Elections présidentielles au Ghana : Premières leçons

Le Ghana a organisé des élections très satisfaisantes depuis 1992, faisant de ce pays un modèle de stabilité dans une région où les élections sont souvent synonymes de crises violentes.

Ce pays vient d’introduire la biométrie pour la première fois dans son histoire démocratique. On compte 14,7 millions d’inscrits sur les listes électorales, même si le pays compte 24 millions d’habitants. Et coïncidence? Il y a des problèmes d’élections au Ghana. Aux dernières nouvelles, plus de 200 personnes qui manifestaient aujourd’hui devant les locaux de la commission électorale ont été dispersées par la police qui a fait usage de gaz lacrymogènes.

Ce fait électoral doit interpeller les africains et surtout les pays qui sont en train d’introduire la biométrie dans leur processus électoral. Je suis pour la biométrie ; même plus je milite pour l’informatisation des processus électoraux en Afrique. J’ai édité en 2004 un livre de 379 pages sur ce sujet publié aux Editions L’Harmattan (Paris) et j’ai introduit le premier cours sur le sujet la même année à l’ENAM (Cameroun). Je constate, avec amertume, que nous sommes en train de créer un autre problème avec des projets biométriques non maitrisés.

L’analyse du taux d’échec des projets biométriques en Afrique (dans tous les domaines: sécurité, corruption, douanes, élections, etc.) montre un pourcentage très élevé même quand les sociétés prestataires ont une compétence avérée dans le domaine. Les exemples sont légion : Nigeria (NIMC), Cape-vert (police), Côte d’Ivoire (élections), et maintenant Ghana (élections) pour ne citer que ces pays. Dans tous ces cas de figure, la gestion des projets biométriques par ces prestataires étrangers dans des environnements complexes est un véritable défi technique et organisationnel qu’ils ne peuvent relever seuls sans l’expertise locale dans un laps de temps relativement court.

Au Cameroun, l’entreprise allemande, Giesecke Cid, qui a remporté le marché de l’identification biométrique est en train de faciliter la refonte du fichier électoral. Les choses se passent bien m’a-t-on dit. Mais qui assure le suivi et l’évaluation techniques du côté du Gouvernement Camerounais des activités de ce projet ? Ceux qui disent que ça se passe bien ont-ils la capacité technique nécessaire pour évaluer un tel projet ?

J’estime qu’Elecam, le Conseil électoral et le MINATD feront de leur mieux pour que ce projet réussisse. La question cependant est de savoir si ces institutions gouvernementales camerounaises ont la double compétence substantive (maîtrise du système électoral camerounais) et technique (connaissances biométrique et/ou informatique) nécessaire permettant de mesurer systématiquement les progrès accomplis par Giesecke Cid par rapport aux résultats auxquels doit aboutir ce projet de gestion biométrique des élections au Cameroun. Comment éviter qu’une éventuelle gestion approximative de ce projet aboutisse à un drame national comme on l’a vu récemment en Côte d’Ivoire et ne le souhaitons pas au Ghana ?

Le projet de gestion biométrique des élections est déterminant pour l’avenir politique du Cameroun. Il est capital pour la vie démocratique camerounaise. Il est souhaitable d’avoir une bonne gestion dans la transparence et la participation des citoyens qu’un système boiteux qui puisse générer des dysfonctionnements nuisibles à la jeune démocratie camerounaise.

Bien qu’ils maitrisent l’outil biométrique, les allemands ne peuvent comprendre, en si peu de temps, la complexité de notre système électoral et l’environnement complexe camerounais dans lequel ces machines doivent fonctionner. Le suivi-évaluation de cet important projet par les experts locaux permettra de répondre aux questions stratégiques liées à l’efficacité, l’efficience, l’impact, et la durabilité de ce projet.

Avec ce projet de gestion biométrique des élections au Cameroun, notre pays entre à nouveau dans une période délicate de sa démocratie  (comme ce fût le cas en 2004 lors du fameux débat sur l’informatisation du système électoral camerounais) que nous devrions négocier avec tact, intelligence, et responsabilité.

Dr Alain Nkoyock
Source:alain-nkoyock

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *