Boko Haram et Al Qaîda sont utilisés comme des chevaux de Troie par l’impérialisme occidental

medjahed

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Ancien directeur de l’Académie militaire interarmes de Cherchell, retraité depuis 2008, le général-major Abdelaziz Medjahed affirme que le ballet des visites d’officiels français et américains en Algérie a pour objectif de «couper l’herbe sous le pied de la Russie». Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il rappelle que l’Armée nationale populaire «a pour principal fournisseur cet ennemi historique de l’Occident, auquel il est impossible de tourner le dos».

Des visites officielles de responsables américains et français de haut rang ont lieu depuis quelque temps en Algérie et, aujourd’hui, le ministre français de la Défense arrive à Alger. Ces visites sont-elles liées à la situation au Mali et en Libye, ou obéissent-elles à des agendas économiques ?

C’est tout le continent africain qui est en pleine crise, pas uniquement le Mali et la Libye. Il y a la Centrafrique, le Kenya, le Nigeria, le Soudan, etc., poussant les Etats-Unis, par exemple, à déployer quelque 5000 soldats déclarés sans compter les bases non déclarées installées au Niger, au Mali et probablement au sud de la Tunisie. Il faut lier les visites à tout l’environnement et non pas à une région seulement. N’oubliez pas qu’il y a trois jours, la France a organisé un mini sommet à Paris, auquel ont pris part cinq chefs d’Etat africains pour, officiellement, coordonner la riposte contre le groupe Boko Haram au Nigeria.

Un groupe qui n’est pas, jusqu’à présent, considéré comme une organisation terroriste…

Boko Haram et Al Qaîda sont les deux faces d’une même pièce. Pour moi, ils sont utilisés comme des chevaux de Troie par l’impérialisme occidental. Nous assistons à une convergence des intérêts des pays occidentaux, à leur tête la France et les Etats-Unis, qui sont les alliés incontournables d’Israël. Ils ont échoué contre l’Iran et la Syrie, d’une part, et d’autre part, ils ont vu que la Russie, leur ennemi historique, qu’ils pensaient endormie, s’est réveillée bien plus forte qu’avant à travers l’Ukraine. Ils ont donc réadapté leurs stratégies en lui coupant l’herbe sous le pied. Ils essayent, par tous les moyens, de dissocier la Russie de ses alliés. Rappelez-vous la visite de John Kerry ; le même jour, il y a eu celle de l’émir du Qatar. Les deux se sont donné le mot pour faire pression sur l’Algérie, afin qu’elle vende à l’Europe du gaz en remplacement du gaz russe qui passe par l’Ukraine.

Sommes-nous en position de force pour faire face aux USA, à la France et à leur allié principal, le Qatar ?

Nous sommes sollicités par tous. Ce qui nous met dans une position de force et donc nous pouvons exiger ce qui va dans l’intérêt de l’Etat. Cependant, ils savent très bien que l’Algérie ne peut, en aucun cas, tourner le dos à son allié incontournable, la Russie.

Vous faites allusion aux contrats d’armement de l’Algérie. Qu’en est-il au juste ?

A part le transport aérien qui est américain et le transport terrestre qui est en grande partie allemand, l’ANP a de tout temps acheté auprès des Russes. Elle ne peut pas tourner le dos à son fournisseur historique qui lui accorde un statut particulier. Nous n’avons pas intérêt à acheter auprès des Français, parce que nous savons tous que derrière la France, il y a le Maroc et Israël. Déjà que dans le domaine économique, elle a le monopole sur une grande partie des marchés dans le transport, le médicament et surtout les banques et les assurances. Voulez-vous que notre armée soit également équipée par l’ancienne colonie ?

La stratégie de notre armée est de se tourner vers des pays comme le Brésil, la Chine et l’Afrique du Sud, qui sont contre l’impérialisme occidental. Nous avons intérêt à être de ce côté plutôt que de l’autre.

Il est important de rappeler que l’Algérie a tout fait pour encourager l’axe Alger-Abudja-Prétoria et faire de In Salah le plus grand site gazier qui approvisionnera par pipe non seulement l’Europe, mais aussi l’Afrique. Le projet était en bonne voie  et avait connu une grande avancée. Curieusement, la situation dans beaucoup de pays que traverse cet axe s’est dégradée : la Centrafrique, le Nigeria, le Kenya, le Soudan etc. Je pense que les Français et les Américains essayeront de nous attirer vers des appâts pour nous éloigner au maximum des Russes afin de conforter leur position en Afrique. Les Occidentaux savent très bien que le continent africain est un théâtre d’affrontement pour ses richesses, mais aussi pour préserver les intérêts d’Israël. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Cela avait commencé en Somalie et en Egypte de Sadate et cela va se poursuivre. Vous savez qu’Israël est présent au Nigeria, au Maroc, au Sénégal, au Mali, pour ne citer que ces pays ; au Cameroun, la sécurité présidentielle est assurée par une unité israélienne. Son plan de faire éclater les Etats qui gênent date de longtemps et, parmi les pays visés, il y a la Somalie, l’Irak, la Syrie, le Soudan et l’Iran, mais aussi l’Algérie et d’autres pays africains. Je dis donc que ce ne sont pas les marchés qui intéressent la France et les USA ; ils veulent affaiblir les relations historiques qui lient la Russie à l’Algérie.

Salima Tlemçani

 

Source: elwatan

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