DEMISSIONS DE DIRIGEANTS EN EUROPE : Des actes de responsabilité rares en Afrique

Par Séni DABO

Par ces temps qui courent, il ne fait pas bon d’être Premier ministre en Europe. La crise de l’euro qui secoue ce continent donne tout son sens au mot fusible qui est généralement utilisé pour qualifier cette fonction. A l’image donc des fusibles qui sautent quand il y a une surchauffe électrique, les Premiers ministres grec, Georges Papandreou, et italien, Silvio Berlusconi, ont démissionné de leur poste pour que leur pays ne sombre pas. Ils ont été les moutons du sacrifice du fait de leur fonction qui les expose particulièrement en cette période de crise grave. Certes, Papandreou et Berlusconi ne sont pas les responsables exclusifs de la mauvaise passe que traverse la monnaie commune européenne.

Mais ils en paient le prix fort pour n’avoir visiblement pas pu éviter la banqueroute à leur pays. En Grèce, le gouvernement de Papandreou a trafiqué les chiffres liés à la croissance économique de son pays. Il a passé le temps à dire que tout allait bien alors que le feu couvait sous la cendre. De son côté, Berlusconi s’est beaucoup plus illustré par les affaires et les frasques qu’une gestion sérieuse de l’Italie. Et quand le pays s’est retrouvé au bord de l’asphyxie, il n’avait d’autre choix que de se démettre. Le Cavaliere, après avoir résisté aux appels à la démission suite à ses incartades, a été emporté par la crise monétaire.

Cette crise est un rouleau compresseur qui broie tout sur son passage. On a beau être coriace, on ne lui résiste pas. C’est, en tout cas, la leçon que l’on peut tirer des démissions des chefs de gouvernement grec et italien. Certes Georges Papandreou et Silvio Berlusconi ont fait de la résistance avant de jeter l’éponge. Mais on peut toutefois leur reconnaître un acte de courage et de responsabilité. « L’erreur est humaine, c’est persister dans l’erreur qui est diabolique », dit l’adage. Les actes qu’ils viennent de poser sont rares comme les larmes d’un chien sous d’autres cieux, notamment en Afrique. Sous nos tropiques, la démission est un mot qui n’existe pas dans le vocabulaire de beaucoup de responsables. Se démettre quand, manifestement, on a échoué dans la gestion des affaires publiques, n’est pas dans leur nature et leur habitude.

Les dirigeants africains préfèrent s’accrocher comme des sangsues et se dire que la mauvaise passe dans laquelle ils se trouvent n’est que passagère. Des pays africains ont connu des crises bien plus graves que celle que vit actuellement l’Europe des 27, mais leurs dirigeants n’ont jamais tiré la seule leçon qui vaille en pareille circonstance, c’est-à-dire rendre le tablier. Même les fusibles sautent très rarement. Les gouvernants usent et abusent des fameux « facteurs exogènes » pour expliquer n’importe quelle crise qui survient dans leur pays.

Le peuple a faim, c’est à cause des « facteurs exogènes ». La pauvreté est galopante à cause de la mauvaise répartition des richesses, c’est la faute aux mêmes facteurs. En réalité, c’est une fuite de responsabilité face à des crises qui sont souvent la cause de leurs politiques. Malgré son impéritie patente, un dirigeant africain préfère toujours être démis par celui qui l’a nommé ou chassé par la rue, que de se démettre.

Séni DABO

Le Pays

Source:http://www.lefaso.net/spip.php?article44834&rubrique21

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