Sénégal – Compte-rendu de débat:«Interactions administrative, culturelle et religieuse.Réflexions autour des doublures de l’administration»

Après des semaines de tergiversations, la générosité intellectuelle m’a finalement incité à partager ce thème du débat organisé par l’ADESEN (Association des étudiants sénégalais de Nice) et animé par Alassane MBaye (juriste), le vendredi 24 février 2012, à la veille du premier tour des élections présidentielles : « Interactions administrative, culturelle et religieuse au Sénégal. Réflexions autour des doublures de l’administration ». 

Introduction : « Le politique, le religieux et le culturel comme facteurs de la crise démocratique et institutionnelle », Diop Dame

Thomas Guèye, président de l'ADESEN

Thomas Guèye, président de l'ADESEN

A la Suite de la demande du président de l’Adesen, Thomas Guèye, Alassane et moi avons animé un débat sur les « interactions administrative, culturelle et religieuse au Sénégal. Réflexions autour des doublures de l’administration ». D’une manière concertée, il nous est venu l’idée d’aborder ce thème en créant une problématique, une réflexion relative à la situation tendue, voire explosive, que traverse notre pays, à la veille des élections du 26 février. Dans ce débat qui est venu à point nommé, nous avons essayé d’analyser prosaïquement ce thème très sensible, mais d’actualité, sans pour autant vouloir heurter la conscience des gens qui sont du reste libres de faire valoir, à juste tire, leur appartenance politique et religieuse. Autrement dit, il s’agissait tout bonnement d’un débat d’idées afin de diversifier les activités de l’association, dont la plupart sont consacrées aux festivités. Comme nous sommes principalement des étudiants, donc des futurs intellectuels et futurs dirigeants de notre pays, il nous a paru important d’inclure dans le programme de notre association un échange autour de l’actualité. Bref, c’est la jonction de l’utile à l’agréable.

Pour entrer dans le vif du sujet, disons que le Sénégal s’est trouvé dans l’impasse, avec une crise politique sans précédent, pour ne pas dire au bord du gouffre. En  tout cas, le contexte a été explosif à la veille des élections présidentielles. Et on ne peut pas cerner le nœud du problème, sans s’interroger sur la thématique de l’imbrication des institutions de la République, puisqu’il existe sans conteste dans notre pays ce qu’Alassane appelle la « doublure de l’État », au regard de la complexité du sens que revêt le pouvoir. De fait, personne n’ignore qu’il existe sous nos tropiques un « pouvoir informel », c’est-à-dire un pouvoir en dehors du « circuit administratif », comme nous l’a au fur et à mesure démontré notre camarade chargé d’animer le débat. En résumé, ce serait malhonnête d’affirmer que seul l’État  sénégalais connaît ce genre de problèmes qui entrave le bon fonctionnement des institutions, aux dépens du contribuable, si l’on tient compte des « lobbies » à la périphérie des pouvoirs d’autres pays ou continents, voire des gendarmes du monde prétendant avoir eu les coudées franches, toutes proportions gardées, par rapport même à leurs décisions soi-disant « salutaires et humanitaires ».

Par conséquent, il y a lieu de souligner d’emblée que parmi les différentes définitions de la politique, nous avons estimé nécessaire de mettre en avant la gestion de la Cité et la recherche des possibles, pour ne pas perdre trop de temps à énumérer moult théories puisées dans des manuels philosophiques et pédagogiques. En effet, ce sont deux définitions qui nous permettent de mieux saisir, voire de circonscrire les contours du débat, bref de délimiter le champ de la réflexion porté sur la doublure de l’État, récemment justifiée par la décision du Conseil constitutionnel perçue pour certains comme un coup d’État constitutionnel, pour d’autres comme la lecture et l’application pure et simple du droit. Ce qui est sûr, c’est que la polémique n’a cessé d’envenimer la scène politique et médiatique.

Toutefois, le silence de certains chefs religieux, sous prétexte de l’équidistance envers les différents candidats,  a été perçu comme une sorte de collusion avec le pouvoir en place par les leaders de « Y en a marre ». Autrement dit, les « y-en-a-marristes » voulaient à tout le moins les entendre se prononcer sur le verdict déjà appuyé ou dénoncé par une frange de religieux ou d’artistes. Ce faisant, le culturel reste le dénominateur commun parmi tous ces concepts, à savoir le politique et le religieux, même si le religieux et le politique sont deux postures distinctes. Pour tout dire, on vient de constater qu’il existe bel et bien des connexions entre le religieux, le politique et l’administratif, pour ne pas paraphraser la formule d’Alassane, l’imbrication de ces trois vecteurs, sources de polémiques et de dérives, au vu de l’organisation du pouvoir étatique.

Au demeurant, l’intérêt du thème choisi pour ce débat, intitulé « interactions administrative, culturelle et religieuse au Sénégal. Réflexions autour des doublures de l’administration », réside dans le fait qu’il nous permet d’examiner la crise actuelle au Sénégal, en levant le voile sur la responsabilité collective entre le religieux, le politique et l’administratif. C’est ainsi que l’animateur du débat a évoqué la « gouvernance parallèle » du religieux et le rôle du politique en tant qu’administratif, contraint de se reporter sur le religieux et le culturel. La preuve en est la forfaiture du Conseil constitutionnel,  qui est aux antipodes de la « norme interprétative » pour les contestataires. C’est en ce sens qu’il faudra comprendre la manière dont ces institutions ont été doublées, au cours de ce cinquantenaire au bilan néfaste. D’où la pertinence du thème proposé par Alassane qui s’est essayé à nous démontrer la « forte influence du religieux et du culturel sur les politiques.

Alassane MBaye (juriste) et Diop Dame (doctorant en littérature au laboratoire du Lirces [ex Circples], université de Nice Sophia-Antipolis)

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