De l’Alternance à «l’Alter-noce» : La dernière cartouche de Wade tirée par un «littérateur»

«Il est possible de séparer la littérature de consentement qui coïncide, en gros, avec les siècles anciens et les siècles classiques, et la littérature de dissidence qui commence avec les temps modernes. On remarquera alors la rareté du roman dans la première. Quand il existe, sauf rares exceptions, il ne concerne pas l’histoire, mais la fantaisie, […]. Ce sont des contes, non des romans. Avec la seconde, au contraire, se développe vraiment le genre romanesque qui n’a pas cessé de s’enrichir et de s’étendre jusqu’à nos jours, en même temps que le mouvement critique et révolutionnaire. Le roman naît en même temps que l’esprit de révolte et il traduit, sur le plan esthétique, la même ambition», Albert Camus, chapitre Roman et révolte, p. 323-324, L’Homme révolté.

Le cahier de condoléances du Wadisme ouvert et signé par l’un des plus fidèles valets (Cheikh Diallo) du Prince Karim, leader de la Génération du Concret, a permis aux troupes de Sa Majesté en débandade de se repositionner. La démarche impertinente de ce «journaliste écrivain» fondée sur l’exemple de l’évolution du Gaullisme afin de mettre en avant l’urgente nécessité de la création d’un grand parti pour la mouvance présidentielle en vue des élections de 2012, démontre la sécheresse de ses idées, voire la médiocrité de la prestation du plus vieil opposant de l’Afrique. Ce fameux idéologue et écrivain de la Cour royale s’est en vain employé à nous convaincre par un jeu de miroirs assez subtil établi à partir de l’histoire du Gaullisme et de celle du Wadisme. Son erreur est de comparer des partis politiques aux mêmes vulgates libérales, mais diamétralement opposées du point de vue contextuel et revendicatif.

Avait-il sérieusement besoin de lorgner du côté de la scène politique de la Métropole pour faire étalage des funérailles du Pds, déjà crucifié par les élections locales ? Il y a une grande différence à tous points de vue entre ces deux pays, voire ces deux continents. Ce procédé de jeu de miroirs eût été très efficace si ce littérateur avait comparé deux éléments comparables tirés de notre culture démocratique et traditionnelle. Toutefois, je comprends sa dialectique parsemée de superbes et de pédanteries. A qui s’adressait-il ? Au bas peuple qui avait plébiscité Wade ou aux intellectuels qui renient ce régime corrompu, populiste et népotiste ? A en juger par sa plume inspirée, ce courtisan du Prince avait pour objectif de raisonner et de faire rentrer dans les rangs ses compères éparpillés, égarés et éconduits, à l’image du fils putatif (Idy) sacrifié au profit du fils biologique (le prince Karim). Au reste, dans l’héritage du Gaullisme, il n’y a jamais eu une tentative de monarchisme, voire de liquidation d’opposants et de musellement de la presse. Bref, la déclaration fracassante et retentissante de ce petit journaliste bichonné par la «monarchie» a certainement fait se retourner De Gaulle dans sa tombe.

La «carrière d’écrivain» de cet homme toujours consentant, aux idées fantaisistes, bénéficie à juste titre du soutien et de la publicité du régime de ce «Maître des dictateurs». Il est naturel donc que Cheikh se sente à l’aise au Sénégal, au moment où les vrais écrivains dignes, critiques et révolutionnaires sont traqués et mis à l’index par son mentor assoiffé de pouvoir. Combien de livres ont-ils été interdits au Sénégal depuis l’accession au pouvoir du Prophète des promesses ? Combien de journalistes ont été agressés ou emprisonnés sous l’œil approbateur de ce littérateur, doctorant en «Sciences de la ruse» ? Qu’en est-il du lynchage de Talla Sylla perpétré par des «quidams», selon les dires de Sa Majesté. Aucun écrivain ne peut se sentir bien dans notre pays littéralement détruit et pillé par ces courtisans de l’Alter-noce. Et l’on ose parler de démocratie !

Au demeurant, l’idée de réinventer le Parti démocratique sénégalais (Pds) au bout de seulement neuf années de règne semble extravagante. Les raisons d’une telle réinvention en un laps de temps aussi court remettent en cause les mécanismes et le fonctionnement d’un parti aux instances grippées, mal enracinées et aujourd’hui étiolées. Une situation illustrée par le défilé des premiers ministres dociles et serviles envers notre despote (Six au total en neuf ans). Dans son intention de relever un Pds à genoux, le valet de Karim a péché en crachant sur le mythe du Gaullisme qui incarne encore toute une fierté nationale, métropolitaine. Le Wadisme, quant à lui, est honni par le sentiment de frustration d’un peuple spolié, affamé, privé de liberté et en quête de justice sociale. Le Wadisme et le Gaullisme sont donc très éloignés l’un de l’autre sur le fond et la forme. De Gaulle ne disait-il pas lors de la libération de Paris : «Aujourd’hui, Paris meurtri, mais Paris libéré.» A ses tous débuts, l’Alternance a pu symboliser l’idée de libération, avant d’être vite dévoyée par une alter-noce présidée par Sa Majesté. Le parrain de cette exploitation du peuple n’est pas dupe : l’hostilité du peuple trahi lui sera fatale en 2012.

Dame DIOP – Doctorant au laboratoire du Circles Section Cna (Centre de narratologie appliquée),
Spécialité «Etudes Ibériques» Université de Nice Sophia-Antipolis

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