Chasse et trophées en Afrique : faut-il tuer pour conserver ?

Par Geoffroy Mauvais
cecil_lion-592x296Il y a quelques mois, plusieurs compagnies aériennes africaines ont décidé de cesser de convoyer les trophées de chasse provenant d’Afrique, tout comme d’autres compagnies majeures desservant le continent, notamment Delta Air Lines ou Air France-KLM.

Cette interdiction s’applique parfois uniquement à quelques espèces comme le lion, le rhinocéros ou l’éléphant, mais s’étend souvent à toutes celles répertoriées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées (CITES).

L’idée derrière cette décision, c’est qu’en rendant le transport des trophées plus difficile, on limite la chasse et on améliore ainsi la conservation de ces espèces. Cela renforce la position de pays habituellement importateurs de trophées comme les États-Unis ou la France, qui ont déjà établi des restrictions sur l’importation des dépouilles de plusieurs animaux, selon leur origine géographique et leur degré de rareté.

La mort du lion Cecil a laissé des traces

Le Parlement européen étudie actuellement une proposition visant à bannir l’importation des trophées de chasse provenant de l’extérieur de l’Union européenne. Cette dernière encourage les pays qui délivrent les permis de chasse, sans véritable considération pour leur impact sur la conservation des espèces animales, à cesser de le faire.

En somme, les pays occidentaux considèrent que la chasse aux trophées est un facteur nuisible à la préservation des animaux en Afrique. Le récent et pathétique épisode du lion Cecil, abattu en 2015 au Zimbabwe par unn dentiste américain, a largement contribué à renforcer cette position.

Mais curieusement ce mois-ci, un avis plus nuancé nous vient de la Commission de survie des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Dans un texte adressé au Parlement européen, l’ONG décrit le rôle positif joué par la chasse dans certaines conditions.

La chasse, un facteur de régulation ?

Elle permettrait, selon l’UICN, de réguler l’abondance de certaines espèces, certains conflits entre faune sauvage et habitants, de générer parfois de substantiels profits qui peuvent être utilisés pour la conservation des parcs, et de donner ainsi à certaines espèces une valeur économique qui changerait le regard porté par les communautés sur elles.

Un exemple particulièrement intéressant nous vient de Namibie : les « conservancies » (réserves naturelles), gérées par les populations locales pour l’exploitation durable de la faune, dont il est estimé que plus de la moitié des 82 existantes ne survivraient pas si on leur interdisait de vendre les trophées. Or elles représentent aujourd’hui plus de 16 millions d’hectares et sont un indéniable succès pour la préservation des espèces animales dans ce pays.

Mais, la Commission de l’UICN rappelle aussi qu’il y a, dans différents pays, de nombreux exemples de faible contrôle de la filière chasse, de corruption ou d’absence de transparence, de quotas excessifs voire illégaux ou encore de faible suivi des impacts.

Dans un monde parfait, la décision devrait revenir aux principaux intéressés, les pays, voire les communautés qui vivent avec ces espèces, et qui en souffrent ou en bénéficient.

Paradoxal ? Pas vraiment. Le débat est ancien et ne s’éteindra pas de sitôt. Il y a d’un côté ceux pour qui la chasse génère un revenu ou est une passion et qui parent cette activité de qualités exagérées. De l’autre, les défenseurs des animaux qui refusent tout simplement l’idée de mise à mort. Entre ces deux mondes, il n’y a pas beaucoup d’espace de discussion et tout est finalement une affaire de lobby.

Comme toujours, la réponse se situe certainement à mi-chemin des extrêmes. Il y a des situations où la chasse peut être un système de gestion adapté, tandis qu’ailleurs, elle devient le facteur de trop pour la survie des espèces les plus menacées. Dans un monde parfait, la décision devrait revenir aux principaux intéressés, les pays, voire les communautés qui vivent avec ces espèces, et qui en souffrent ou en bénéficient. Mais il faudra du temps pour qu’ils aient le droit de participer au débat.

Geoffroy Mauvais
Geoffroy Mauvais est vétérinaire, en charge du programme Aires protégées d’Afrique & conservation de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) – www.papaco.org

Source:jeuneafrique

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