CONGO BRAZZA: LE DRAME DE L’OBSESSION DES ARMES

De la vaste culture chinoise enseignée par l’éminent écrivain Alain Peyrefitte, nous avons appris que le pouvoir lit dans les consciences et qu’à cet effet, il a un système de commandement aussi délicat qu’un mécanisme d’horlogerie.

Au Congo, il semble que le mécanisme a disjoncté et que les opérateurs sont pris au dépourvu, faute de n’avoir pas su établir un cadrage solide et cohérent avec des composants adéquats.

Loin de moi l’idée de jouer les  Cassandre, c’est avec une colère saine que je reprends ma plume pour exprimer mon indignation.  Il faut le dire,  c’est bien le temps de l’apocalypse et  ce qui devait  arriver arriva… A  force de trop jouer avec le feu, on finit par se brûler les doigts. Un régime qui passe le clair de son temps à importer des quantités impressionnantes d’armes de guerre,  pour se protéger contre…son peuple,  ou  à rivaliser d’imagination dans l’intrigue, finit un jour par se casser les dents. Le problème serait moins grave, s’ils étaient les seuls à pâtir des conséquences de leur goût immodéré pour les armes. Malheureusement, c’est encore le peuple qui paie le lourd tribut.

Plus de 200 vies innocentes, ont été gratuitement  fauchées, par la faute d’un gouvernement qui a depuis longtemps renvoyé aux calendes grecques, les préoccupations d’un peuple qui ne demande qu’à vivre paisiblement. Une fois de plus, ce régime, désormais habitué à traverser allègrement le Rubicon de l’ignominie, n’a pas volé sa réputation. Les images épouvantables qui nous parviennent, mettent à nu le cynisme d’un gouvernement qui gère un désastre d’une telle dimension dans l’amateurisme. Le CHU de Brazzaville, qui est tombé en quenouille depuis des lustres au profit de l’achat massif des armes de guerre, ne pouvait pas répondre à une telle tragédie. Dans une telle situation, chaque minute compte pour sauver des vies. Mais au Congo, où les gouvernants se livrent  impunément à l’enrichissement illicite( le scandale des biens mal acquis en est un volet essentiel) ; depuis longtemps, la vie humaine n’a plus de valeur.

Nous avons encore à l’esprit, les dégâts causés par l’incendie du domicile du Général Blaise Adoua le 31 mai 2010, transformé en armurerie. Sans commune mesure, l’incendie provoqua des explosions et des détonations qui avaient fait fuir la population voisine et avaient provoqué d’importants dégâts matériels. Le serpent venait de  se mordre  la queue. On peut aisément se faire une idée sur la quantité d’armes de guerre entre les mains des tenants de ce pouvoir.

S’inspirant de l’adage selon lequel, seule une arme à sa portée peut te sauver, les tenants du pouvoir n’ont jamais envisagé d’éloigner les dépôts d’armes des habitations.  La terreur, encore la terreur, toujours la terreur, c’est leur leitmotiv.  Ils le savent, le peuple congolais a fini par découvrir la folie qui habite certains dirigeants maléfiques qui rallument  la géhenne .Ils finissent ainsi de ruiner le monde,  semant et laissant sur leurs passages, cendres, cris, cadavres et désolations. Avec la même impudence, ils se livrent au spectacle scandaleux de la compassion, de promesses inutiles…

On peut le deviner, Sassou porte en lui, l’âme de ces dirigeants qui estiment à tort, qu’ils sont irremplaçables. Ni plus, ni moins dangereux qu’eux ; mais tout simplement, exactement comme eux. Ils sont venus pour bousculer le monde, le rendre un peu différent de ce qu’il était, avant eux. Pas forcément meilleur ni pire, mais tout simplement (ou tragiquement – c’est selon), différent.

Bien que la résolution 1874  des Nations Unies, adoptée au mois de juin 2009, interdisait la Corée du Nord d’exporter des armes, le régime de Brazzaville se faisait un malin plaisir à violer  cette résolution se mettant ainsi en contravention avec les Nations Unies.  L’Afrique du Sud avait intercepté en Novembre 2009, une impressionnante cargaison d’armes en provenance de Corée du Nord  et à destination du Congo-Brazzaville. Une inspection par les autorités sud-africaines avait permis de déterminer que la cargaison contenait des pièces détachées de chars T-54 et T-55.

Ce régime est sous l’emprise d’une paranoïa obsidionale qui prend ses fondements sur cette obsession de la sécurité, en relayant au second plan des priorités ( l’eau, l’électricité, les soins pour tous) au demeurant plus pressantes.

Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg  de la campagne d’importations d’armes de guerre. En revenant au pouvoir dans les conditions que l’on sait, Sassou s’était très tôt inventé des alliés fidèles : la violence et la terreur. Il va les entretenir, les distiller à dose homéopathique au moindre soubresaut. Dès sa prise de pouvoir en Octobre 1997, il annonce sans ambages à tous ses supporters venus nombreux le soutenir à un de ses meetings de victoire, qu’ils étaient revenus aux affaires, ce qui supposait une jouissance insouciante et inespérée des avantages conférés aux serviteurs de l’Etat. Le retour de l’ordre Kaki, avec lui le prestige et l’accumulation de richesses inespérées sur fond de l’exhumation du   » Yaka Noki noki  » qui avait fait ses preuves autrefois dans l’accentuation de la dysharmonie sociale.

L’euphorie de cette victoire militaire sur ses adversaires de 1997, conjuguée à la force de persuasion des marchands de la peur, avaient fini de convaincre les plus réticents de ses partisans qui croyaient encore aux vertus démocratiques. Désormais, chaque chute entraînerait la leur également. En liant son destin ombrageux au leur, le piège se referme sur tout le monde et seules les armes de guerre pourraient garantir leur pérennité au pouvoir.

Alors que faut-il faire ?  Souffrir ? Rire ? Sourire ?
Non ! La question est trop grave. Notre pays  continue à offrir l’image d’un enfant qui tombe dans un puits. Les témoins de la scène s’arrêtent à la margelle et personne n’ose entrer dans le puits pour sauver le pauvre innocent. Le pays est à sauver. Et comme pour  la fameuse jarre de Ghezo  Roi d’Abomey, l’apport de tout un chacun est appelé à être décisif.

Djess dia Moungouansi

Source: liberty.com

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