CONGO : Problématique politicienne à travers la presse écrite

Noël KODIA

Isidore Mvouba

Isidore Mvouba

Depuis l’avènement du pluralisme démocratique sur le continent, force est de constater que la presse africaine se plaise de tirer à boulets rouges sur les hommes politiques sans ménagement, allant jusqu’à la désinformation sur fond de rumeurs et portant parfois atteinte à leur dignité. Et que l’on soit de la majorité présidentielle ou de l’opposition, chaque politique a sa part de critiques. Et le Congo n’échappe pas à ce nouveau type de presse. A l’exception des organes de presse comme « La Semaine africaine », les journaux n’informent presque plus, mais épiloguent surtout sur les hommes politiques dont ils font les portraits moraux à leur guise allant jusqu’aux profondeurs leur intimité.  Ces derniers temps, le généraux  François Ndenguet et Norbert Dabira, le président de l’ARD Mathias Ndzon et le ministre d’Etat Isidore Mvouba ont eu leurs photos presque sur la une de moult journaux et leur personnalité maltraitée sur la Toile avec une dose de dénigrement qui ne dit pas son nom. Triste réalité !

Ces derniers temps, deux des personnalités politiques ci-dessus citées, ont été « massacrées » par la presse pour des raisons on ne peut plus politiciennes.

Mathias Ndzon, une figure emblématique de l’opposition incomprise  

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Mathias Ndzon

Le courage de Mathias Ndzon a rencontré celui de Denis Sassou Nguesso quand ce dernier a respecté les principes élémentaires de la démocratie pluraliste imposée par la Conférence nationale de 1991. Les deux ont, au courant de leur parcours politique, se sont « entendus de remettre la démocratie sur les rails » quand, Pascal Lissouba, en 1997, veut prolonger son mandat pour des raisons que tout le monde connait, après avoir roulé dans la farine Sassou Nguesso en 1992. Et cela va provoquer la guerre de juin 1997 avec toutes ses conséquences. Ndzon sera aux côtés de Sassou Nguesso pour « redresser le pays financièrement » après le départ forcé de Lissouba. Quelque temps après, Il y a divergence sur la façon de « penser politique » entre les deux (démocratie pluraliste oblige)  et Ndzon se sépare de Sassou Nguesso pour être dans l’opposition. Mais il y a encore des gens qui doutent de la position-opposition de Mathias Ndzon, le considérant de « tortue de double carapace », de traitre qui irait s’approvisionner à Mpila. Quand il se confronte a quelques problèmes administratifs dans ses déplacements pour l’étranger, quand les portes de la salle de conférence du palais des Congrès lui sont fermées pour dysfonctionnement de timing, on accuse le pouvoir de vouloir boycotter son action politique d’opposant. Paradoxalement, quand le président de l’ADR tient ses meetings au palais des Congrès et même alentour sans être inquiété, une partie de la presse le qualifie d’allié de Sassou Nguesso dans l’ombre. Car se demande-telle comment peut-on laisser ce type « critiquer » ouvertement le pouvoir et braver un général d’armées ? A un certain moment, les masses populaires ne savent plus à quel saint se vouer car « manipulées par une certaine presse qui entretient une polémique sur fond de « politique politicienne » entre le pouvoir et l’opposition.

Isidore Mvouba ou le tort d’être absent pendant longtemps du pays

Voilà un autre homme politique qui intéresse la presse écrite ces derniers temps, en particulier le journal « La voix du peuple ». Du malheureux problème du trafic des ossements humains dont quelques informations du journal « Sel-Piment » révèlent les tenants et les aboutissants, le fameux complot de M. Maléla qui s’était fondé sur l’exhumation des restes mortels de la famille par M. Mahoungou-Tékanima, on a voulu en faire le problème Mvouba. En journalisme, le témoignage est toujours subjectif car l’information ne venant malheureusement jamais de la source. Tout ce qui se fonde sur le subjectivisme  entrave obligatoirement l’objectivité. Compte tenu du black out entourant son séjour en France, d’aucuns avaient pensé même à sa mort. Aussi, toutes les inepties pouvaient être dites sur lui.  La véritable « voix du peuple » congolais n’est pas dupe car ce dernier connait bien ses hommes politiques, leurs qualités et leurs défauts. Et ce n’est pas une presse (qu’elle soit de l’opposition ou proche du pouvoir) qui pourrait faire fléchir le regard critique des larges masses populaires sur ceux qui les dirigent ou qui les ont dirigées. Un chevalier de la plume averti ne pourrait qu’être scandalisé par le langage invective qui frise l’injure utilisée par le journal « La voix du peuple » pour interpeller le directeur de cabinet  ministre Isidore Mvouba, traité de « pied nickelé », un père de famille, un homme dont le cursus scolaire et universitaire est respectable pour ceux qui l’ont connu dans l’exercice de ses fonctions. Un langage que l’on ne pourrait rencontrer dans des journaux sérieux comme « La semaine africaine » (publicité gratuite). « La voix du peuple » et « Sel-Piment » qui semblent se disputer la part belle sur la situation du ministre Mvouba, loin de la Tour Effel. Aussi, rapportent-ils quelques bruits qui courent dans les rues de Brazzaville où la politique politicienne est plus prise au sérieux que les véritables annonces politiques. Dans « La voix du peuple » n° 33 du lundi 26 août  2013, l’article intitulé « Isidore Mvouba et Mahoungou-Tékanima dans le collimateur de la justice » où le conditionnel vient diminuer l’acceptabilité de l’information donnée, stipule : « D’après certaines sources [que le journal ne spécifie malheureusement pas] Isidore Mvouba souffrirait d’un cancer de l’os au niveau de la cuisse droite et qu’il est traité à Valentin, le plus grand centre de rééducation en France dans le 94ème ». Voilà une affirmation gratuite d’un journaliste qui ne semble pas connaître la géographie de la région parisienne en confondant la topographie des centres de rééducation de Paris et sa région. Quant au diagnostic posé par notre confrère, force est de lui rappeler qu’en France, seul le médecin traitant et son patient connaissent de quoi souffre ce dernier, secret médical oblige. Quant à « Sel-Piment » qui continue à défendre le ministre Mvouba, voici ce qui est écrit dans sa publication n° 033 du 22 au 29 août 2013 sous la plume de Ray’M : « Les spéculateurs en quête de nouvelles à forte sensation n’ont pas manqué de ragoter sur Isidore Mvouba affirmant qu’il serait déjà rentré à Brazzaville tout méconnaissable en ce qui concerne son état physique habituel ». Les propos de « Sel Piment » peuvent s’avérer réalistes car ce retour, (si cela était vrai) ne pouvait passer inaperçu dans une ville comme Brazzaville qui l’a vu grandir et où il mène une carrière politique depuis plusieurs années.   Encore un peu de soleil des pays tempérés pour se refaire

Presse, démocratie et politique au Congo

En dehors de « La Semaine africaine » et du magazine « Métropolis » qui essaient d’informer objectivement, une bonne partie de la presse congolaise, presque deux décennies après la démocratie pluraliste, continue à se comporter en « feuilles de choux » en laissant n’importe qui écrire n’importe quoi à n’importe quel moment sur des personnages politiques qui pourraient se sentir frustrés dans leur fors intérieur quand l’information n’avère fausse. Aussi, la presse devrait se passer de la calomnie et laisser le président de l’ADR, Mathias Ndzon qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas sans être inquiété par le pouvoir. Quant au ministre Isidore Mvouba, laissons le temps au temps de faire son travail. Aujourd’hui sera demain, et demain un autre jour et ainsi de suite. Et si la presse pouvait se passer des invectives et injures, les journalistes gagneraient en notoriété devant leurs lecteurs. Faut-il passer par les injures, calomnies et invectives pour faire comprendre à ces derniers ce que l’on voudrait leur dire ? That is the question, comme le diraient les amis de la langue de Shakespeare.

Noël KODIA, essayiste et critique littéraire. Publie ses contributions dans « Afrique Education » (Paris), « Le Nouvel Afrique » (Bruxelles) et « Le Soleil » (Dakar).

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