des crimes généralisés, plusieurs propositions ont été faites notamment:
1.La lutte contre le blanchiment d’argent et la fuite des capitaux : des outils utilisés par plusieurs gouvernements dans le monde qui permettraient à une unité d’intelligence financière dans un pays (l’ANIF pour notre cas) de collecter et d’analyser les données diverses des banques nationales, de collaborer avec d’autres unités d’intelligence financière dans le monde entier membres du groupe Egmont, d’élaborer des rapports pour les agences de lutte contre la corruption comme la CONAC et la Police Judiciaire.
2.Le suivi et la surveillance des procédures de passation des marchés publics : outil conçu spécifiquement pour: 1) améliorer l’examen interne et le suivi du processus de passation des marchés publics en fonction des seuils préétablis par la loi ; 2) faciliter les interactions entre les organismes en charge de la passation des marchés publics (ARMP ou Ministère des marchés publics) et les différents départements ministériels et agences ; 3) la comparaison entre les lignes budgétaires d’un département ministériel et les projets en cours d’exécution ou exécutés; 4) la gestion et la publication des bases de données multiples (fournisseurs, liste de prix, etc.) afin de soutenir le processus de passation des marchés publics. Certaines composantes de ce logiciel peuvent être disponibles, à la demande et à distance, par les services de la Présidence de la République.

3.L’aide à la lutte contre la corruption: outil qui permet à des institutions comme la CONAC ou la police judiciaire d’améliorer la gestion et la traçabilité des cas liés à la corruption dans un pays comme le Cameroun.

4.La signalisation des individus mis en cause dans des procédures judiciaires diligentées par les services de police et de gendarmerie outil qui facilite l’archivage des relevés décadactylaires recueillis, la recherche systématique des passages précédents de l’individu ainsi que la réponse à toute sollicitation extérieure émanent d’un service en charge de prérogatives judiciaires. La gestion des scènes d’infraction y est incorporée: état des lieux, recherche et prélèvement des indices (quasi exclusivement des traces papillaires), la rédaction de rapport d’intervention, et la comparaison entre les traces papillaires et d’éventuels suspects ou l’établissement d’album de démonstration. Ce logiciel peut être utilisé par un laboratoire du service d’identité judiciaire.

Voilà quelques exemples des propositions faites par les intellectuels de la diaspora. Nul doute que la liste n’est pas exhaustive.

5.Si ce n’est pas le cas, qu’est ce qui fait problème dans le cadre de leurs prises en compte par le gouvernement camerounais ?

Il faut une volonté politique pour prendre en compte ces propositions. le Think Tank CABAC voudrait contribuer à l’animation du débat intellectuel, à la vie des idées, à la recherche et à l’amélioration des politiques de développement du Cameroun.

6.Pour une illustration dans le domaine de la lutte contre la corruption, croyez-vous qu’avec tous les instruments mis en place par le gouvernement (l’Anif, la Conac, le Consupe, les comités de lutte contre la corruption dans différents départements ministériels), ce fléau sera sereinement combattu ? pourquoi ?
7.Selon vous quelle serait la meilleure thérapie ?

Il faut des maintenant engagée une réflexion critique sur la corruption et la malgouvernance au Cameroun. Le fait que la corruption soit endémique et qu’elle ait imprégné tous les aspects de la vie nationale pendant une longue période, exige une nouvelle approche multidimensionnelle impliquant à la fois des mesures réactives et proactives pouvant offrir les meilleures chances de maîtriser le fléau.

Cette stratégie devrait inclure des réformes structurelles, une transparence accrue dans la gestion des affaires publiques, des salaires plus élevés et de bonnes conditions de travail dans la fonction publique, une révision de nos rapports avec nos partenaires bilatéraux et multilatéraux ainsi qu’une coopération efficace entre les agences de lutte contre la corruption.

8.Au regard de tout ce qui est constaté, et dans une échelle des valeurs sur la croissance économique et le développement social, dans quels domaines croyez-vous qu’il serait plus judicieux d’associer l’expertise de la diaspora ?

L’expertise de la diaspora peut être sollicitée dans tous les domaines socio-économiques et politiques de la nation camerounaise. L’investissement sur les diasporas scientifiques est aujourd’hui l’un des grands thèmes prôné par les nouvelles politiques de développement en faveur de l’Afrique initiées par certaines organisations internationales. Il semble pouvoir apporter des solutions à l’un des problèmes auquel le continent est confronté depuis des décennies, à savoir la fuite des cerveaux (ou fuite du capital humain). Il se dégage aujourd’hui un consensus interdisciplinaire de plus en plus large soulignant que l’utilisation du capital humain de cette diaspora faciliterait la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement économique des pays africains.

Cette interdisciplinarité regroupe les théories modernes du capital humain, les théories et stratégies de développement, et l’analyse théorique des migrations internationales. L’articulation entre ces différents concepts n’est nullement un effort scientifique. Les outils et les résultats d’analyse de cet ensemble de disciplines, en l’occurrence, cette interdisciplinarité est la volonté pratique de transformer le « brain drain » dont sont victimes les pays africains en un «brain gain». Notre pays ne peut se soustraire à cette démarche.

9.Croyez-vous qu’il serait judicieux de créer une cadre juridique et règlementaire devant prendre en compte l’apport de la diaspora pour le développement de notre pays ?

Les nouvelles formes de mobilisation des diasporas peuvent être résumées dans un modèle d’engagement de la diaspora élaboré à partir des données collectées des exemples des pays qui ont réussi à travailler avec leurs diasporas. Ce modèle est basé sur les régularités mises en évidence à partir de la comparaison de plusieurs cas d’entre eux. Les conclusions portent alors sur les résultats de la comparaison. Le modèle d’engagement de la diaspora proposé dans notre ouvrage comporte cinq construits : les lois, les cadres politiques, l’intégration institutionnelle, les structures administratives, et les mesures incitatives. A titre d’exemple, la loi n° 68-LF-3 du 11 juin 1968 portant code de la nationalité camerounaise a été signée par le Président Ahidjo et n’a jamais été amendée malgré ses innombrables contradictions, l’évolution quantitative et qualitative de la diaspora, les appels récurrents de la société civile et des partis d’opposition.

10.Le Président de la République, dans un discours à la nation demandait au Camerounais de la diaspora, de revenir investir au Pays, moyennant des avantages conséquents. Qu’elle lecture avez-vous faite de cette approche ?

Le Président Biya a multiplié les déclarations de ses bonnes dispositions à l’endroit de la diaspora camerounaise. À l’ouverture du 3e congrès ordinaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le 15 septembre 2011, Biya a insisté sur une implication de la diaspora dans le développement du Cameroun. Il a réitéré cet appel à l’occasion de sa prestation de serment en affirmant que le moment est venu pour les Camerounais de la diaspora sortis des plus grandes écoles, ceux qui travaillent dans des sociétés de rang mondial ou qui excellent dans les domaines de pointe, de mettre leur expertise au service de leur pays. Ce sont de bonnes intentions qui méritent d’être concrétisées par des dispositions spéciales pour l’engagement effectif de la diaspora camerounaise.

11.La double nationalité serait-elle un frein aujourd’hui à un engagement de la diaspora sur la politique de développement du Cameroun ?

Jean-Paul Zoyem démontre dans le livre, chiffres à l’appui que le refus de la double nationalité est anti-economique.

Proposée par Richard Bondol

Directeur de la Publication
L’EQUATION
Journal d’enquête d’analyse et de débat ; Num récépissé 117/2008/RDDJ/C19/BRP : Tel 677 96 10 82 – 694969458

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