L’écrivain congolais ALAIN MABANCKOU fait son entrée dans le Petit Larousse

Par Lucien PAMBOU
juin 10, 2017 à 9:34

indeALAIN MABANCKOUALAIN MABANCKOU : Ecrivain congolais émérite et pourfendeur de l’injustice au Congo fait son entrée dans le Petit Larousse.

Alain Mabanckou est un Congolais dont nous devons être fiers dans le domaine de la littérature. Comme Rufin, écrivain, académicien et ancien ambassadeur français au Sénégal, comme Macron, nouveau Président de la République française, Alain Mabanckou fait son entrée au sein de la 200ième édition du Petit Larousse.  C’est une reconnaissance intellectuelle forte pour un des nôtres, dont nous devons être fiers, quelles que soient nos origines ethniques et nos options politiques différentes. C’est un Congolais qui porte haut le nom du Congo Brazzaville à travers la littérature. Des écrivains, le Congo n’en manque pas, comme Henri Lopes, Tchicaya Utam’si, Sony Labou Tansy, Menga, Tati Loutard, Emmanuel Dongala, etc.

Mabanckou est celui qui va plus loin car il ne se contente pas d’être un écrivain reconnu, c’est aussi un pourfendeur de l’injustice politique au Congo car il estime que le silence de la France concernant l’élection de Sassou en 2016 à la Présidence de la République, est un silence coupable qui conduit le Congo aujourd’hui dans une situation de déséquilibre institutionnel. Alain Mabanckou a été très clair le 12 mai 2016 lors d’une interview à RFI : « l’élection présidentielle au Congo est frappée d’une petite vérole, sorte de maquillage, ainsi que la situation dans laquelle se trouvent beaucoup de membres de l’opposition ».

Né à Pointe Noire en 1966, Mabanckou a axé sur partie de son œuvre sur les quartiers de Rex et de Mawata que je connais car une partie de mon enfance s’y est déroulée, vivant tour à tour du côté du quartier Roy et Mvoumvou. Auteur de « Verre cassé » (2005, éditions du Seuil), des « Mémoires de Porc-épic » (2006, Prix Renaudot), de « Petit piment » (2015), Mabanckou joue avec les clichés sur les Africains. Il évoque les violences sur les peuples et dans tous ses essais, il problématise la question des identités et lutte contre les communautarismes. En ce moment, il participe à Paris, avec un autre Congolais Emmanuel Dongala, à un forum sur la langue de naissance et la langue de l’écrivain. Alain Mabanckou est le premier Congolais à être, pour un , titulaire de la chaire de la francophonie au Collège de France. C’est une marque de reconnaissance forte pour les écrivains congolais et africains. On ne peut que s’en féliciter comme Africain et se réjouir comme Congolais. Sachons reconnaitre la compétence professionnelle des nôtres. C’est peut-être ce qu’il manque au Congo-Brazzaville pour travailler sous les auspices de la raison et non la traditionnelle empathie qui nous caractérise souvent, même quand la raison domine. Il n’y a pas deux Mabanckou, mais un seul et rendons lui hommage, même si on n’est pas d’accord politiquement avec lui.

Le travail de Mabanckou s’inscrit dans cette nouvelle génération d’écrivains africains qui souhaitent renouveler la pensée post-coloniale de la littérature africaine par une déconstruction sémantique et un renouvellement de l’imaginaire qui permet de mieux saisir le rôle de l’intellectuel africain dans un monde qui se planétarise, si on reprend l’expression de Achille M’Bembé (Philosophe camerounais, enseignant en Afrique du Sud). C’est dans cette même veine que l’on peut comprendre les ateliers de la pensée qui se sont tenus récemment à Dakar, organisés par le Professeur Felwinn Sarr.

Alain Mabanckou est un compatriote que je connais bien pour l’avoir rencontré à Brazzaville au cours d’une conférence sur la littérature organisée par les Dépêches de Brazzaville et l’association bretonne Les Etonnants voyageurs février 2013. J’y étais présent en tant qu’analyse politique et lui comme écrivain. J’y ai animé des tables rondes. Tous les membres de la conférence étaient conviés et présents. Mes relations avec Mabanckou se sont poursuivies aussi au Salon du Livre à Paris où, en tant qu’animateur des tables rondes, nous avons continué à deviser. Nous nous connaissons.

Mabanckou a pris une position politique qui est à la hauteur de son œuvre. C’est un homme écouté dans le monde des lettres et des arts, c’est un intellectuel engagé qui, selon lui, estime qu’il ne pouvait plus se taire en écoutant cette voix de la jeunesse congolaise qui lui demandait d’intervenir, de ne pas rester silencieux car les populations congolaises se meurent dans une prison à ciel ouvert qu’on appelle le Congo. Mabanckou a donc critiqué la modification de la constitution par Sassou et pointé le silence complice de Hollande. A la manière de l’écrivain Emile Zola dans l’affaire du Capitaine Dreyfus, Mabanckou pourfend l’injustice au Congo Brazzaville.

D’autres intellectuels peuvent-ils en faire autant ? On ne peut pas répondre de façon binaire par un oui ou par un non car la situation réseautale  au Congo dominée par des alliances, des mésalliances entre les vainqueurs d’un jour qui deviendront demain les vaincus, laissant leur places aux vainqueurs de demain, compliquent l’analyse de la situation politique au Congo. Manbanckou pointe par sa hauteur de vue l’indigence politique au Congo et l’incapacité de ses acteurs à construire un modèle démocratique réel.

On peut compléter que l’absence de conception d’Etat-nation et le véhicule tribal, comme facteur modèle de gouvernance politique par les acteurs politiques congolais, est un frein pour l’édification d’une République réelle. Je termine en empruntant à Mabanckou la fin de son interview à RFI  le 12/05/2016 : Mabanckou conclut son interview en disant qu’il ne sait pas ce qu’il faut faire pour cette affaire présidentielle au Congo, mal gérée par la France,  mais il ne restera pas silencieux ; si ça doit pendre cent ans, il continuera à gueuler.

Par Lucien PAMBOU

Analyse politique congolais.
Economiste
Co-fondateur et ancien Secrétaire général du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France 2005-2008)
Ancien Conseiller municipal Les républicains (2008-2014)
Publié le 10/06/2017 par congo-liberty.com

Source:congo-liberty.com

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