Brazzaville sud – La misère des retraités congolais: amertume et désolation

Gilbert Ondongo, ministre d’Etat

Gilbert Ondongo, ministre d’Etat

La misère des retraités congolais accentuée après le 04 mars 2012
Le 04 mars 2012, Brazzaville sud (Ouenzé, Talangaï et Mpila) tombait dans l’amertume et la désolation. Une tragédie qui marquait particulièrement les retraités de cette zone, des hommes et des femmes déjà fragilisés par la précarité qui sévit dans un pays paradoxalement riche.

Aujourd’hui, un bon nombre de ces retraités sont décédés plus tôt que l’aurait prévu leur destin. En dépit de l’allocation de trois millions (3.000.000 francs CFA) à eux versée à la suite de cette tragédie de Mpila, ces retraités ne comprennent pas pourquoi les arrérages et arriérés de leur pension ne sont pas encore payés par le Trésor qui, paraît-il, serait en surliquidité. Des sommes importantes qui pourraient atténuer leur précarité.
Au cours du conseil des ministres du 28 septembre 2012, le ministre d’Etat, Gilbert Ondongo émerveillait l’opinion publique. Il annonçait que le projet de bugdet de l’Etat pour l’année 2013 était arrêté en recettes à la somme de quatre mille quatre vingt et onze milliards cent quatre vingt dix sept millions (4.091.197.000.000 francs CFA) et trois mille trente cinq milliards (3.035.000.000.000 francs CFA) en dépenses. Il précisait ensuite que le gros des dépenses concernera l’investissement aux infrastructures de base, l’éducation et la poursuite de l’amélioration des soins de santé ainsi que les investissements dans le secteur de l’énergie. Autre précision : le dégagement d’un excédent budgétaire prévisionnel de mille cinquante six milliards cent quatre vingt dix sept millions (1.056.197.000.000 francs CFA). Ce qui prouve que nous sommes dans un pays riche où certains Congolais vivent paradoxalement avec moins d’un dollar par jour. Et une fois de plus, on n’a pas parlé du paiement des arrérages et arriérés de pension des retraités qui attendent depuis plus de cinq ans, qu’ils soient servis. Fatigués par le poids de l’âge, malades, maltraités par le vécu quotidien tropical, le paiement de leurs sommes dues aurait évité à certains une mort anticipée quand on sait la cherté des soins de santé dans notre pays.

Beaucoup de travailleurs retraités ont malheureusement quitté ce monde sans avoir perçu ce que leur devait l’Etat. Aussi dans un pays où 80% de la population ne connaissent pas comment faire valoir le droit à la succession, on peut imaginer le désarroi de ceux-ci à la mort d’un parent retraité. Même quand techniquement la CRF « autorise » le Trésor de payer ces arrérages et arriérés, se manifestent au niveau des agents de cette Institution des mafieux qui, sans pitié, exigent des pots de vin pouvant aller de 30 à 40% du montant à payer.

Triste réalité d’un pays qui a perdu ses repères et où les antivaleurs n’inquiètent même pas les gouvernants. Des antivaleurs dont certains citoyens se servent pour écumer les caisses de l’Etat. Une révélation amère : le contrôle des éléments de rémunération des agents de l’Etat qui a, une fois de plus, montré que le Congo est une vache à lait pour certains citoyens. Rappelons-nous ce discours rapporté gaillardement et avec emphase par le « ministre des communiqués gouvernementaux », Bienvenu Okiemy sur les antennes de Télé Congo que l’on peut suivre dans le monde entier : « (…) Il en résulte de grandes irrégularités qui se rapportent (…) aux indemnités et primes indument perçues à l’usage de faux textes d’intégration, à l’usurpation de grades de militaires et policiers, à l’usage des fausses décisions d’engagement, soit au total de faux et fictifs agents civils et militaires de 4.0909 représentant une incidence financière annuelle de huit milliards trois cent douze millions cinq cent soixante quinze mille quatre cent quatre vingt huit (8.312.575.488 francs CFA) au détriment de l’Etat ». (1) Et c’est ce même Etat qui peine à payer les états de sommes dues des retraités et dont les agents du service du Contrôle d’Etat sont incapables d’empêcher 4.0909 faussaires civils et militaires (et même peut-être plus) d’écumer le Trésor.
Depuis le 04 mars 2012, les malheurs des travailleurs retraités se sont aggravés pour des raisons que le politique n’ignore pas. Grand patron de l’économie, des finances, du plan, du porte feuille public et de l’intégration, le nouveau ministre d’Etat Gilbert Ondongo se voit, une fois de plus, interpellé par le regard maladif et plaintif des retraités qui attendent le paiement de leurs arrérages et arriérés de pension. Aussi, l’argentier congolais devrait comprendre que les retraités vivent une situation difficile, pénible, insupportable, pathétique, indécente et pleine de tribulations qui les pousserait bientôt à chanter haut et fort, le ventre vide, « mbongo ébima ! » (2).

Noël KODIA
(1) Source : compte rendu du conseil des ministres du 28 septembre 2012 tenu à Brazzaville
(2) « Nous voulons notre argent ! »

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