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# L’AFFAIRE GREENPEACE
Sophie Merveilleux Du Vignaux
Ed. Ouest-France

L’affaire du Rainbow Warrior est une opération à laquelle le gouvernement et les services secrets français prennent part, en 1985, en coulant le navire amiral de l’organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, qui faisait route vers Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français.

I : UN NOUVEL ECLAIRAGE SUR L’AFFAIRE GREENPEACE.

Le 10 juillet 1985, peu avant minuit, le navire amiral de Greenpeace est coulé dans le port d’Auckland à la suite de deux explosions.Tout concourt à résumer l’affaire à quelques éléments factuels : la Nouvelle-Zélande, un attentat à l’explosif, un navire écologiste, les services secrets français.

Et pourtant… 27 ans plus tard, cette affaire divise encore. 27 ans durant lesquels tout a été dit, écrit et montré sur cette affaire qui réunit tous les ingrédients d’un feuilleton estival. Sophie Merveilleux du Vignaux apporte à travers cet ouvrage un nouvel éclairage sur l’affaire Greenpeace.

Essayiste, Sophie Merveilleux du Vignaux est spécialiste des questions relatives aux services spéciaux dans le monde. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les agents secrets, les renseignements et la désinformation.Elle vit à Abou Dabi (Émirats arabes unis).

II : GREENPEACE. DERRIERE L’AFFAIRE, L’ORGANISATION

Greenpeace (de l’anglais : paix verte) est une organisation non gouvernementale internationale de protection de l’environnement présente dans plus de quarante pays à travers le monde. Fondé après le mouvement Don’t Make a Wave Committee visant à s’opposer aux essais nucléaires aux États-Unis, Greenpeace est un groupe de propagande et d’action luttant contre ce qu’il estime être les plus grandes menaces pour l’environnement et la biodiversité sur la planète.

Greenpeace naît à Vancouver en 1971 quand un groupe de quatorze militants pacifistes et écologistes embarquent à bord d’un vieux chalutier pour empêcher les essais nucléaires américains sur le site d’Amchitka en Alaska. Dès 1972, les États-Unis cessent leurs essais nucléaires atmosphériques.

Très vite, le groupe cherche un nom évocateur de sa double préoccupation : environnement et pacifisme. Les termes green (vert) et peace (paix) sont ceux qui résument le mieux leur démarche.

En 1979, Greenpeace devient une organisation internationale quand les bureaux d’Europe, du Pacifique et d’Amérique se réunissent pour constituer Greenpeace International. Depuis 1989, l’organisation a son siège basé à Amsterdam (Pays-Bas), d’où sont définies et coordonnées les campagnes de l’ONG.

En 2012, l’organisation revendique plus de 3 millions d’adhérents-donateurs et emploie 1 500 salariés, pour un budget global d’environ 210 millions d’euros. Ses recettes proviennent exclusivement des dons de ses adhérents (notamment à travers des campagnes dites de street fundraising) et de fondations.

Le principe de non-violence est un élément fondamental de la démarche de Greenpeace et est au cœur même de ses actions. Jamais de dégradation de matériels, jamais de violence envers qui que ce soit. Cette tactique d’interposition des volontaires de Greenpeace pour empêcher une nuisance, imposer un temps d’arrêt pour poser le débat, forcer le positionnement des acteurs, a été inaugurée par les fondateurs du mouvement qui se placèrent dans la zone d’essai de la bombe atomique américaine en Alaska.

Greenpeace entend mobiliser l’opinion publique, construire des rapports de force et obliger les décideurs politiques et économiques à prendre en compte les problèmes environnementaux.

Greenpeace concentre son attention sur les problèmes globaux qui menacent l’environnement au sens large et qui constituent des enjeux planétaires : changements climatiques, consommation énergétique, prolifération nucléaire, dégradation de la biodiversité, pollutions génétiques, dissémination des produits toxiques…

Il y a aussi la face obscure de l’organisation.

Dans son livre QUI A TUE L’ECOLOGIE ? (Éditions Les Liens qui Libèrent), Fabrice Nicolino dénonce l’évolution de Greenpeace vers une organisation capitaliste dirigée essentiellement par des professionnels et non plus par des militants. Il donne l’exemple de l’ancien directeur général de Greenpeace France, Pascal Husting, qui a longtemps travaillé dans le monde de la finance. Les « recruteurs d’adhérents » ne sont pas tous des bénévoles ni nécessairement des adhérents de Greenpeace, mais des salariés formés et rémunérés directement par Greenpeace. Des critiques qui rappellent les thèses du sociologue néo-machiavélien Roberto Michels sur la « tendance oligarchique » des organisations développées…

Dans son action Greenpeace se confronte aux états et aux multinationales, dérange des intérêts et des projets. Dont ceux de l’Etat français …

III : L’AFFAIRE DU RAINBOW WARRIOR

La méthode de Greenpeace repose en partie sur des actions directes non-violentes parfois très médiatisées, qui ont fait sa renommée. S’appuyant sur les retombées de ces actions pour informer les médias et le public, l’organisation agit aussi en tant que lobby auprès des autorités politiques et des dirigeants d’entreprises afin de promouvoir les changements appropriés.

Dès sa création l’organisation a utilisé des navires pour mener des campagnes à travers toutes les mers du globe. S’il lui arrive d’affréter des bateaux, elle en a également acheté qu’elle transforme pour mener à bien ses missions. Le plus emblématique est certainement le Rainbow Warrior coulé en 1985 dans un attentat des services secrets français.

Rainbow Warrior in Auckland Harbour after bombing by French secret service agents.

Greenpeace est très connue pour l’utilisation de ses bateaux lors de ses campagnes de protestation et d’intervention directe. L’un d’entre eux, le Rainbow Warrior I, est devenu célèbre dans ce qui a été appelé en France « l’affaire du Rainbow Warrior » ou « l’affaire Greenpeace » : les services secrets français l’ont fait couler avec deux mines magnétiques placées sous sa coque par des plongeurs de l’armée française dans le port d’Auckland alors que celui-ci se préparait à une croisière de protestation contre les essais nucléaires français de Moruroa. Au cours de cet attentat organisé par le gouvernement français, le photographe Fernando Pereira a été tué par l’explosion de la seconde mine magnétique.

En juillet 1985, le Rainbow Warrior est donc amarré à Auckland en Nouvelle-Zélande. Son but est d’emmener d’autres bateaux vers l’atoll de Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français et les gêner dans la mesure du possible.

L’opération se déroule le 10 juillet 1985. Le matériel est transféré d’une camionnette de location, utilisée par deux agents appelés les faux époux Turenge dans un canot pneumatique piloté par trois nageurs de combat. Le pilote, identifié comme l’homme au bonnet rouge et surnommé Pierre le Marin, serait Gérard Royal1 (frère de la sociale-démocrate Ségolène Royal). Il quittera le service avec le grade de lieutenant-colonel. À 23 h 50, le navire est coulé, mais le photographe néerlandais, d’origine portugaise, Fernando Pereira, parti récupérer, après une première explosion, ses équipements photographiques, se trouve piégé à l’intérieur du navire et meurt lors d’une seconde explosion.

Les faux époux Turenge sont facilement arrêtés par la police néo-zélandaise d’Auckland à cause de la camionnette qu’ils ont louée pour récupérer les plongeurs chargés de placer les explosifs. Un concours de circonstances fait que, un certain nombre de cambriolages ayant précédemment eu lieu sur le port, un vigile placé là en surveillance, voyant cette camionnette attendant dans un coin discret, note son numéro d’immatriculation, ce qui permet à la police de réagir rapidement.

Dès le 12 juillet à 9 h du matin, la police néo-zélandaise interpelle deux touristes suisses munis de faux papiers, les « faux époux Turenge », qui sont en fait deux agents de la DGSE, le chef de bataillon Alain Mafart et le capitaine Dominique Maire, épouse Prieur. Méfiant, le surintendant Alan Galbraith, chef de la Criminal Investigation Branch envoie deux télex, l’un à Londres, l’autre à Berne. La réponse arrive le 14 juillet : ces passeports sont des faux. La presse néo-zélandaise commence à mettre en cause les services spéciaux français. L’affaire Greenpeace commence !

Les protagonistes sont définitivement identifiés comme étant les poseurs de bombe grâce à leurs empreintes digitales retrouvées sous le canot pneumatique qui avait servi à poser la bombe. Ils sont inculpés de meurtre le 23 juillet. Le Premier ministre néo-zélandais, David Lange, accuse des « éléments étrangers » d’avoir pris part à l’attentat, visant implicitement la France. Le 26 juillet, la justice néo-zélandaise lance un mandat d’arrêt international contre les passagers d’un voilier Ouvéa, qui a levé l’ancre d’Auckland la veille du sabotage et contre l’agent de la DGSE qui avait infiltré l’organisation avant l’opération pour faire des repérages.

Du côté français, Pierre Joxe, alors ministre de l’Intérieur, décide de lancer une enquête de police et organise lui-même la fuite des informations vers la presse. Ces fuites permettent à l’enquête néo-zélandaise de progresser très rapidement et déclenchent un important scandale médiatique. Selon les participants de l’opération, le but de Pierre Joxe aurait été de se débarrasser de Charles Hernu, ministre de la Défense, alors proche de Mitterrand, et rival politique au sein du gouvernement.

Alors que Charles Hernu nie toujours toute implication de la DGSE, l’imminence de la publication de documents compromettants décide François Mitterrand à commander le 6 août un rapport au conseiller d’État Bernard Tricot, remis le 26 août et qui blanchit la DGSE, suscitant même les doutes du Premier ministre Laurent Fabius. Après la révélation le 17 septembre par le quotidien le Monde de l’existence d’une troisième équipe alors que la défense de la France s’appuyait sur l’impossibilité pour les faux époux Turenge et les hommes de l’Ouvéa d’avoir commis l’attentat, le scandale rebondit. Le surlendemain, le Président réclame à son Premier ministre des sanctions. Le 20 septembre, le ministre de la Défense Charles Hernu démissionne et l’amiral Pierre Lacoste, patron de la DGSE, est limogé. Le 22 septembre, Laurent Fabius finit par admettre à la télévision que les services secrets français avaient mené l’attaque du Rainbow Warrior.

Le 4 novembre 1985, Alain Mafart et Dominique Prieur comparaissent devant la cour d’Auckland pour les premières auditions ; ils plaident coupable d’homicide involontaire. Le 22 novembre, ils sont condamnés à 10 ans de prison. La France négocie discrètement. Ils sont transférés en juillet 1986 sur l’atoll de Hao en Polynésie et affectés au 5e régiment étranger pour administration. Ils seront rapatriés en métropole séparément. Le 14 décembre 1987, le chef de bataillon Mafart est rapatrié pour raisons médicales, suivi le 6 mai 1988 du capitaine Maire, son père mourant.

La Nouvelle-Zélande porte alors l’affaire devant un tribunal arbitral. Les relations entre les deux pays resteront tendues de nombreuses années. En 1987, la France versera 8,16 millions de dollars d’indemnités à Greenpeace.

La France s’est abstenue de s’opposer à l’entrée sur le territoire européen de la viande d’agneau et de mouton en provenance de Nouvelle Zélande, ce qui tranche avec son habitude de défendre les intérêts de l’agriculture, ce que certains imputent à un accord tacite faisant partie du volet des réparations de la France à la Nouvelle Zélande.

EAN13 : 9782737360008
Réf éditeur : 46641
Collection : Espionnage
Editeur : Ouest-France
Date de parution : 21/03/2013
Nombre de pages : 173
Présentation : Poche

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