CRISE MIGRATOIRE – ALGÉRIE – DIVERGENCE DE VUES AU SOMMET DE L’ETAT AU SUJET DE LA PRÉSENCE DES MIGRANTS SUBSAHARIENS DANS LE PAYS

Publié le 23 Juillet 2017
Afrique-ArticleLes choses seraient restées telles, si la vague de xénophobie les touchant, n’était qu’une affaire, comme toute autre, de quelques esprits malfaisants se laissant aller à des propos haineux envers les « africains » (comme ils les appellent) – comme s’ils ne le sont pas aussi eux-mêmes -, ne pouvant, donc, avoir, à terme,  que peu d’impact dans le pays, mais l’implication des officiels, aux avis divergents, ces derniers jours, a donné une tournure autre au dossier, désormais brûlant, qui écorne, fortement, l’image du pays, en matière d’accueil des réfugiés, à l’extérieur.

Tout commence avec le directeur de cabinet de la Présidence, Ahmed Ouyahia qui, dans une allocution tonitruante, le 9 juillet dernier, devant les membres de son parti, le RND, déverse une salve d’injures à l’endroit des migrants subsahariens: << au sein de cette communauté installée illégalement dans notre pays, il y’a les crimes, de la drogue et beaucoup de graves fléaux. Nous ne demandons pas à l’État de les jeter en mer ou au-delà des frontières du Sahara. Mais leur présence en Algérie doit se faire dans le cadre de la loi. Nous ne pouvons laisser le peuple algérien vivre dans l’anarchie. Ceux qui nous parle des droits de l’homme, je leur dis que nous sommes souverains chez nous >>. L’homme à la parole tranchante, ministre d’État, ne s’embarrasse nullement de sa proximité avec le Chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika. Volonté délibérée de lui  nuire ou non ? Toujours est-il que la bombe a été lâchée.

Il sera épaulé par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel qui, le surlendemain, lui emboîte le pas et enfonce le clou: << derrière ce flux massif des migrants, il y’a des réseaux très organisés qui entretiennent et qui facilitent ce genre de trafic… Et lorsqu’il s’agit de la sécurité nationale, nous n’avons pas de leçon à recevoir de personne, ni des ONG nationales ni des partis politiques >>.

Allusion, faite là, directement, aux réactions suscitées par les propos de son collègue ministre d’État, Ahmed Ouyahia, dénoncés, aussitôt, par quelques partis et ONG du pays. Interrogé par l’AFP, le secrétaire général de le Ligue algérienne des droits de l’homme, abdelmoumene Khelil, a fustigé << des déclarations dignes des discours de l’extrême droite européenne >>  qui, ajoute-t-il << viennent torpiller le discours équilibré du nouveau Premier ministre sur le sujet >>.

Quelques jours avant, en effet, les sorties des deux ministres, le Premier ministre, Abdelmadjid Tébboune, prenant le contre-pied des internautes en furie, s’était échiné, devant les membres du Parlement, à montrer l’image d’une Algérie humaniste, sensible à la question de la présence, supposée massive, des migrants subsahariens, dans le pays: << nous ne sommes pas des racistes. Il y’a des parties qui veulent ternir l’image de l’Algérie et lui coller l’étiquette de pays raciste >>.

Ses propos ont été, au moins, confortés par ceux d’un autre responsable, et pas des moindres, le directeur général de la sûreté nationale (DGSN), Abdelghani El Hamel qui, le 18 juillet, contre le ministre d’État, Ahmed Ouyahia, et le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a recadré les choses en déclarant : << ces derniers (les migrants ) n’ont pas commis des graves dépassements. Le débat autour du rapatriement des migrants est éminemment politique, et que la police n’est qu’un exécutant des décisions prises au niveau politique >>.

Voilà qui lève le voile sur ce que cachaient les propos haineux des deux ministres, qui rejoignent ceux des internautes. Donc, un peu, ce que murmure l’homme de la rue.

L’Algérie étonne, abasourdit à la limite, et n’est plus vraiment reconnaissable pour ceux qui, habitués à voir le pays, être à l’avant garde de la lutte contre toutes les formes d’asservissement des peuples.

Que s’est-il passé ? Le pays change du tout au tout, devenant intolérant, miné par l’extrémisme religieux, tout droit, venu, des idéologies religieuses des pays du golfe.

Le mal ne venant jamais seul, à la crise financière aiguë, contre laquelle il se débat, depuis 2014, suite à l’effondrement des prix des hydrocarbures (les recettes de l’or noir couvrant l’essentiel de ses besoins), s’est donc greffée une poussée de sectarisme, de haine et de mépris de l’autre. Ce qui devrait inciter les forces vives, à prendre conscience de l’état dans lequel se trouve, maintenant, le pays, et rechercher à pouvoir casser ce qui le gangrène,  pour retrouver l’Algérie, la vraie: l’Algérie historiquement africaine.

Qui ne saurait mettre, quoi qu’il en soit, de côté, la mémoire des grands hommes qui l’ont façonné, comme entre autres, Massinissa (238 – 148, av. J.-C), roi de la Numidie (actuelle Algérie) qui lança le fameux slogan, l’Afrique aux Africains, et l’immense Émir Abdelkader (héros de l’Algérie moderne), dont l’Afrique entière peut s’estimer être fière.

l’Algérie fut aussi, on s’en souvient, au lendemain de son indépendance , dans les années 60-70, la Mecque des révolutionnaires, expression qu’elle doit à Amical Cabral, héros de l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert, en référence à l’aide accrue qu’elle apporta aux mouvements d’émancipation des peuples du continent et au-delà.

C’est dire son importance pour le continent, qui est sa profondeur stratégique.

Que sa lutte contre les forces expansionnistes, contre toutes les formes de domination des peuples demeure. Le souhait que les peuples épris de paix et de justice peuvent lui formuler.

Et l’Afrique y gagnera encore plus !

Source:nmargueritealphonse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *