DES PSEUDO-INTELLECTUELS AFRICAINS ET DE LA DÉCADENCE DE L’AFRIQUE, Par Grégoire Biyogo

Il est de bonne méthode de définir au préalable ce dont on parle, en philosophie, comme au demeurant dans tous les autres discours, c’est l’heuristique qui l’exige. Définir au mieux, de manière restreinte, en s’efforçant d’aller au-delà les acceptions par trop générales, extensives et approximatives, pour attaquer la question avec fermeté et précision. Qu’en est-il donc de ce mot galvaudé, usé dans tous les sens, ayant perdu ses assignations premières, ses significations radicales.

I-DEFINITION DU TERME
Au sens strict, pour reconnaître le titre d’intellectuel, trois conditions formelles doivent être satisfaites. 1-D’abord le fait de disposer d’une formation et d’une compétence universitaires. L’intellectuel a été formé aux lettres et sciences humaines, aux sciences sociales, aux sciences ou à la technologie… La première condition de la désignation de l’intellectuel est donc la formation et la compétence universitaires de haut niveau (troisième Cycle). Ici prévaut l’argument de la performance.

2-La seconde condition stricte est d’avoir écrit des livres – en s’appuyant sur sa compétence universitaire – dans lesquels il expose avec clarté sa pensée, sa vision du monde, répond aux problèmes pressants de son temps, de son environnement, de l’Histoire ou de la société où il vit.

3-La troisième condition est de mettre sa formation et sa compétence universitaires au service d’une Cause qui emporte l’intérêt général. Il prend position pour le Peuple, les Peuples. Il ne les trahit jamais. Mais défend leurs intérêts économiques et politiques. Et se bat à leur côté. Il défend la Cause des faibles, des exclus, des exploités par le Capital. Il se range du côté des opprimés, pour combattre avec eux jusqu’à leur reconnaissance de leurs droits, jusqu’au renversement des systèmes oppresseurs (Marx, Engels, Lénine… Sartre).

4-La quatrième condition, peut-être la plus importante, qui définisse les intellectuels, est la défense de 7 valeurs cardinales jugées hiérarchiquement impérieuses pour la régulation de la société démocratique :

-D’abord la défense de la démocratie (ses valeurs : la séparation des pouvoirs, l’alternance politique, le principe du contre-pouvoir, du contrôle des et du dégagement des mauvais gouvernants ( Popper).

-Puis l’objectivité froide (qui récuse toute subjectivité, tout arbitraire, et s’emploie à défendre la démonstration, l’argumentation logique), la vérité des faits, des propositions. Il s’oppose à toute forme de fraude, de mensonge, en science comme dans l’information, l’enseignement, la recherche, la communication. -Il en est de même de la justice dans tous les domaines (le judiciaire, le système de promotion dans la République, le système de notation, la prise des Décisions et des Lois, les choix et les décisions de l’ONU…). -Puis l’égalité (celle ontologique des êtres et des êtres humains, celle des Citoyens, contre les inégalités de sexe, de croyance, d’ethnie, égalité des chances, de formation, de protection…)…-Ensuite l’unité profonde avec lui-même, avec sa propre pensée, et l’attachement au principe de non-contradiction. Il pense ce qu’il vit et vit ce qu’il pense. Il n’agit pas contre sa pensée, mais choisit ses engagements, ses actes, ses positions, ses idées, en faveur des grands principes régulant la liberté, les libertés… Il ne trahit ni ses idées, ni celles qui défendent les peuples de toute forme de violence, d’exploitation économique, d’exclusion politique, d’exaction.

5-Le dernier critère – et non le moindre - qui me paraît déterminant pour désigner les intellectuels est celui de la résistance aux idées autoritaires et antidémocratiques et l’indépendance de l’esprit, le courage de dire « Non », le courage de ses positions assumées jusqu’à la mort s’il le faut (Socrate, Jésus), avec ironie, grande distance critique, autocritique, autant de choses qui rompent avec l’esprit de chapelle, l’esprit dogmatique du temps (les préjugés d’époque, d’Etat, la mode, le politiquement correct… et le racialisme, l’essentialisme, la globalisation, le dualisme… le manichéisme…

II-LE DEVOIEMENT DE L’INTELLECTUALITE ET LA DECADENCE DE L’AFRIQUE
L’Afrique politique, qui a vu naître les premiers grands intellectuels en Egypte, dans l’Afrique des Empires, dans l’Afrique moderne même avec les premiers philosophes-rois, s’est dévaluée, pour avoir bâillonné ses intellectuels, les avoirs clochardisés, et réduits à la dilation de la véritable intellectualité lorsqu’ils n’ont pas été liquidés (tous ont été assassinés). Aujourd’hui, ceux qui conseillent les Chefs d’Etat sont complaisants, ceux qui instruisent ont perdu les valeurs cardinales de l’intellectualité au profit du principe de subordination à un Etat autoritaire, où les intellectuels sont confinés à la complaisance… à la défense des systèmes autoritaires, inégalitaires, subjectifs, anti-démocratiques, avec des contre-valeurs, des postures réactionnaires, despotiques, divisionnistes, opportunistes, non-performantes au plan du Droit, de l’Economie, de la justice, et de l’Exécutif…

III-LA NECESSITE DE REVENIR AUX VERITABLES INTELLECTUELS
Pour surmonter la décadence générale de la société périphérique anti-démocratique dominante, affiliée au Centre (Etat colonial, -Etat-parti (Parti unique) et Etat de Droit naissant sans souveraineté militaire, monétaire, économique et politique)… il appert que le retour impérieux des intellectuels est impérieux dans le cadre de l’édification du quatrième type d’Etat : l’Etat fédéral africain en réflexion.

Grégoire Biyogo, philosophe, égyptologue, politologue.

Source:GregoireBiyogo

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