Baisse du chômage, éradication de l’analphabétisme : les raisons de la victoire de Hugo Chavez

Buenos Aires, Argentine – Il a réussit ! Encore une fois. Dans cette 14ème élection en 13 ans, Hugo Chavez Frias – le chef d’Etat que les atlantistes de droite adorent haïr – a été réélu à la présidence de façon indiscutable et dans des conditions parfaitement transparentes, surveillées par l’Onu, l’UE et l’Organisation des Etats américains.

Deux élections se jouaient ici. L’une opposait Chavez au néolibéral de droite reconverti en démocrate, Henrique Capriles Radonski – un avocat qui représente les compradores [la bourgeoisie locale qui s’est enrichie en faisant du commerce avec les étrangers] alignés sur le consensus de Washington. L’autre opposait l’intégration progressiste sud-américaine au désir de Big Brother d’avoir un pays satellite malléable.

Chavez a avant tout gagné parce que le projet bolivarien a de bons résultats. Les années chavistes – malgré toutes ses failles et un culte de la personnalité débridé – ont recouvré essentiellement la souveraineté nationale du Venezuela, redistribuant la richesse au bénéfice des services publics et des exclus à travers des missions sociales et un salaire minimum décent. On peut appeler cela, comme le dit Chavez, « le socialisme pour le XXIe siècle ». En termes latino-américains, c’est certainement une voie vers une société plus égalitaire.
En fin de campagne électorale, Chavez a tenu à présenter l’image de Guacaipuro – un chef indien commandant les tribus de Teque et de Caracas contre la colonisation espagnole – comme symbole vénézuélien essentiel de la résistance. « Nous sommes tous des Guacaipuro » pouvait-on entendre – avec insistance sur les racines du pays qui se trouvent dans « la résistance aborigène, indienne et des noirs encourageant la lutte des opprimés ».

Pas d’analphabétisme pour le pétrole

Les faits sont saisissants. Le Venezuela détient ce qui est désormais reconnu comme les plus grandes réserves de pétrole de la planète – encore plus grandes que celles de l’Arabie Saoudite. Mais jusqu’à récemment, c’était un Graal énergétique géré par la minuscule élite habituelle, arrogante et rapace, où les masses n’avaient aucune possibilité d’éducation, de logement ou de salaire décents.

Le passé du chavisme est une histoire sur la manière de rendre progressivement horizontale une société verticale. Le chavisme canalise pas moins de 43% du budget de l’Etat vers une panoplie de politiques sociales.

Le chômage a baissé, passant de plus de 20% à moins de 7%. 22 universités publiques ont été construites au cours des 10 dernières années. Le nombre de professeurs est passé de 65.000 à 350.000. L’analphabétisme a été éradiqué. Une réforme agraire est en cours – toujours à l’état de rêve dans la plupart des pays d’Amérique du Sud. Ça n’amuse pas la classe dirigeante – comme ça ne l’amuse pas, pour la même raison, au Brésil, en Argentine ou en Bolivie (au Paraguay, elle est même parvenu à organiser un « coup d’Etat constitutionnel » pour renverser un gouvernement démocratique légitime). Au Venezuela, il y a dix ans, elle est également parvenue a concocté un coup d’Etat – avec le soutien des médias liés aux grandes entreprises – qui a duré trois misérables jours. Les masses criaient « No Pasaran » [Ils ne passeront pas].

Le candidat vaincu, Henrique Capriles Radonski, est, soit dit en passant, une sorte de démocrate nouvellement converti ; il était directement impliqué dans le coup d’Etat d’avril 2002 et a même passé quelques temps en prison pour cela.
Le Venezuela connaît le meilleur coefficient de Gini – ce qui signifie qu’il est le pays le moins inégalitaire – de toute l’Amérique Latine. Dans son rapport de janvier 2012, La Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (connue sous son acronyme CEPAL) affirme que le Venezuela et l’Equateur, entre 1996 et 2010, ont été les meilleurs du continent dans la réduction de la pauvreté.

Dans le même temps, les Américains aux Etats-Unis pourraient être amusés d’apprendre que Gallup a classé le Venezuela 5ème « nation la plus heureuse du monde ». Y a-t-il quelqu’un pour danser la Salsa ?

Il ne faut pas s’étonner que, tandis que les grands médias privés, aux Etats-Unis, en Europe occidentale et en Amérique du Sud, ont colporté sans cesse des histoires de Vénézuéliens rêvant d’exil et de siroter des martinis à Miami, le fait est qu’un tas de jeunes Espagnols, sans avenir en Europe, viennent au Venezuela pour trouver du travail.

Par Pepe Escobar

Source: alterinfo

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