CONGO-BRAZZAVILLE -Pourquoi les Etats généraux de la nation réclamés par une opposition de façade?

Etats généraux de la nation demandés par l’opposition : désillusion d’une opposition de façade ?

Des états généraux de la nation qu’exigent quelques partis de l’opposition congolaise, des voix se sont levées et se lèvent encore pour essayer, de la majorité présidentielle à l’opposition, d’épiloguer sur ces fameux états généraux qui nous rappellent la Conférence nationale, prélude du pluralisme démocratique qui s’était imposé sur le continent après la chute du mur de Berlin, Et on voit comment la majorité présidentielle se voit interpellée l’opposition.
Nous pensons que le président Denis Sassou Nguesso aurait tiré la leçon de trahison de ses anciens collaborateurs politiques après la chute du mur de Berlin et le discours de Mitterrand à la Baule qui définissaient l’ouverture à la démocratie pluraliste.
Devant les changements qui s’opèrent dans le bloc de l’Est, Denis Sassou Nguesso convoque dès novembre 1989 le Comité central du PCT qui met en place une commission pour réfléchir sur la nouvelle donne politique que viennent de produire les événements qui affectent l’URSS et la plupart des pays de l’Est. Car le Congo a fondé sa politique sur le modèle de ces pays. Il faut tirer des conclusions pour moult orientations à prendre pour le pays, et le rapport de cette commission est attendu pour juin 1990 afin qu’un débat profond s’organise au sein du parti pour réfléchir sur « la nouvelle » politique du pays. Mais le sommet de la Baule précipite les événements et va annihiler les efforts consentis par Denis Sassou Nguesso pour remettre de l’ordre au niveau de l’économie du pays. Alors que ce dernier revient d’un voyage des Etats-Unis où il a travaillé avec les autorités du FMI et de la Banque mondiale pour la mise en œuvre d’un programme d’ajustement structurel, la commission du PCT a décidé que le Congo puisse inéluctablement épouser le multipartisme tout en tenant compte des spécificités politiques et économiques. Le processus démocratique sur fond du pluripartisme devrait se dérouler en plusieurs étapes afin qu’il soit contrôlé par les politiques, contrôle qui éviterait d’aller directement à la démocratie pluraliste assez large avec certaines pesanteurs ethnolinguistiques et même tribalistes. Déjà au Bénin, le discours déstabilisateur de la Baule est source d’une Conférence nationale où le point focal est l’organisation d’élections démocratiques et pluralistes. Et les Congolais de se rappeler l’invite de Mitterrand qui demandait aux dirigeants africains de s’ouvrir à la démocratie pluraliste.
Mais de retour de la Baule, le président congolais est surpris par l’attitude de certains membres influents du PCT qui vont se désolidariser de la commission chargée de réfléchir sur le processus démocratique avec plusieurs étapes. Ils ne veulent pas attendre. Pour eux, le changement de régime doit être immédiat. Et c’est à ce moment que se révèle la trahison au sein du PCT, ce parti national qui devait faire bloc pour s’imposer une révolution intra muros avant d’accompagner les autres groupements politiques récemment formés pour discuter du multipartisme tel que le demandait Mitterrand dans son discours de la Baule. Des membres « importants » du PCT exigent paradoxalement d’aller à la Conférence nationale comme au Bénin. Même le IVe Congrès extraordinaire du PCT qui opte en décembre les résolutions du Comité central du 29 juin (abolition de son caractère marxiste-léniniste avec ouverture à tous, le parti ne dirigeant plus l’Etat) n’arrêtera pas l’ambition politique de certains de ses membres. Et la trahison va commencer à se matérialiser avec le congrès de la Confédération Syndicale Congolaise qui fait fi des négociations réussies par le président Sassou Nguesso avec le FMI.
La formation des nouveaux partis devient une réalité politique. Malheureusement, ceux-ci vont se former sur des bases ethniques comme l’UPADS créée en majorité par des transfuges du PCT et qui vont s’appuyer plus tard sur l’électorat du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou, trois régions transfrontalières et ethniquement proches les unes les autres. Il sera de même pour le RDD de Joachim Yombi Opango dont les transfuges seront en majorité de la cuvette de Makoua et d’Owando. Avec les nouveaux partis et organisations politiques qui se fondent en général sur l’ethnicité, se développent le régionalisme, le tribalisme avec toutes ses conséquences qui vont fragiliser l’Etat-nation en construction depuis l’indépendance. Devant cet imbroglio politique créé principalement par les « traitres » qui quittent le « navire-PCT », Denis Sassou Nguesso est obligé de programmer la date de la Conférence nationale qui devrait s’ouvrir le 25 février 1991 et qui serait chargée de fixer la date des prochaines élections que les autres liaient au multipartisme. Cette Conférence qui devait proposer des solutions que tout le peuple congolais attendait, sans parti pris, pour aller au pluralisme démocratique sans problème, se transforme en une machine de prise de pouvoir jusqu’à réduire le président de la République à sa simple expression. Cela va se confirmer après trois mois de discussion quand la Conférence nationale décide de la mise en œuvre d’un Conseil qui réduit le pouvoir du président Denis Sassou Nguesso, car il lui est interdit de présider les conseils des ministres et ne plus commander l’armée.
De 1991 à nos jours, les politiques, malgré la démocratie sur fond d’élections pluralistes imposées par le pluripartisme, « ne peuvent pas se faire du mal » car ils entretiennent implicitement des « dettes morales ».

L es dirigeants des partis de l’opposition, se querellent comme on ne voit à l’UPADS. Certains partis de la majorité présidentielle comme le MCDDI et le RDD ne sont que l’ombre d’eux-mêmes. Les institutions de la République fonctionnent « normalement ». Aussi nous nous demandons, comme le Congolais lambda, quelle sera la pertinence des états généraux dans un pays comme le Congo qui ne connait pas « la soif de changement politique » qui prévalait sur le continent après la chute du mur de Berlin. Surtout que ces états généraux de la nation font penser la Conférence nationale de 1991. Un triste souvenir pour le pouvoir actuel.

Noël KODIA

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