[Congo-Brazzaville] Lettre ouverte d’une Diplomate en exil au Canada (Québec) à M. Sassou Nguesso

À son Excellence Monsieur Denis Sassou NGuesso

Président de la République du Congo

Présidence de la République

Brazzaville.

Objet : Situation du Congo

Excellence Monsieur le Président de la République du Congo,

Au nom du peuple meurtri et croupissant dans la dèche d’une part, et en ma double qualité de mère de famille et de compatriote, je me permettrais de vous écrire pour porter à votre connaissance certains faits que vous et votre entourage ignorez ou feignez d’ignorer.

Tout d’abord, je voudrais vous faire remarquer respectueusement qu’avec votre retour aux affaires le 15 octobre 1997, il y a 15 ans, la Démocratie va mal. Le Peuple Congolais vivote. Et vous avez aussi foulé aux pieds, les décisions de la Conférence Nationale Souveraine qui avaient fait renaître un grand espoir au Peuple congolais. Elles ne sont jamais appliquées et la démocratie demeure ipso facto inexistante.

Ensuite, à mon humble avis, il est temps que le discours sur la place publique change. Le peuple a perdu sa fierté et sa dignité. De nombreux citoyens sont confrontés aux problèmes causés par tant de calamités dont vous êtes l’un des protagonistes (guerres civiles). Comment prétendez-vous construire la Démocratie dans notre pays, si les gens vivent et croupissent dans la misère ?  Comment vous sentez-vous libre, manger et dormir en paix, si au même moment à quelques centaines de mètres et de kilomètres de chez vous, des pères, des mères de famille et leurs enfants ne peuvent ni manger à leur faim ni se faire soigner, ni étudier dans des conditions décentes ?

Il serait aussi souhaitable que les partis politiques et la société civile se retrouvent d’urgence pour trouver des solutions adéquates aux problèmes qui se posent avec acuité au Peuple Congolais. Il nous faut redémarrer sur de nouvelles bases. Il nous faut coûte que coûte :

–           Réduire la pauvreté.

–           Garantir l’unité nationale.

–           Instaurer la véritable et vraie paix car celle que vous et vos courtisans vantez, ne l’est pas. Elle n’est qu’une paix de façade, émaillée de sanglants incidents et de frustration. Il n’y a pas de paix sans justice.

–           Développer les routes.

–           indemniser toutes les victimes des guerres civiles et reconstruire leurs logis.

–           Accroître la stabilité et la sécurité pour tous.

–           baisser les prix des denrées alimentaires et des loyers.

–           Octroyer des salaires décents.

–           Cesser d’acheter les armes. Elles ne font que nous tuer au lieu de nous défendre.

–           Faire l’audit du budget de l’armée et des sommes dépensées pour l’achat des armes, depuis que vous êtes revenus au pouvoir.

–           Éviter la politique qui fabrique des satrapes.

–           Instaurer la libre circulation des biens et des personnes.

–           Instaurer l’indépendance judiciaire.

–           Ouvrir une nouvelle ère de gestion saine et transparente.

–           Mener une lutte sans merci contre la corruption, devenue une gangrène.

Excellence Monsieur le Président de la République,

La politique économique du pays est à rehausser. La plupart des jeunes diplômés sont sans emploi. En regardant le Congo à travers une loupe, je le vois agonir, plonger et sombrer dans la tristesse voire le désespoir depuis plus de deux décennies.

Enfin, il vous revient, en votre qualité de Président de la République, de faire de grandes choses pour le Congo et pour le Peuple Congolais. À ce propos, je voudrais respectueusement vous rappeler, comme l’a affirmé Montaigne au 18ème siècle «  Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. » Seriez-vous avec le Peuple Congolais? Assisteriez-vous les veuves et les orphelins? Je laisserais à votre conscience et à celle de vos courtisans et thuriféraires le soin d’y répondre.

Tout en vous sachant gré de l’attention que vous aurez accordée à ma lettre, je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République du Congo, les assurances de mon plus profond respect.

Le 30 novembre 2012

Sidonie SALABANZI

Ancienne candidate au poste de Premier Ministre,

lors de la Conférence Nationale Souveraine.

sidoniesalabanzi@gmail.com

NOTRE COMMENTAIRE :

Mme Sidonie SALABANZI est une diplomate congolaise exilée au Canada (Québec) à la suite des guerres successives déclenchées par M. Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, de 1997 à 2005, avec l’aide de la France, de l’Angola, du Tchad et du Gabon, etc.

Source:mediapart

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *