Des puissances occidentales cherchent la balkanisation de la RDC

Alors que les rebelles du M23 poursuivent leur avancée sur le territoire congolais, après la prise de la ville de Goma, dans la région du Nord-Kivu, la crise guette et l’insurrection pourrait se propager rapidement dans tout le pays, car les rebelles ont le champ libre, aucune force ne s’oppose à eux. Gaspard-Hubert Lonsi Koko, essayiste et observateur des rapports Nord-Sud, donne son analyse de la situation.

Après leur première offensive, les rebelles du M23 se sont emparés de Goma, la capitale du Nord-Kivu. Derrière cette offensive, que ni les casques-bleus de l’ONU ni les forces armées congolaises n’ont empêchée, de nombreux doutes subsistent.

Qui est vraiment derrière cette attaque ? Pourquoi Joseph Kabila, à la tête de la République démocratique du Congo, est resté inactif ? Pourquoi les Nations unies semblent également se taire devant le risque de balkanisation de la RDC ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko, essayiste et observateur des rapports Nord-Sud, également contributeur pour JOL Press, répond à ces questions, donne son analyse de la situation.

Pourquoi le M23 mène son offensive aujourd’hui alors qu’un certain calme régnait depuis plusieurs semaines dans la région ?

L’offensive du M23 est planifiée tant régionalement qu’extérieurement. Tout le monde sait désormais que derrière ces rebelles se cachent en réalité l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda.

Le M23 est précisément composé de Rwandais. Ces derniers ont pour objectif de s’approprier le Kivu, une région – très riche en minerais et en terres agricoles – qui attise la convoitise du Rwanda surpeuplé. Seule la balkanisation de la République Démocratique du Congo pourra permettre à ce petit pays de réaliser son rêve, à savoir l’agrandissement de son territoire.

Mais les parrains du M23 ne sont que le bras armé de quelques puissances et entreprises occidentales qui pourraient ainsi négocier les minerais du Kivu congolais, avec le Rwanda comme interface, à moindres frais.

Ces entreprises qui cherchent à travailler avec le Rwanda

Le Rwanda, accusé de toute part comme étant le véritable agresseur de la RD Congo, pousse le M23 à occuper le maximum de territoires. Cela permettra à Paul Kagamé non seulement de fragiliser davantage Jospeh Kabila, qu’il considère comme un allié ingrat, mais aussi d’entamer les négociations en position de force. Ainsi parviendra-t-il à infiltrer des citoyens rwandais dans les institutions congolaises – l’armée, le gouvernement, les collectivités locales… – et à administrer officieusement le Kivu. En fait, Paul Kagamé, dont le pays ne vit que des aides extérieures, ne peut rester longtemps indifférent aux sanctions des bailleurs de fonds. Ainsi essaie-t-il de sortir haut la main du bourbier congolais.

17 000 Casques bleus sont actuellement déployés par l’ONU sur le territoire de RDC dans le cadre de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD-Congo (Monusco). Leur mandat leur interdit de mener une quelconque action offensive et rien n’a été fait contre la prise de Goma, capitale régionale du Nord-Kivu. Les Casques bleus ont-ils véritablement une utilité sur place ?

Il existe une complicité extracontinentale, autour de la balkanisation de la RD Congo. Les Casques bleus ne font que réagir aux instructions de ceux qui les ont mandatés. Le maintien de la Monusco sur le sol congolais est maintenant fonction, depuis la chute de Goma, de la requalification de son mandat. En effet, il vaut mieux empêcher les massacres qu’assister les victimes. L’attitude des Casques bleus s’apparente à une non-assistance à personnes en danger. Aucune mission humanitaire ne pourra réparer les blessures psychiques qui sont occasionnées par le génocide, les violences sexuelles, les séjours dans les camps, l’expropriation…

La Monusco doit s’adapter aux événements en cours dans la région du Kivu. Dans certaines circonstances, l’attaque pourrait être la meilleure défense. Il est des moments où la paix passe par la guerre.

La prise de Goma par le M23 révèle la supercherie au monde entier. Comment une centaine d’hommes peuvent-ils prendre une ville bien gardée par des milliers de Casques bleus très armés ? Si l’on tient vraiment à pacifier l’Est de la RD Congo, on devra donner l’ordre à la Monusco de se positionner sur la frontière rwandaise.

L’État impuissant face à la crise

Et qu’en est-il de l’armée congolaise ? N’aurait-elle pas pu également empêcher cette centaine d’hommes d’entrer dans Goma ?

Le problème de l’armée congolaise réside dans l’inconscience de la chaîne de commandement, qui plus est amplifiée par la faillite de l’État. Pensez-vous qu’un soldat affamé et non rémunéré risquera sa vie pour le bonheur des généraux véreux ? Une armée sous-équipée, sous l’effet de l’embargo en matière d’armement, ne peut que difficilement défendre son territoire. Le commandant en chef porte une grosse part de responsabilité dans les différents échecs des FARDC. Certaines personnes, dans la chaîne de commandement, sont au service du Rwanda.

Vous sous-entendez que l’État congolais ne chercherait pas à conserver l’intégrité de son territoire ?

Lorsque la vielle de Goma est tombée aux mains des rebelles, Joseph Kabila s’est précipité à Kampala pour rencontrer ses homologues rwandais et ougandais Paul Kagamé et Yoweri Kaguta Museveni. Mais comment peut-on négocier avec un crocodile, lorsque l’on se trouve entre ses crocs ? Un doute subsiste, quant au rôle que joue Joseph Kabila dans cette crise. Pourquoi ne demande-t-il pas, par exemple, l’assistance des pays de la SADC, ou d’une force interafricaine, où alors celle des pays francophones d’autant plus que François Hollande a rappelé, lors du Sommet de la Francophonie, l’intangibilité des frontières de la RD Congo ? Pourquoi n’a-t-il jamais décrété un état d’urgence ? Une telle attitude relève de la haute trahison.

Par ailleurs, le silence de la Chine et de la Russe laisse supposer l’existence d’un accord tacite, sur ce qui se passe en RD Congo, entre les grandes puissances de ce monde. En principe la Chine, partenaire privilégiée de Joseph Kabila, aurait dû agir à la fois au Conseil de sécurité des Nations Unies et militairement sur le terrain. Curieusement, elle s’est inscrite aux abonnés absents. Pourtant, les offensives militaires dont est victime le peuple congolais reste la cause inavouée de la tentative des Occidentaux de contrecarrer les velléités chinoises dans ce pays d’Afrique centrale.

Personne pour arrêter le M23

Vous estimeriez donc que, dans l’état actuel des choses, la crise va s’accentuer et que les rebelles vont poursuivre leur avancée ?

S’ils ne rencontrent aucune résistance, ils poursuivront leur route jusqu’à Kinshasa. À l’origine, le M23 ne s’intéressait qu’à la seule région du Kivu. Mais pourquoi interrompra-t-il sa lancée, alors que le boulevard s’ouvre grand devant lui ? Le M23 arrivera peut-être à Kinshasa, mais il ne bénéficiera d’aucun soutien politique pour diriger. On connaît la fin tragique de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.

La solution viendra, j’en suis convaincu, de la réaction du peuple. S’il se lève, en tant que souverain primaire, il y aura tellement de dégâts que la communauté internationale sera forcée de mettre fin à l’hécatombe. Il est des moments où l’on doit avoir le courage de verser le sang pour son pays. C’est une question de patriotisme.

Pourtant, la communauté internationale semble agir. Depuis les récentes publications de l’ONU sur les crimes commis en RDC par le Rwanda de Paul Kagamé, plusieurs pays ont suspendu leur aide au Rwanda.

Ce qu’on gèle publiquement est transféré ailleurs et différemment. Tant qu’il y aura une différence entre les discours publics et la réalité, les choses ne pourront pas changer.

Propos recueillis par Sybille de Larocque

Informations pratiques

> Retrouver Gaspard-Hubert Lonsi Koko sur son blog

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