Côte d’Ivoire : Ouattara à l’épreuve de la parole donnée

S’exécutera, s’exécutera pas ? La question taraude aujourd’hui bien d’esprits en Côte d’Ivoire, dont le gouvernement a repris du service hier lundi 9 janvier 2012 après une dizaine de jours de vacances.
En ce début d’année, dominée par la perspective d’un remaniement ministériel, les Ivoiriens n’en finissent pas de conjecturer sur la volonté ou la possibilité de leur président, Alassane Dramane Ouattara, de tenir enfin une de ses promesses électorales : confier, en cas de victoire à la présidentielle de décembre 2010, la primature au Parti démocratique de Côte d’Ivoire/Rassemblement démocratique africain (PDCI/RDA).

Mais une fois l’effectivité du pouvoir assumée depuis avril 2011 après une grave crise postélectorale, jusque-là, il n’en est rien. Le chef de l’Etat a préféré jeter son dévolu sur Guillaume Soro, chef des Forces nouvelles, l’ex-rébellion armée. _Si au début, en raison d’explications et de négociations intenses, les militants du PDCI/RDA ont fini par prendre leur mal en patience, aujourd’hui, cette pilule amère provoque des coliques, des grincements de dents aussi au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Les passes d’armes se multiplient :
« Nous espérons que le poste de Premier ministre au PDCI ne sera pas une simple promesse de campagne », a fini par dire, exaspéré, le secrétaire général du vieux parti dans un journal de la place. « …Que le PDCI/RDA sache que le faiseur de roi n’est pas le roi. On ne crée pas un parti pour revendiquer la primature », riposte d’Alphonse Soro, « le Blé Goudé du régime Ouattara ».

L’union sacrée et surtout vertueuse entre le Rassemblement des républicains (RDR) et le PDCI/RDA, à qui ADO doit sa victoire, va-t-elle survivre à cette querelle de promesse électorale ? La reconduction de Guillaume Soro à la primature et cumulativement au poste de ministre de la Défense procède, certes, d’un signe de reconnaissance envers un allier dont les troupes armées ont joué un important rôle dans la victoire militaire d’ADO en avril dernier, mais ce choix n’en est pas moins teinté de réalisme difficile à renier : chef politique de l’ex-rébellion, Soro est en principe le mieux indiqué pour discipliner cette horde de militaires, qui continuent de se conduire dans certaines localités comme des mercenaires en terrain conquis.

Si, dans une certaine mesure, le président ADO doit sa victoire militaire aux Forces nouvelles, indiscutablement, le candidat ADO doit son élection au PDCI/RDA. Sans le ralliement de ce dernier, arrivé troisième au premier tour de la présidentielle, Laurent Gbagbo aurait rempilé pour un second mandat.

Alors, faut-il continuer à froisser un soutien politique qui, même vieillissant, n’en demeure pas moins redoutable, au profit d’un bras armé ? Il faut bien opérer un choix, même douloureux.

Alain Saint Robespierre

Source: afriscoop.net

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