CONGO : Presse congolaise : le degré zéro de l’écriture dans les journaux

Par Noël KODIA

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le ministre d’État Isidore Mvouba

Depuis le 19 septembre 2013, le ministre d’État Isidore Mvouba a regagné son Congo natal malgré tout ce que l’on lui a insinué à travers la presse, après un long séjour en France. Le comportement de certaines parutions, notamment le journal « La voix du peuple » de Brazzaville (particulièrement dans sa livraison n° 33 du lundi 26 août 2013) et le site www.congo-liberty.com, doit pousser le Conseil supérieur de la liberté de communication à se ressaisir car demain, d’autres éminents hommes politiques pourraient subir la désinformation, comme nous l’avons observé ces derniers temps.

Un séjour problématique en France

Alors en séjour en France pour des raisons de santé, une partie de la presse dont nous venons de faire allusion ci-dessus, a débité, à partir de simples rumeurs, des affirmations qu’elle croyait réelles et réalistes. Une fois de plus, de l’information, les journalistes sont passés à l’invective et à la critique subjective tout en faisant fi de la ligne déontologique du métier. De la presse d’investigation, on est passé à la « presse de fiction » où l’imagination fertile a occupé une grande place. L’investigation à la source est la meilleure des choses quand on veut bien informer et souvent les témoignages pris avec « vitesse et précipitation » s’avèrent plus subjectifs qu’objectifs, surtout en Afrique où les rumeurs prennent souvent le dessus sur la réalité des faits.

Depuis que le ministre Isidore Mvouba est rentré au bercail, à la surprise de certains compatriotes, mais à la satisfaction des parents et amis, la presse a cessé de tirer à boulets rouges sur l’homme. Et cela a balayé d’un revers de main toutes les médisances débitées sur sa personne, mettant à certains moments en cause ses relations politiques et de « camaraderie de lutte » qui le lient avec le chef de l’État et son parti, le PCT. Nous sommes d’abord des Africains, avant de se comporter en nègre occidentalisé. Et en Afrique, tradition oblige, le chef ne doit pas être trainé « publiquement » dans la boue, comme on le remarque souvent dans une certaine presse. Les calomnies orchestrées sur les hommes politiques, qu’ils soient de la mouvance présidentielle ou de l’opposition, doivent faire réfléchir Philipe Mvouo, l’actuel président du Conseil supérieur de la liberté de communication. Le président de la République a toujours clamé qu’aucun journaliste ne sera jeté en prison à cause de ses écrits. Mais il faut savoir qu’il y a une justice qui peut l’interpeler quand il y a diffamations explicites. D’ailleurs, en répondant aux allégations du journal « La voix du peuple » contre le ministre d’État Isidore Mvouba, Dominique Bemba son directeur de cabinet n’a pas oublié, dans sa déclaration de mise au point du 9 août 2013 de préciser qu’ « en tout état de cause, le ministre d’État se [réservait] le droit de poursuivre en justice les auteurs de ces écrits diffamatoires ». Affaire à suivre.

Retour et mise au point

Le ministre d’État Isidore Mvouba, de retour au pays après un long séjour à Paris pour des raisons que tout le monde connait, « a ridiculisé » ses détracteurs. Ceux-ci l’avaient jeté en pâture dans les méandres de la politique politicienne jusqu’à annoncer avec fracas qu’il était en fuite, ayant abandonné le bateau Alima. (cf. www.congo-liberty.com). Ces journalistes auraient-ils la mémoire courte pour ne pas relire la page politique de notre pays de la décennie 90 ? La politique est comme une bicyclette ; quand elle ne roule pas, elle tombe. Un petit rappel : en 1991, quand la poussée du vent de la démocratie pluraliste, par le biais de la Conférence nationale, souffle avec force et que le bateau PCT prend de l’eau, certains caciques sentant le navire chavirer, le quitte précipitamment pour aller manger à la table du professeur Pascal Lissouba nouveau patron du pays. Mvouba et certains fidèles du PCT tels le doyen Lekounzou, les écrivains Jean Baptiste Tati Loutard et Henri Ndjombo, ainsi que le général Florent Nsiba, pour ne citer que ces noms, avaient préféré accompagner Denis Sassou Nguesso dans sa traversée du désert à lui imposée par la conjoncture politique de l’époque. Et ce n’est pas en ce moment où le pays a effacé les tristes souvenirs de la décennie 90 que Mvouba pourrait paradoxalement trahir son pays natal. Pendant plus de deux semaines, il a reçu, tant dans son bureau ministériel qu’à sa résidence, parents et amis qui sont venus lui exprimer leur soutien moral.

Presse et démocratie en Afrique

Nous sommes en Afrique à quelques années des soleils des indépendances. Et la démocratie pluraliste que nous avons épousée doit être aidée par la presse pour que nos hommes politiques s’attèlent à l’éclosion intégrale de la démocratie pluripartite. La presse ne doit pas se contenter de rapporter du sensationnel créé par l’imaginaire des larges masses populaires, souvent « travaillées » par la main sale de la politique. La situation inédite créée par la presse ces derniers temps dévalorise le politique, qu’il soit du pouvoir ou de l’opposition. Nous l’avons démontré dans notre dernier article intitulé : « Congo : Problématique politicienne à travers la presse écrite » du 28 août 2013 in www.starducongo.com. Demain, d’autres éminents hommes politiques pourraient se retrouver dans la même situation. Aussi, les partis politiques (mouvance présidentielle et opposition) devraient avoir leur organe de presse pour ne pas laisser d’autres journaux d’opinion en quête parfois de sensation, raconter « n’importe quoi » sur leurs militants. La plume, une arme qui peut provoquer des secousses néfastes dans le microcosme politique. Souvent certains cadres politiques voient leur honneur bafoué et parfois passent sous les Fourches Caudines de quelques journalistes qui ne respectent pas la déontologie du métier. Et quand on parcourt la presse écrite que ceux qui nous ont appris de passer de l’oralité à l’écrit, suivez notre regard, on a l’impression que certains journalistes en Afrique, profitant de la liberté de presse consécutive à la démocratie pluripartite, semblent s’éloigner de leur mission primaire qui est celle d’informer les larges masses populaires. Dommage !

Noël KODIA, Essayiste et critique littéraire.

Publie ses contributions dans « Afrique Éducation » (Paris), « Le Nouvel Afrique » (Bruxelles) et « Le Soleil » (Dakar).

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