Décrispation politique en Guinée

Avec une rencontre apparemment salutaire hier entre le président Alpha Condé et les principaux chefs de partis au pouvoir et de l’opposition. Tous les médias guinéens sont à l’unisson.

« Alpha Condé détend les nerfs » de la classe politique, affirme le site d’information Media Guinée.

Une rencontre « capitale » pour TamTam Guinée. « Désormais, sur les grands enjeux, le chef de l’Etat guinéen veut consulter la classe politique avant de décider de quoi ce soit. »

« C’est une grande première depuis l’arrivée au pouvoir du chef de l’Etat il y a 10 mois », s’exclame GuinéeNews pour qui il s’agit là de « l’amorce d’un dégel de la situation sociopolitique nationale, (…) qui frisait l’insupportable, relève le site d’information, en raison du déficit notoire de dialogue politique. »

Cogestion ?

Alors, cette fois, les grands acteurs politiques du pays se sont vraiment parlé les yeux dans les yeux. Et « cette rencontre a permis de passer en revue les grandes préoccupations de l’actualité politique nationale, constate GuinéeNews : la problématique de la révision des listes électorales et du recensement national, les prochaines législatives, les questions liées à la CENI, et le processus de réconciliation nationale. Sur toutes ces questions et sur bien d’autres sujets, Alpha Condé privilégierait désormais donc la démarche de la cogestion, souligne le site d’information, sur la base d’une large consultation des différentes formations politiques du pays. »

De plus, relève GuinéeNews, « l’autre chose à mettre au crédit du président de la République à la faveur de cette rencontre, c’est l’humilité avec laquelle il s’est humblement adressé à ceux qui étaient jadis ses collègues des Forces Vives. (…) L’ultime souhait exprimé par tout un chacun désormais, y compris la population, conclut le site d’information, est que la montagne n’accouche pas d’une souris et que plus que jamais le dialogue ainsi amorcé ne soit interrompu. »

Les lignes vont-elles bouger ?

Alors, « enfin le vrai départ pour la Guinée ? », s’interroge Le Pays au Burkina. Le Pays qui rappelle les nombreux points de désaccord entre le pouvoir et l’opposition : « en septembre dernier, le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, s’élevait contre la volonté du pouvoir en place de changer le fichier électoral existant par un autre au lieu de le réviser. La date du 29 décembre prochain fixée pour les législatives est également objet de tiraillements parce qu’arrêtée de façon unilatérale, selon les contradicteurs d’Alpha Condé. Et puis d’autres points de revendication sont venus s’ajouter, constate le quotidien burkinabé. Il s’agit notamment de la libération des militants de l’opposition arrêtés lors de la manifestation de fin septembre. Le contentieux n’ayant jamais été vidé jusque-là, ces différents points sont posés comme préalables à tout dialogue avec le pouvoir. »

Pour Le Pays, « il est impérieux de sortir rapidement de la transition dont beaucoup ont oublié qu’elle ne s’achevait pas avec l’élection du président de la République. Il faut parachever la mise en place des institutions démocratiques comme l’Assemblée nationale. Tout doit être mis en œuvre pour refermer cette parenthèse qui est restée longtemps ouverte. »

Et Le Pays de s’interroger : « les lignes vont-elles bouger cette fois pour que le dialogue ne soit pas une fois de plus un flop ? Les protagonistes vont-ils mettre suffisamment d’eau dans leur vin et aplanir leurs divergences ? »

Nouveau départ ?

De son côté, L’Observateur, toujours au Burkina, parle de « main tendue. » L’Observateur qui relève qu’Alpha Condé a convoqué cette rencontre alors qu’il revenait d’un voyage aux Emirats arabes unis. « Tout se passe comme si le fait d’avoir été non loin des lieux saints de l’islam lui avait insufflé un supplément de sagesse, note le journal ; la sagesse de se concerter avec ses contradicteurs politiques. (…) Il est vrai qu’Alpha Condé, qui a trop longtemps traîné sa bosse dans l’opposition, n’est pas toujours facile, rappelle L’Observateur ; il peut même être très cassant au point que parfois on se demande si l’opposant historique ne désapprend pas à l’exercice du pouvoir ce qu’il avait toujours demandé (dialogue et démocratie) jadis aux autorités de son pays. »

Il n’empêche, pour L’Observateur, « il faut espérer que l’opposition politique saura saisir cette main tendue du président, même si on peut raisonnablement se demander à quoi ces pourparlers vont aboutir. (…) Qui sait, s’interroge le quotidien burkinabé, peut-être que le simple établissement de la communication entre les deux parties sera à l’origine d’un nouveau départ pour des rapports apaisés entre pouvoir et opposition, chose propice à la franche collaboration dans l’intérêt supérieur de la Guinée. »

Frédéric Couteau

Source : rfi.fr

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