Côte d’Ivoire: Les fautes du président Ouattara

Depuis deux semaines, les casernes de l’armée ivoirienne sont prises pour cible, le siège du parti de l’ancien président Laurent Gbagbo a été attaqué, un journal saccagé, et des personnes sont arrêtées arbitrairement… Le Nouveau Courrier, quotidien d’opposition et pro-Gbagbo, accuse la gestion chaotique du président Ouattara.

Comment le président Ouattara gère-t-il le pouvoir ? Ses lieutenants disent couramment que “l’Etat travaille pour vous”. Mais il a instauré dans ce pays la justice des vainqueurs, qui consiste pour lui à ne mettre en prison que ceux qui sont pro-Gbagbo ou supposés tels. Tous ses anciens chefs de guerre ont été nommés dans la haute hiérarchie militaire. Mêmes ceux qui sont soupçonnés d’avoir commis des crimes sont promus.

Le tableau est sombre : tortures, enlèvements, séquestrations, brimades et prise en otage de la liberté de pensée. Cela montre bien que la réconciliation nationale n’est qu’un vain mot. Le président Ouattara ne fait aucun effort pour rassembler les Ivoiriens. A la vérité, la réconciliation nationale n’a jamais constitué pour lui et son régime une priorité. En clair, les Ivoiriens se regardent en chiens de faïence.

L’armée est profondément divisée. On se pose toujours la question de savoir s’il existe une armée en Côte d’Ivoire. Le président a introduit sa politique de rattrapage dans la grande muette. Nous avons deux groupes, les ex-FDS [la partie de l’armée qui a défendu Gbagbo], qu’il a tenté de fondre dans les FRCI [forces rebelles pro-Ouattara]. Mais en réalité ce sont les FRCI, essentiellement composées de nordistes, qui tiennent le pays. Notons que nombreux sont les éléments des FRCI qui sont des analphabètes, anciens prisonniers, Dozos [chasseurs traditionnels du Nord]. Quant aux gendarmes, militaires et policiers, marins (ex-FDS), ils sont presque tous désarmés. Ils végètent dans des commissariats et brigades, démunis. En outre, certaines de ces éléments sont soit pourchassés, soit exilés.

Mais allons bien au-delà pour voir à quel point le président Ouattara a fragilisé le climat sécuritaire. Le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) n’a connu aucune avancée notable, pour ne pas dire qu’il a été arrêté. Cela veut dire qu’il existe encore d’anciens combattants armés qui vadrouillent avec des kalachnikovs. C’est l’exemple des combattants FRCI qui n’ont pas été insérés dans l’armée alors que, comme leurs amis ex-rebelles, ils ont combattu pour le président Ouattara – bien entendu après qu’ils ont reçu la promesse d’une insertion dans l’armée. A ce groupe se greffent les mercenaires burkinabés non rémunérés qui exproprient les populations de l’ouest du pays.

L’insécurité est donc grandissante et la frayeur s’installe au sein de la population sur qui l’armée […] du président Ouattara passe ses nerfs à travers des rafles sauvages. Le régime est donc incapable d’assurer la sécurité des biens et des personnes. Et cela dure depuis bientôt seize mois. Pendant que les armes crépitent à Dabou, à Jacqueville, le président Ouattara est en Arabie Saoudite pour parler de la question syrienne, comme si son point de vue pouvait apporter le bonheur au peuple syrien.

Source: courrierinternational.com

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