Compaoré ou le Tueur froid de Ouagadougou

Par Dr. Serge Nicolas Nzi

Compaoré-sankaraDans l’histoire contemporaine de l’Afrique, Il y a eu ceux qui ont tué pour exister et surtout ceux qui sont arrivés au pouvoir par le meurtre et le sang des autres. Leur parcours est jonché de cadavres, parmi eux émergent incontestablement des tueurs froids comme Idi Amin Dada, en Ouganda. Le tout puissant, Amadou Ahidjo et le Cameroun totalement Bâillonné. Joseph Désiré Mobutu dans le Zaïre qui était carrément sa propriété. Etienne Gnassingbé Eyadema et son Togo, Mengistu Hailé Mariam et l’Ethiopie, Blaise Compaoré et son Burkina Faso, ainsi que Samuel Kanon Doe et le Liberia. La liste est tellement longue qu’une nausée s’empare de nous rien qu’à l’évocation de telles créatures. La recomposition politique de la sous région Ouest africaine, nous oblige à connaître la nature des hommes pour comprendre les mutations futures ainsi que les derniers bouleversements qui ont ébranlé cette partie de notre continent. Dans cette démarche Blaise Compaoré, reste un homme à suivre et à observer de près comme du lait sur le feu.

Louise Arbour, la présidente de la célèbre (ICG) l’ONG International Crisis Group, a déclaré dans l’international Herald Tribune que : < < M. Compaoré qui a été un militaire, meneur d’un coup d’Etat sanglant et parrain politique de Charles Taylor (l’ex chef rebelle et ancien président du Liberia actuellement jugé pour crime contre l’humanité) n’est pas l’homme le plus fiable pour prêcher la démocratie, les droits de l’homme et favoriser le pouvoir civil >>Pourquoi tant de méfiances à l’endroit d’un homme, qui a présidé plusieurs organisations politiques et économiques sur le continent ? On peut citer, la présidence de l’OUA entre 1998 et 1999. L’Autorité du Liptako-Gourma. Conseil de l’entente, UEMOA, la Communauté des Etats Sahelo-Sahariens. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de L’Ouest (CEDEAO).Médiateur dans la crise institutionnelle du Niger. Médiateur dans le dialogue inter togolais. Médiateur dans la crise ivoirienne. Promoteur des accords de Ouagadougou. Médiateur dans la crise Guinéenne. Certains se demandent < < Mais que veut donc Compaoré ? >>. Il demeure une énigme pour beaucoup de ses propres compatriotes et pour tous ceux qui observent la sous région Ouest africaine. En réalité il y a une < < doctrine Compaoré >>. C’est en interrogeant ceux qui l’ont pratiqué et fréquenté et en recoupant un certain nombre d’informations que nous comprenons mieux la doctrine du pompier pyromane de Ouagadougou, qui est l’homme fort de la patrie des hommes intègres mais aussi l’assassin de Thomas Sankara.

II – Portrait pour connaître l’homme Compaoré

Blaise Compaoré, est dans sa soixantième année. Il est né le 13 février 1951, à Ziniaré au nord de Ouagadougou. C’est un homme qui cultive le secret, depuis l’après midi sanglant du 17 octobre 1987, il règne sans partage sur l’indomptable Burkina Faso. Sa politique et sa façon de rebondir pour gouverner l’ingouvernable en maître absolu surprennent l’Afrique entière.

L’homme est de grande taille, a le teint un peu clair pour un sahélien originaire du plateau central de la province d’ Oubritenga au Burkina Faso. Le visage dégagé laisse apparaître un léger embonpoint que surplombe un front large, des yeux pétillants d’intelligence et de fermeté. Son menton qu’il porte souvent haut trahit un tempérament autoritaire, il a un comportement timide et réservé, sa démarche calme est presque majestueuse. Courtois, n’élevant jamais la voix, il pourrait passer pour un terne. Elégant dans sa mise aussi bien en tenue militaire, traditionnelle ou en costume cravate, il garde l’empreinte de ses origines paysannes et de sa formation militaire. Les cheveux coupés dans le style sommaire des casernes, sont bien teints en noir, il donne une petite impression de lourdeur que dément le regard rusé d’un tueur froid aux prises avec l’orage et familier des menaces de ses adversaires. Il a un sens aigue de sa dignité. Sa personne et sa famille sont des choses plus que sacrées à ses yeux. Demandez au journaliste Norbert Zongo, carbonisé avec ses compagnons dans son véhicule 4×4, sur la route de Sissily, non loin de Sapouy le dimanche 13 décembre 1998 et il vous dira mieux que nous qu’on ne s’attaque pas impunément au maître de Ouagadougou et aux membres de sa famille. Implacable, le Président Burkinabé exécute ses desseins avec patience et obstination. Il a bâtit son pouvoir pierre par pierre, Compaoré ne se précipite jamais, ne s’émeut guère et ne s’emporte jamais en public. Il préfère parvenir à ses fins en douceur avant de recourir à la dissuasion et au besoin par l’élimination pure et simple de l’adversaire. Ses premiers compagnons de route furent les premières victimes du tueur froid. Les capitaines, Thomas Sankara, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo, se souviendront du fond de leurs tombes de la méthode Compaoré. Il aime digérer sa proie, c’est justement pour cela qu’il sait attendre les occasions propices avant de porter le coup de boutoir final. Pour cela il explore l’adversaire en le laissant s’enfermer dans ses contradictions et le mettre ainsi en position de faiblesse s’il doit négocier avec lui. Il choisit admirablement son moment d’attaque.

Laurent Gbagbo du fond de sa prison à Korhogo dans le nord de la Côte d’Ivoire se souviendra, pour le peu de temps qu’il lui reste à vivre du Capitaine para commando Blaise Compaoré. Il envoya 500 soldats Burkinabés pour aider le gouvernement de Gbagbo à sécuriser les élections, ces soldats rejoindront le camp Ouattara pendant la crise électorale et deviendront des éléments de sa garde prétorienne lorsqu’il entra au palais présidentiel du plateau d’Abidjan. Blaise Compaoré considère toute négociation comme une inacceptable tentative d’extorsion. Devenu fort il considère tout compromis comme un don gratuit. Voilà pourquoi la justice burkinabé n’éclaircira jamais les conditions tragiques de la mort de Thomas Sankara et de ses collaborateurs. Stratège de l’ambiguïté, Compaoré ne laisse jamais l’interlocuteur deviner ses sentiments pendant une rencontre. Distant, il n’entre jamais le premier dans le vif du sujet laissant le visiteur deviner ou spéculer. Cela lui donne le temps de jauger l’interlocuteur. Ceux qui l’ont fréquenté disent que c’est un négociateur imprévisible et retors, capable, tout aussi bien de trancher un problème de fond à la hussarde et refuser une réponse précise sur une question de détail. S’il lui arrive de vous dire non, ce qui est rare de dire non catégoriquement. Dans ce cas il ne sert à rien d’insister car sa décision est définitive du moins pour le moment. Car chez lui, tout refus dissimule parfois les prodromes d’une acceptation future comme toute acceptation recèle les fondements d’un éventuel rejet. On appelle cela la duplicité, la dissimulation, le dédoublement, la ruse, la roublardise ou technique avancée de négociation, c’est dans cette manche qu’il laisse son Ministre des affaires étrangères et homme de confiance, le soin de jouer à l’Henry Kissinger des tropiques. Le futur nous donnera l’opportunité d’être plus précis sur ce type de comportement. Il est passé maître dans l’art de la manœuvre, il pratique la politique du bord du gouffre et sait s’arrêter au bon moment, juste avant le précipice. Homme d’imprévisibilité, Compaoré, est capable de prendre la bonne décision au moment ou on pense que tout est perdu pour lui. L’affaire Zongo, et les récentes mutineries sont sous nos yeux pour démontrer sa capacité à rebondir pour atterrir sur ses deux pieds. L’ensemble de toutes ces observations nous permettent de dire tout simplement ici que de tous ceux qui ont tué pour arriver au pouvoir, Compaoré, est le plus féroce d’entre eux. Mobutu, Eyadema et Samuel Doé, réunis, sont des anges qui ne valent pas la cheville de Blaise Compaoré, l’actuel Parain de la sous région Ouest africaine.

III – De la Doctrine Compaoré, Parlons-en

Sur le fond, Blaise Compaoré a développé dans le cadre de la crise ivoirienne une doctrine presque inédite et ambitieuse ; pour la mettre en œuvre, il forge un outil opérationnel que l’on peut qualifier de jeux ouvert ou de pont ouvert. C’est la doctrine Compaoré, qui présente les trois visages de la recomposition de l’Afrique de l’Ouest. Occupant, protecteur, médiateur ou Stabilisateur.

Elle repose sur trois principes d’actions implicites dans les relations entre Etats :

1) – Le droit d’un pays africain voisin d’intervenir militairement de façon masquée sur le territoire d’un autre Etat afin de l’empêcher – lui-même ou des organisations agissant en son sein de menacer la paix et la sécurité de la sous région et du Burkina Faso en particulier.

2) – pour rappel, la Tanzanie avait recouru à cette méthode pour chasser Idi Amin Dada du pouvoir en Ouganda, le 11 avril 1979, car il menaçait la stabilité de toute l’Afrique orientale. Mais dans ce précédant c’est l’armée ougandaise qui avait envahi une province tanzanienne à la poursuite des opposants à son régime criminel.

3) – le Droit pour un état voisin de prendre les mesures appropriées pour veiller à la sécurité collective de la sous région si le gouvernement voisin est défaillant ou représente un danger pour la vie économique et politique du Burkina Faso.

4) – Ou alors de prendre en main directement et avec l’autorisation préalable des puissances extra africaines les affaires d’un voisin en affirmant ainsi sa vocation de puissance régionale. Intervenir et offrir sa disponibilité dès qu’une situation locale peut dégénérer et affaiblir toute la sous région. C’est une façon intelligente de tirer les marrons du feu, face à l’équation régionale.

Pour ce qui est du jeu ouvert qui est une composante de la doctrine Compaoré, dont nous avons fait état plus haut, il consiste tout d’abord à geler un conflit dont la solution définitive semble hors de portée, du moins dans l’immédiat, en laissant aux parties en cause le soin de s’épuiser et toute la latitude de défendre leurs positions de principe ou leur thèses idéologiques. Ainsi au lieu de rechercher la solution définitive qui conduirait à la fin du conflit ouvert, il dégage un règlement provisoire qui satisfait plus ou moins les principaux antagonistes en attendant que les rapports de force changent. Mais surtout, il fait en sorte qu’avec le temps ce provisoire prime. L’asile accordé au Capitaine Moussa Dadis Camara et la longue crise ivoirienne ainsi que son dénouement tragique entrent dans cette logique qui permet de mieux comprendre le pont du jeu ouvert, qui sous-tend la doctrine Compaoré. Ainsi, plus le problème est complexe, plus les revendications sont inconciliables et plus la solution provisoire apparaît acceptable par tous. En laissant la solution dite définitive s’éloigner pour être à la fois théorique et chimérique. Cela permet à Blaise Compaoré, le pompier pyromane et à son pays de profiter de la guerre chez les autres et d’apparaître aux yeux du monde en sauveur. Des Comptoirs de diamants à Ouagadougou pendant la crise du Libéria et de la Côte d’Ivoire. Le Burkina désertique, est devenu exportateur de bois, de café et de Cacao pendant la crise ivoirienne, il n’y a que ceux qui ont un gros cailloux dans leur tête qui n’ont pas encore compris le pont du jeu ouvert qui est la colonne vertébrale de la < < doctrine Compaoré. >>

IV – Relations avec les voisins du Burkina Faso

Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire constituaient une même colonie jusqu’en 1947. Ce pays dépend de la Côte d’Ivoire pour son ouverture sur la mer ainsi que pour ses importations et exportations. C’est suite a l’arrogance, la désinvolture d’Henri Konan Bédié, et de son ministre de l’intérieur le Colonel Emile Constant Bombet, après la chasse aux burkinabés résidant dans le sud- Ouest de la Côte d’ Ivoire, que le tueur froid de Ouagadougou avait décidé de soutenir un changement de régime chez son voisin. Compaoré rêve de rétablir le Burkina Faso, dans ses frontières d’avant 1947, pour en faire un appartement attique avec vue sur l’Océan Atlantique. Fort heureusement il a trouvé en Côte d’ivoire une classe politique versatile pour l’aider à atteindre ce but. C’est ainsi que les mécanismes de l’instabilité et du changement se sont durablement installés en Côte d’Ivoire. Un changement qui sécurise le Burkina Faso. Un changement de régime pour mettre un homme favorable au Burkina Faso à la tête de la Côte d’Ivoire. La suite de l’histoire, nous la connaissons ce fut le putsch du 24 décembre 1999 qui plongea la Côte d’Ivoire dans  l’instabilité politique chronique. Compaoré nourrit un profond mépris pour l’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié, le père de l’ivoirité, qu’il considère comme un paresseux, un petit jouisseur et un parvenu. Ayant collaboré avec Félix Houphouët-Boigny, sur plusieurs dossiers sous régionaux il se considère aussi comme l’un des héritiers de la sous-traitance politique de la France dans cette partie de l’Afrique. Il n’aime pas les orateurs pétris de dialectique. Compaoré, parle peu et agit, il est le contraire de Thomas Sankara ou de Gbagbo Laurent. Il se méfiait justement de Gbagbo, de sa roublardise, de ses voltes face et surtout du nationalisme, de la refondation patriotique, indépendantiste et souverainiste qu’il représente. Il est convaincu que la Côte d’Ivoire dirigée par Alassane Ouattara aidera mieux le Burkina Faso et résoudra surtout le problème de la nationalité des Burkinabés qui désirent s’installer en Côte d’Ivoire et avoir des droits de citoyen dans ce pays qu’ils ont contribué à bâtir. Avec le Mali, Compaoré, qui est militaire et connaît la nature exacte des rapports de force, respecte le discret voisin malien, il sait ce que la guerre de La bande d’Agacher de décembre 1974 et celle de décembre 1985, avaient coûté au Burkina Faso. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Il ne peut que coopérer loyalement avec ce pays. Avec le Togo, qui est un partenaire économique il souhaite que ce voisin soit stable car toute dégradation de la situation politique, économique, militaire et institutionnelle dans ce pays aura des conséquences néfastes et incalculables sur ce pays enclavé qu’est le Burkina Faso. C’est dans cet esprit qu’il offre sa médiation aux protagonistes de la crise togolaise. Le Burkina Faso n’a pas de frontière commune avec le Sénégal, la tradition démocratique de ce pays stable depuis son indépendance et la méfiance naturelle des sénégalais envers tous ceux qui tuent pour exister, font que Compaoré, a des rapports de simple courtoisie avec la classe politique Sénégalaise. Mais s’il a l’occasion, il n’hésitera pas à jouer le faiseur de roi dans ce pays. Avec le Niger voisin il a des liens d’amitiés et de complémentarités économiques. Il est attentif à ce pays frère et cherche à influer sur sa vie politique dans le cadre de rapports de bon voisinage. Le Ghana reste pour Blaise Compaoré, un pays avec lequel il coopère en bonne intelligence, il sait que les ghanéens le connaissent et haïssent ses méthodes. Le Ghana n’est pas la Côte d’Ivoire. Il n’y aura jamais un cheval de Troie ou un ministre d’origine burkinabé dans le gouvernement du Ghana. C’est un pays qui n’hésitera pas à fermer ses frontières avec le Burkina Faso s’il découvre une seule arme dans un véhicule Burkinabé entrant au Ghana. C’est un pays qui a sa propre Banque centrale, sa propre monnaie et se tient loin des compromissions qui conduisent à la faillite nationale. Le Ghana n’appartient pas non plus au pré carré de la françafrique. L’influence de la France sur ce pays est nulle. Compaoré, se trouve obligé de respecter et de composer avec ce voisin dans une posture de respect mutuel, comparable aux relations franco-allemandes.

V – Les Ambitions de Compaoré

Ami des USA, proche des loges et réseaux maçonniques il est très attaché à la droite Française, il pense que l’Europe en construction doit être un recours, si non une soupape de sûreté pour l’immense Afrique qui se trouve près d’elle dans une sorte d’alliance de progrès durable. Cette ambitieuse politique internationale se propose d’abord de transformer le Burkina Faso d’enjeu en acteur et d’en faire ainsi une grande puissance régionale. Jusqu’en 1987 date de l’accession au pouvoir de Blaise Compaoré à la présidence du pays des hommes intègres, la sous région Ouest africaine oscillait entre trois pôles d’attractions Le Nigeria, Le Sénégal et la Côte d’Ivoire. l’ancienne Haute Volta se bornait à faire pencher la Balance du Côté de la Côte d’Ivoire et de son chef, l’ancien président Du Rassemblement démocratique africain Félix Houphouët-Boigny. Une fois la Côte d’Ivoire isolée grâce à l’irresponsabilité et à l’inconscience de sa classe politique, le Sénégal relégué au second rang, le Burkina Faso n’a jamais connu autant d’influence et de stabilité que sous celui que ses courtisans appelle le beau Blaise Compaoré, le tueur froid de Ouagadougou. Mais le revers de la médaille est que le Burkina Faso, est un pays qui vit dans un Etat de siège invisible à l’œil nu. Une armée acquise à sa cause et mobilisable pour ses basses politiques, lui a permis de se maintenir aussi longtemps de 1987 à 2011 soit près d’un quart de siècle avec un dessein de cette ampleur, nous constatons ici qu’une grande politique de cette nature pour un petit pays ne va pas sans excès. Compaoré se montre impitoyable à l’intérieur. Les apparences d’un certain libéralisme économique ne cache pas sa capacité à sévir si on s’avance trop près de ses intérêts politiques et mercantiles. Son régime est combattu de l’intérieur sur sa droite et sur sa Gauche. Les premiers le traitent d’usurpateur et de combinard. Les seconds voient en lui un assassin, un traitre de la révolution et au socialisme africain. Il se réserve la carte du nationalisme et du radicalisme face aux ennemis intérieurs et extérieurs en disant pendant la dernière campagne électorale que les droits des Burkinabés vivants en Côte d’Ivoire seront respectés quoi qu’il advient.

Le nouveau président Ivoirien Alassane Ouattara avait déclaré lors de son récent passage à Ouagadougou, que chaque Burkinabé qui arrive en Côte d’Ivoire est chez lui. Imaginez le président français dire à Bucarest que tout Roumain qui arriverait en France sera chez lui. Il connaît sans doute mal Blaise Compaoré. Il aura du mal à déployer la police, la douane et la gendarmerie ivoirienne aux frontières avec le Burkina. Car le parrain, Blaise Compaoré, veut continuer à exporter du Cacao, du café du diamant, du bois et du coton de Côte d’Ivoire. S’il s’amuse à refuser un tel marchandage qu’il sache à l’avance que le tueur froid de Ouagadougou a toujours deux ou trois fers au feu. Compaoré, sait qu’en Côte d’Ivoire les alliances se font et se défont tous les matins, les ivoiritaires d’hier n’embrassent-ils pas les allassanistes sur la bouche aujourd’hui et ne dînent-ils pas à la même table que leurs pires ennemis d’hier ? Baisse la tête et adore ce que tu brûlais hier, disait Clotilde, à Clovis le roi de France converti au christianisme. N’est ce pas dans ce Burkina Faso qu’ils méprisaient que les politicards ivoiriens après toute honte bue, sont allés quémander goulûment comme des bébés, l’arbitrage du beau Blaise pour régler leurs querelles de clocher qu’ils étaient incapables de résoudre chez eux ? C’est dans ce registre de continuité dans la durée que Compaoré va tripatouiller la constitution et se présenter une troisième fois aux élections. Les divisions de ses opposants et la fragilité économique du pays, le soutien de la France et des autres chefs d’Etats africains qui lui sont redevables l’aideront à se succéder à lui-même avec un score à la soviétique pour le bonheur d’un Burkina Faso qui compte sur l’échiquier régional.

VI – Postulat de Conclusion Générale

Il y a trois choses qui sont difficilement acceptables aujourd’hui en Afrique, c’est le financement des campagnes électorales des partis politiques français par l’argent de nos malheureux pays africains. La seconde est le fait qu’un chef d’Etat africain soit un agent au service de l’ancien colonisateur dans son propre pays. Observez bien les couloirs des conférences des chefs d’Etats de l’union africaine ou de la CEDEAO et vous verrez un nombre impressionnant de diplomates blancs, certains déguisés en journalistes, photographes ou caméramans. En réalité la plupart sont des agents venus à la rencontre de leurs correspondants. Certains chefs d’Etats africains, comme des laquais, reçoivent des instructions et transmettent les résultats des délibérations à leur maître. Voilà le sabotage qui fait que les initiatives les plus audacieuses n’aboutissent jamais pour le bien de notre continent. La troisième plaie vient de cette mentalité longuement figée dans le moule de la mesquinerie et de l’obscurantisme. En effet, il y a une habitude en Afrique, qui consiste à voir le mal partout et à transformer le débat public en querelle de personne. Cela a bloqué durablement les esprits ainsi que l’environnement social et politique. Par exemple un homme meurt d’une crise cardiaque, on accuse tout de suite les sorciers du village ou un ami qui a eu une dispute avec lui la semaine dernière. Une équipe de football perd un match important du championnat national, c’est la faute à l’arbitre il a été corrompu par l’équipe adverse. Les supporters ne reconnaîtront jamais que leur équipe était complètement hors du sujet et devant un adversaire qui a fait l’essentiel. Si vous remettez en cause la marchandise périmée de l’épicier du coin, il n’hésitera pas à crier à la manipulation et au complot d’un concurrent jaloux. Il est de même pour le maire de la commune perdue, livrée à elle-même, dénoncé dans un article de presse avec des preuves irréfutables de sa mauvaise gestion. Le correspondant local du journal, qui a publié l’article est pris à partie. C’est un ennemi juré de la ville et de ses habitants, il roule pour des opposants jaloux et assoiffés de pouvoir. Il y a une habitude et une culture de l’irresponsabilité un peu partout en Afrique qui consiste à ne jamais s’attaquer de face aux difficultés de nos populations mais de s’attaquer frontalement avec cruauté à celui qui dénonce le mal. Les sociétés humaines évoluent par contradiction. Faut-il rappeler que les animaux évoluent par instinct. Tuer la contradiction dans une société humaine et vous feriez le constat 50 ans après que le même peuple est toujours dans la crasse, la pauvreté, la maladie, dans des tueries sanglantes, des détournements de fonds publics, des meurtres et des génocides. Des pays où il n’y a pas de l’eau potable, des pays où l’espoir ne pousse plus car il n’y a aucune contradiction pour animer et susciter la quête d’un horizon meilleur. C’est ainsi que la médiocrité a durablement triomphé chez nous pour occuper une place de choix dans notre rapport avec la chose publique. L’asservissement et l’avilissement des hommes et des femmes ont favorisé la promotion de la médiocrité que nous avons eu comme compagnon de route depuis l’indépendance jusqu’à ce jour. Pourquoi s’étonner dans ces circonstances du délabrement de l’ensemble des pays africains de l’espace francophone et surtout de notre amertume de fils de peuples désespérés. Nous avons toujours pensé qu’une vie de crimes se paie au prix fort ici bas. C’est pourquoi nous n’étions pas contre la personne du dictateur camerounais Amadou Ahidjo, dans cette logique nous savions à l’avance que le Zaïrois Mobutu, courait à sa propre perte avec ses certitudes et ses airs de maréchal d’opérette. Nous rappelons à Blaise Compaoré, que nous ne sommes pas de ceux qui convoitent son fauteuil. Celui qui écrit ces lignes n’est même pas Burkinabé. Nous sommes simplement aujourd’hui dans une époque ou le meurtre gratuit comme forme de gouvernance a montré ses limites en nous laissant des souvenirs douloureux qui hantent encore nos nuits. L’image de Thomas Sankara, prenant plusieurs balles de Kalachnikovs dans le ventre, alors qu’il n’était même pas armé, son agonie dans la poussière sans le moindre secours, pendant de longues minutes sous les yeux de ceux qui hier encore mangeaient à la même table que lui, reste pour tous les africains un crime crapuleux impardonnable. Nous n’avons aucun conseille ni supplication à adresser au beau Blaise Compaoré. Nous lui offrons simplement en cadeau, la cassette vidéo du dernier jour de vie de Samuel Doe. Ce 9 septembre 1990, L’homme qui avait fait exécuter sans pitié, le 12 avril 1980 le président William Tolbert, et les membres de son gouvernement dans Monrovia en folie.

Samuel Doe, était assis par terre en petite tenue, pleurant toutes les larmes de son corps. Ses oreilles et les doigts coupés, pitoyable, il chialait, implorait et suppliait son bourreau et maître du jour, Prince Yormi Johnson, d’avoir pitié de lui. Cette pitié et cette humanité qu’il n’avait pas eu en son temps pour les autres. Le corps de Samuel Doe, fut exposé nu dans les rues de Monrovia avant d’être dépecé comme un sanglier et brûlé. Nous n’ajoutons aucun commentaire sur ces faits connus de nous tous. Dans le présent, la sous région Ouest Africaine, a besoin de paix, de stabilité de complémentarité des économies, de conjugaison des synergies, pour créer des infrastructures routières communes, pour organiser notre propre activité de production, partager les ressources énergétiques, créer une monnaie capable d’assurer notre indépendance économique, former notre jeunesse afin de lui donner les armes pour relever les défis du futur et non des armes pour tuer.

Réorienter notre agriculture afin de satisfaire nos besoins en nourriture au lieu d’aller pleurnicher sur nos problèmes à Paris, à Londres ou en Chine. Soigner nos populations contre les épidémies et autres pandémies. Bref rendre la vie et la dignité possible chez nous aussi. Telles sont les équations urgentes qui méritent l’attention de tous ceux qui veulent que la vie politique sous nos cieux soit au service du progrès social et démocratique, du bonheur et du bien être de cette sous région en souffrance qu’est l’Afrique de l’Ouest. Telles sont aussi les observations critiques que nous formulons à l’endroit du beau Blaise Compaoré, pour que le pouvoir ne soit plus une machine à tuer et s’humanise au Burkina Faso afin de présenter le visage d’un service au bénéfice des habitants de la patrie de hommes intègres.

Cette vieille chanson paysanne des montagnes du Venezuela résume mieux encore notre propos.

< < Se puede matar el hombre Pero no mastaran la forma En que se alegraba su alma Cuando sonaba ser libre >>

< < ils peuvent tuer l’homme, mais ils ne peuvent tuer la façon dont son âme se réjouit lorsqu’elle rêve d’être libre >>
C’est cette espérance sincère que nous avons voulu partager avec tous ceux qui comme nous refusent le meurtre comme forme de gouvernance dans la vie politique africaine. Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI
Chercheur en Communication
Lugano ( Suisse)
Mail : nzinicolas@yahoo.fr

Source:connectionivoirienne.net

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