Afro-centrisme et fierté africaine: Existe-t-il une autre alternative ?

Dans le débat qui se tient en ce moment entre Africains à propos de l’utilité réelle ou supposée de l’afro-centrisme ainsi que sur la pertinence du rêve panafricaniste, il peut paraitre difficile de se retrouver dans les différents points de vue des nombreuses élites académiques et experts scientifiques qui se penchent sur ces questions essentielles.

La nature ainsi que la teneur du récent échange de points de vue qui a commencé avec ‘’les erreurs de nos prédécesseurs’’ pour aboutir à une ‘’mise au point concernant les errements’’ de nos chercheurs et scientifiques actuels n’augurent rien de bon pour ce qui est des différents axes que seront emmenés à suivre nos successeurs dans leurs recherches au sujet de notre identité réelle.

À propos de nos connaissances générales, on dit souvent d’elles qu’elles ne restent jamais figées et qu’elles sont en constantes évolutions. Elles se nourrissent de nouvelles trouvailles, d’indices nouveaux ainsi que d’hypothèses plus ou moins pertinentes afin de s’enrichir et de continuer à se développer. L’apport continu de ces nouveaux éléments permet d’éclaircir les zones d’ombres et points de blocage dans la résolution de certaines de nos énigmes en tant qu’êtres humains. Dans certains autres cas, ces apports nous dirigent vers de toutes nouvelles directions en remettant carrément en cause plusieurs décennies sinon plusieurs siècles de certitudes ou d’unanimités apparentes sur bien de sujets données. Aujourd’hui, un article concernant les origines de l’homme a été publié sur plusieurs sites d’information. Cet article nous apprend que nos origines en tant qu’êtres humains, que nous croyions localisées en Afrique se trouveraient en fait du coté du continent asiatique. Bientôt, assurément devrait-on dire, toutes les choses que l’on prenait pour acquis sur les origines de l’homme, rencontreront un grand bouleversement. Des changements de paradigmes qui viendront mettre le doute dans nos certitudes ou qui viendront tout simplement les remplacer par de toutes nouvelles. Il faut rappeler encore une fois que l’on ne peut être contre l’évolution ainsi que les mises à niveaux dans les différentes formes de connaissances qui ressortent des travaux qui sont effectués. Mais hélas, force est de constater que bien trop souvent, ces évolutions dans les cultures générales et dans les recherches scientifiques se font d’une manière qu’on peut qualifier d’un peu bizarre pouvant même aller jusqu’à laisser penser à une forme de régression en ce qui concerne un continent en particulier. (cf.: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2012/06/06/003-decouverte-primate-anthropoide.shtml)

D’abord, on a découvert que tout comme la première civilisation de l’humanité l’a été avant elle, l’écriture était née en Afrique vers environ -3400. Pendant longtemps, les Africains ont été contents et fiers. Ils étaient à l’origine du développement et de la transmission des connaissances écrites et donc historiques. Par la suite, il n’en était tout simplement plus question. Plusieurs historiens et archéologues ont découvert et démontré qu’il devait être plus logique de penser que ce fut dans l’Antique Mésopotamie que les plus anciens regroupements d’hommes en cités ainsi que les premières assemblées politiques, administratives, législatives, religieuses et étatiques se sont développées. Certains parmi eux ont aussi prouvé à travers plusieurs indices et découvertes scientifiques qu’il avait existé à Sumer dans le même univers mésopotamien, des marques cunéiformes assez lisibles qui pouvaient remonter dans le fil du temps jusqu’à -3500. Soit juste 100 années qui tombent bien à pic pour faire toute une différence. Un bon siècle assez suffisant pour se situer bien avant les hiéroglyphes égyptiens. Le message est apparu par la même occasion assez claire les Africains. Non seulement l’Afrique leur continent n’était plus à travers l’Antique Égypte le berceau de la civilisation, mais en plus l’écriture ne provenait plus de chez eux aux sens académiques et scientifiques du terme et ces derniers pouvaient sur ce point précis commencer à mettre leur fierté de coté. Par la suite, on nous a dit et cela de très bonne foi et en toute logique que l’homme était apparu en Afrique. Encore une fois, les Africains ont été contents et fiers. Et pour une bonne raison. Ils étaient les ancêtres de l’humanité. Mais sur ce point encore, on devrait commencer à s’habituer à l’idée opposée. Des chercheurs finiront par théoriser et par certifier l’hypothèse contraire avec pour conséquence de toutes nouvelles conclusions qui pourraient en découler. À terme, l’Afrique ne sera plus le berceau de l’humanité. Dès lors que ces preuves scientifiques deviendront irréfutables encore une fois sur le plan scientifique, on nous dira qu’il faudrait désormais considérer l’origine de l’homme sous un autre nouveau. Cette origine devra dorénavant se rechercher non seulement de façon officielle, mais aussi pour répondre à l’objectivité scientifique vers le continent asiatique. Avec tout ce que cela peut impliquer. Soit finalement, pas vraiment de quoi se vanter, ni de célébrer quoi que soit au sujet de cette question, du côté africain.

Sera-t-il un jour reconnu à ce pauvre continent au sens propre comme au figuré, quelque chose qui puisse lui donner ne serait-ce qu’un petit brin de fierté. Cela, en mettant bien sûr de côté les productions de banane et de cacao, les dictateurs désignés ainsi que certaines richesses naturelles qui ont choisi par hasard, mais injustement et maladroitement aux yeux de certains son sous-sol. En ce qui concerne les ressources, la technique du déni de ce qui devrait revenir à l’Afrique et aux Africains est très bien rodée. Elle est connue de tous et continue d’être dénoncée dans la mesure du possible selon les moyens qui sont disponibles. Pour ce qui est de la culture en général, de l’histoire et de certaines données de la civilisation en particulier, de plus en plus d’Africains se plaignent qu’une autre stratégie semble avoir été choisie au détriment de leur continent. La liste des exemples est longue. On peut en citer quelques-uns qui sont présentés par ces derniers comme assez pertinents.

Alors qu’ils auraient mieux aimé que le contraire soit accepté et reconnu de tous, on cherche à démontrer à certains auteurs africains et cela à leur grand désarroi que les anciens Égyptiens n’étaient pas de race noire. Quitte à clore le débat en plein suspens sans y apporter de réponses définitives devant les preuves solides qui sont apportées pour démontrer la véracité de la première hypothèse. Pour l’instant, nous n’en savons rien. Dans le même sens et avec l’aide précieuse de l’industrie et de l’univers hollywoodien, la souveraine Cléopâtre suit le même cheminement. Belle certes, mais surtout et d’abord bien de race blanche. À d’autres niveaux, on découvre certains documents et certains textes qui tentent de démontrer des choses d’une manière assez surprenante. On nous dit par exemple que ce ne sont surement pas les noirs africains qui ont bâti les solides et splendides murailles du Grand Zimbabwe mais, des marchands phéniciens qui passaient par la et qui sont répartis sans laisser de traces. Dans ce cas-là, on n’a souvent pas besoin de preuves ‘scientifiques’. On n’a pas vraiment besoin d’aller en chercher très loin. La démonstration est souvent très simple. Des ouvrages d’une telle nature et surtout d’une telle grandeur, les Africains ne sont tout simplement pas capables d’en réaliser. On tiendra de tels propos même si ces réalisations sont situées en plein cœur de leur continent à une époque ou les contacts avec les autres civilisations n’étaient ni fréquents, ni de longues durées. Les grands édifices ainsi que la grande bibliothèque de Tombouctou ne proviendraient pas non plus de ces derniers. Leurs bâtisseurs sont vraiment des conquérants arabes perdus dans le coin. Les Africains n’ont pas pu se rendre sur le continent américain qui fut opportunément ‘découvert’ par Christophe Colomb. Lequel l’a rencontré par hasard en cherchant par l’Ouest la route qui devait le mener en orient. Impossible que les Africains se soient rendus aussi loin. Ils ne pouvaient pas maitriser les techniques de la navigation en mer. On trouvera peut-être bientôt une ou des explications théoriques et très ‘scientifiques’ mais ‘non africaines’ aux statuts de type négroïde qu’on retrouve chez bon nombre de peuples amérindiens. Pour l’instant, elles sont plantées à ces endroits par hasard. Il paraitrait aussi selon certains plusieurs auteurs africains, mais aussi étrangers au continent noir, que les proto-Cananéens de même que les jébuséens, premiers habitants de la Jérusalem antique avaient la peau un peu foncée. Oui peut-être, mais, on n’en parlera pas trop. Les certains pourraient s’en enorgueillir. En plus, par les temps qui courent, à cette époque qui est la nôtre, il faut reconnaitre que la situation dans cette partie du monde est déjà assez compliquée comme ça.

Il semble en effet que rien de ce qui est important sur terre et pour l’histoire des hommes ne saurait provenir de la Terre des noirs ou encore moins des individus qui y habitent. Les noirs en général et les Africains en particulier n’auraient donc rien inventé, rien bâtie, rien construit, rien pensé, rien élaboré, rien compté, rien calculé, rien apporté, rien fait. Cette idée parait tout à fait normale pour ceux qui se sont déjà auto-convaincus du fait que ces derniers n’ont aucune espèce d’histoire. Il suffirait pour ces derniers de regarder vers le sud pour avec un peu de chance entrevoir la terre de ceux qui n’ont jamais rien fait de bon dans ce processus d’évolution de l’espèce humaine. Soit, leur histoire ne se résume à rien du tout. Ou alors elle se limite aux miettes qu’on voudrait bien leur offrir. Tout doit provenir d’ailleurs pour ceux qui sur tous les plans, sont incapables de se prendre eux-mêmes en charge. Dans le cas spécifique qui concerne les origines préhistoriques de l’homme, est-ce qu’on part de l’Afrique vers l’Asie pour pouvoir mieux revenir vers l’Europe ? Est-ce le continent à qui et vers qui tout devrait toujours revenir ? À bien observer les choses, l’on serait tenté de donner raison aux détracteurs de ce parcours historique et officiel de la race humaine qui ne reconnait rien à l’homme noir et à son continent. De façon plus générale, sommes-nous en train d’assister à certaines formes de grands écarts technico-scientifiques pour ne pas reconnaitre ne serait-ce que le minimum d’apport à l’histoire et aux connaissances de l’humanité qui proviendrait du continent africain et qui serait logiquement vérifié. Certains se donnent-ils un droit supérieur à quelques réévaluations des archives ou à quelques réécritures de l’histoire. Ou alors se sert-on de la science et des technologies pour atteindre certains objectifs. On sait tous qu’à travers les manipulations des données qu’ils possèdent et en fonction des hypothèses ou des pistes qu’ils ‘décident’ de privilégier dans leurs recherches, les chercheurs peuvent très bien arriver dans la majorité des cas à prouver et à démontrer toute chose et son contraire à la fois.

Nous devons tous honnêtement reconnaitre le fait qu’il n’est pas nécessaire et même qu’il est assez maladroit de rechercher pour soi une gloire que l’on ne mérite pas. Mais, d’un autre côté, il est aussi important de reconnaitre les éléments qui peuvent contribuer à certains de se bâtir une fierté au cas où ces éléments seraient vraiment avérés. C’est bien en reconnaissant de façon objective la contribution de tout un chacun à la construction et à l’évolution de cette belle humanité que l’on pourrait arriver dans ce long cheminement à briser les murs de la honte et du mépris qui nous séparent. Il pourrait alors devenir possible pour tous, de pouvoir enfin concrétiser dans les faits cette maxime fort justement proclamée universelle, mais demeurant tout de même assez prescriptive dans son essence et qui prônait déjà et avant toutes choses, l’égalité sur terre entre tous les hommes. En reconnaissant l’apport de certains peuples, on reconnaitrait en ces derniers des individus indispensables et importants. On reconnaitrait par la même occasion, des individus capables d’avoir été en mesure eux aussi de réaliser des choses ayant servi pour le bien de tous en ayant été en mesure de fournir des éléments à très haute valeur ajoutée pour la conscience humaine. On reconnaitrait surtout en eux des êtres qui sont dépositaires d’un certain savoir et de certaines connaissances peut-être aujourd’hui perdue, mais qui auraient quand-même aidé à contribuer à certains moments donnés de l’histoire, aux différentes étapes de l’avancée de l’humanité tout entière.

Or, concernant l’Afrique et l’homme noir, pourquoi a-t-on l’impression que l’on cherche forcément à tout faire pour prouver le contraire en déniant certaines réalités ou en tordant le cou à certaines logiques ? Fait-on cela au mépris des faits et des données et des éléments objectifs et selon des desseins cachés qui consisteraient à vouloir rabaisser les autres à travers un lot des connaissances techniques et/ou scientifiques ? Il serait très maladroit et très malvenu de considérer cette assertion comme étant vérifiée car, pour l’instant, il est difficile de trouver des preuves qui la soutiendraient de façon objective. Mais en attendant d’avoir un plus grand éclairage sur ce point précis, une autre question mérite elle aussi une réponse assez élaborée du coté justement de ceux qui se plaignent. L’héritage du professeur Cheik Anta Diop serait-il si lourd à supporter. Depuis que nous a quittés l’un de nos plus illustres défenseurs, on peut se poser la question de savoir où sont donc passés les scientifiques africains et qu’est-ce qu’ils font. Où sont nos historiens, nos chercheurs, nos élites, nos éducateurs, nos informateurs. Ou sont-ils quand justement nul n’a besoin d’un autre pour écrire son histoire à sa place. Ou sont-ils quand on a besoin d’eux pour tenir la barre haute, pour démontrer et vulgariser des découvertes tangibles et soutenir des démonstrations qui constitueraient enfin de bons éléments de fierté et de dignité. Il doit bien exister quelque part un patrimoine assez riche ainsi qu’un bon nombre de connaissances provenant des noirs en général et des Africains en particulier dans certains domaines importants de la vie. Il serait peut-être temps de mettre de côté les querelles stériles afin de bâtir un cadre concerté de travail. Cela pourrait constituer l’effort nécessaire qui permettrait enfin d’éviter aux noirs et aux Africains de ne mériter que de ne constituer que l’antichambre de cette belle humanité dont tous, nous faisons partie.

Romarick Okou

Sympathisant à la cause panafricaniste

Combattant pour la primauté des droits de la personne

Militant pour l’égalité entre les hommes

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