Afrique, Rébellion mode d’emploi

Afrique, RébellionI – Ceux qui pensent que les rebellions vont cesser dans les jours prochains, se trompent lourdement d’époque. En ces temps de bruits et de fureurs, les rebellions vont se multiplier sur le continent africain comme des champignons après la pluie. Les années à venir comportent des risques graves de déstabilisation pour tous. La rébellion, c’est le moyen le plus simple pour le politicien sans avenir ou pour celui qui n’a pas terminé ses études ou encore pour celui qui ne sait ni lire et écrire de se réaliser et de donner un sens à sa propre vie.

Les africains affrontent sans le savoir une période semblable aux temps sanglants des mouvements de guérillas en Amérique latine. Quand les guérilleros barbus s’emparaient du pouvoir à la Havane le 1er janvier 1959, personne ne voyait venir l’effet boule de neige et surtout l’ampleur des mécontentements qui allaient pousser les uns et les autres à faire le choix tragique de la lutte armée comme voie de solution pour arriver au pouvoir.

Observez bien les zapatistes au Mexique, les sandinistes au Nicaragua, les FARC en Colombie, le Sentier Lumineux au Pérou, le front Farabundo Marti de libération nationale au Salvador, l’unité révolutionnaire nationale du Guatemala, les Montereros de l’armée révolutionnaire du peuple d’Argentine sans parler du mouvement de libération nationale Tupamaros d’Uruguay. Bref beaucoup de ces mouvements ont été désarmés et d’autres sont aujourd’hui encore très actifs.

Le bilan de leurs actions est devant nous, ils ont plongé de nombreux pays dans l’instabilité, retardé des nations, détruit de nombreuses infrastructures et par-dessus tout ont provoqué la mort de nombreuses personnes pour la plupart des innocentes victimes de conflits qui, ironiquement étaient censés leur apporter la paix, la sécurité et le bonheur.

En Afrique avec des complicités étrangères et celles du voisinage, des rébellions sont arrivées au pouvoir sans apporter la paix, la sécurité et le bonheur pour tous. Le Congo des Kabila et fils est sous nos yeux. Les rebelles une fois au pouvoir sont sur le qui-vive et voient dans l’expression de la moindre différence une forme d’opposition inacceptable.

Les braquages, les coupeurs de routes et les cambriolages se multiplient. Les prisons sont bondées des adversaires politiques. Des tueurs qu’on n’identifiera jamais écument villes et campagnes au nez et à la barbe de gouvernements plus préoccupés à placer les membres de leur groupe ethnique ainsi que leurs neveux, cousins, frères et nièces dans les institutions de l’état. Nous faisons le pari que bientôt les tantes, les oncles et les grands-mères, seront sollicités pour occuper des postes de responsabilités dans nos malheureux pays africains.

Les partisans du groupe ethnique rebelle sont tranquilles et assistent dans une sorte de jouissance sans fin à la maltraitance des autres composantes de la nation humiliée, qui a désormais la terreur comme compagnon de route. Les prières n’y changeront rien, c’est celui qui a les armes qui détient le pouvoir. Les vaincus ont le choix entre l’exil, prison ou mourir égorgés après avoir assisté au viol de sa fille, de sa femme, au pillage de sa maison et la perte de son travail.

II – Des exemples concrets

Une rébellion dans le cas qui nous intéresse est un soulèvement armé pour changer par la force des armes l’ordre politique et institutionnel d’un pays. C’est l’armée de résistance nationale Ougandaise, avec à sa tête un certain Yoweri Museveni, qui chassa le général Tito Okello du pouvoir à Kampala le 27 janvier 1986, depuis l’Ouganda est un pays militarisé, où l’opposition est sûre et certaine de perdre toutes les élections qu’organisera le régime au pouvoir à Kampala.

La découverte du pétrole au Tchad et son éventuel exploitation vers le début des années 1980, avait complètement déstabilisé ce pays à travers des rébellions et des interminables mouvements d’insurrections. De Goukouni Ouaddaï, à Hissen Habré pour arriver à l’actuel président Tchadien Idriss Deby ITNO.

L’armée populaire de libération du soudan de John Garang, est aujourd’hui au pouvoir à Djuba, la capital du Soudan du sud, après une sécession dans la douleur avec le Soudan.
Le front patriotique rwandais qui est aujourd’hui au pouvoir à Kigali, était d’abord et avant tout un mouvement armé des opposants au régime génocidaire Hutu du général d’opérette Juvénal Habyarimana.

Au Libéria, la rébellion de Charles Taylor initiée en décembre 1989 dans la région du Nimba, a certes chassé Samuel Doé du pouvoir, mais en ruinant complètement ce pays qui a du mal à se relever aujourd’hui au plan économique et social.

Dans la Sierra Leone voisine, la rébellion déclenchée par le front révolutionnaire uni, opposé au régime du président joseph Momo. Ce pays est sorti complètement exsangue d’une guerre civile atroce entre 1991 et 2002. C’est également une rébellion politique et militaire dirigée par Laurent Désiré Kabila qui chassa Mobutu du pouvoir en mai 1997.

En ce qui concerne la Côte d’ivoire, c’est le pays malade qui se croit guéri alors que les métastases de son état cancéreux, progressent rapidement des poumons vers le cerveau. La rébellion de septembre 2002 et la crise électorale n’ont pas servi de leçons aux dirigeants politiques de ce pays, qui n’est rien d’autre qu’un malade en rémission.

Le cas du Mali est devant nous, avec la proclamation de la république fantasmagorique de l’AZAWAD, par la rébellion du MNLA. Un coup d’Etat militaire, une désorganisation totale du pays, un président provisoire et une intervention étrangère, celle de la France pour libérer un pays à bout de souffle. Voilà le Mali totalement exsangue lui aussi dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition.

III – Mode opératoire des rébellions en Afrique

A – Il faut avoir la presse et l’opinion internationale à ses cotés quand on déclenche une rébellion. Les islamistes du nord du Mali avaient perdu la guerre le jour où ils se sont mis à appliquer la sharia en plein désert. Les images des mutilations, avaient profondément choqué le monde et desservies leurs causes.

Tandis que Les images de la famine et des enfants malades à l’intérieur du réduit biafrais en 1968, avaient fait le tour du monde et suscité de nombreuses sympathies à la cause du Biafra, alors qu’en réalité c’étaient des sécessionnistes qui voulaient faire voler en éclat l’ensemble fédéral nigérian.

Dans le même registre, notre frère, Patrice Lumumba, le président du mouvement national congolais et premier ministre du Congo fut présenté en 1960, comme un communiste notoire agent de Moscou, opposé aux intérêts occidentaux. Tandis que Moïse Thsombé un falot et une marionnette insignifiante, qui deviendra premier ministre du Congo, fut présenté comme un sage et un visionnaire ami de l’occident. Celui qui écrit ces lignes fut témoin de son arrivée à Abidjan en mai 1965 pour participer au sommet des pays membres de l’OCAM. Une de ces organisations africaines à la remorque de la France qui n’existent plus aujourd’hui. Comment avons-nous pu aller aussi loin dans irresponsabilité ?

C’est dans ce même but que, Charles Taylor, fut présenté au début de sa rébellion, comme le sauveur qui venait délivrer le Liberia de la dictature criminelle de Samuel Doe. Tandis que le FPR, qui venait mettre fin au Génocide des Tutsis du Rwanda était présenté comme des criminels antis hutus soutenus par le voisin anglophone Ougandais. C’est cette vision manichéenne qui avait poussé la France dans le camp des génocidaires Hutus rwandais.

C’est à ne rien comprendre de la cohérence et de la morale en politique. Ne parlons même pas de Gbagbo Laurent qui fut présenté comme un dictateur sanguinaire. Alors qu’on passait sous silence les exactions de la rébellion ivoirienne. On peut aujourd’hui acheter la presse et l’avoir avec soit, c’est un atout précieux pour faire triompher la cause d’une rébellion, Laurent désiré Kabila avait cet avantage avant d’affronter sur le terrain les FAZ, l’armée zaïroise de Joseph Désiré Mobutu. Il s’agit ici de comprendre l’histoire humaine avec les lunettes de la cohérence que la raison exige de nous.

B – Une rébellion stock d’abord une importante quantité d’armes, des munitions, des vivres et des médicaments sur sa base arrière. En second lieu, la rébellion s’appuie toujours sur un pays voisin qui lui sert de base de replie et d’approvisionnement logistique. Il ne faut jamais déclencher une guérilla ou une rébellion sans base arrière.

L’Armée de résistance nationale qui porta Museveni au pouvoir en 1986 avait le soudan comme base arrière. Pour le FPR au Rwanda ce fut l’Ouganda. La rébellion de Charles Taylor est partie de la région Ouest de la Côte d’Ivoire. La rébellion casamançaise qui dure depuis plus de vingt ans et qui a plusieurs fois endeuillé le Sénégal est adossée à la Guinée Bissau.

Le front révolutionnaire uni de Sierra Leone, est parti du Liberia. C’est le Rwanda qui fut la base arrière de l’AFDLC, l’alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo. La rébellion politique et militaire qui chassa Mobutu du pouvoir le 16 mai 1997. Ce n’est un secret pour personne que le MPCI de Soro Guillaume qui endeuilla la Côte d’ivoire par une rébellion sans fin fut constitué, entrainé et préparé au Burkina Faso.

La rébellion touareg actuelle au Mali, fut constituée en Lybie au lendemain de la chute du colonel Kadhafi. La rébellion touareg du Niger dans les Massifs de l’Aïr que dirigeait Mano Dayak bénéficiait du soutien de la Lybie. La rébellion armée du M23 qui est en lutte contre le gouvernement congolais de Joseph Kabila, a le Rwanda comme base arrière. Les rebelles du Séléka qui sont au pouvoir aujourd’hui à Bangui au Centrafrique, sont venus du Tchad voisin. Nous pouvons multiplier les exemples à l’infini pour démontrer que sans base arrière il est difficile de mener avec succès une rébellion.

La sécession katangaise de Moïse Thsombé prend fin le 17 janvier 1963, par une intervention massive des forces de l’Onu, mais aussi parce que les forces sécessionnistes n’avaient pas de base arrière. La rébellion des bamilékés du Cameroun fut écrasée de 1960 à 1970, car elle n’avait pas de base arrière.

Les irrédentistes de la région du Guébié en janvier 1970 en Côte d’Ivoire furent écrasés parce qu’ils étaient dans une localité précise et sans base arrière. La rébellion biafraise au Nigeria, de 1967 à 1970 fut écrasée par le blocus, par la puissance des forces fédérales mais aussi parce qu’elle n’avait pas de base arrière. L’histoire est sous nos yeux.

III – Négociation avec une rébellion

Dès le déclanchement d’une rébellion qui arrive toujours par effet de surprise et des prises de villes et une avancée face aux forces loyalistes toujours en retard d’un combat. Pourquoi la plupart des armées nationales volent toujours en éclat face à une rébellion de 200 à 300 combattants au départ ?

C’est parce qu’elles sont des armées ethniques corrompues et tribales rassemblant des gens qui n’ont que leur groupe clanique et tribal comme projet de société. Elles sont souvent utilisées pour mater dans le sang les autres groupes ethniques, elles servent plus à protéger un pouvoir qu’à défendre un État. Les officiers compétents sont relégués à des fonctions administratives pour les éloigner des hommes de troupe. Les grades y sont distribués non pour des faits d’armes mais pour la proximité qu’on entretien avec le pouvoir en place.

Une telle armée de gens corrompus et inconscients, vole en éclat lorsqu’elle est en face d’un groupe aguerrit au combat, bien discipliné, motivé et qui se bat avec une puissance de feu qui ne laisse pas de place à l’improvisation. En plus, la plupart du temps les rebellions arrivent dans le but de chasser un régime ignoble, détestable et criminel, celui de Mobutu par exemple.

La victoire du FPR et son entrée à Kigali, la victoire des forces de Laurent Désiré Kabila face à l’armée Ngbandi de Mobutu. L’entrée triomphale de Yoweri Museveni à Kampala après la fuite de général Tito Okéllo, la victoire militaire des forces d’Idriss Deby Itno et la fuite d’Hissen Habré ou la ferveur populaire qui avait accompagné l’entrée des sandinistes nicaraguayens à Managua le 19 juillet 1979 après la fuite d’Anastasio Somoza, ou plus près de nous la fuite de François Bozizé et la prise de Bangui par le Séléka au Centrafrique.

Ce sont des images à mettre sur le compte de l’aveuglement qui conduit toujours les pouvoirs politiques dans le tiers monde à ne regarder que leur petit nombril et rien d’autre. C’est dans cette situation que les rebelles la plupart du temps arrivent en force à la table de négociations organisées par les pays voisins, ils multiplient les exigences face au tergiversations des pouvoirs en place pris à la gorge par des gens dont la plupart ne savent ni lire et écrire.

– Ils demandent parfois la démission pure et simple du président de la république même s’il a été élu par le peuple.
– Ils demandent la formation d’une armée nationale incluant les forces de la rébellion.
– Le cessez-le-feu sans désarmement de la rébellion.
– La libération des prisonniers rebelles.
– L’amnistie pour les atrocités commises par les forces rebelles.
– La formation d’un gouvernement d’union nationale de transition avec des ministères à part égale avec la mouvance rebelle. Comment des gens qui n’ont jamais géré un village ni une commune peuvent-ils gérer un pays du jour au lendemain?
– Au besoin ils imposent le chef de la rébellion à la primature du pays.
– L’organisation de nouvelles élections dans le cadre d’une transition de deux à trois
Ans.
– La mise en place d’une commission électorale indépendante présidée par un proche de la rébellion
– Le déploiement des forces de l’ONU, de la CEDEAO ou de la CEEAC

Bref on a retrouvé de tels types d’accords un peu partout en Afrique, c’est la force qui prime sur le droit. Entre temps le désarmement, l’encasernement des rebelles et surtout l’administration des villes aux mains des rebelles et le sort des populations civiles qui s’en occupe ?
– Mieux encore l’exploitation des ressources nationales en zone occupées par la rébellion est à la charge de qui ? Au profit de qui ? Et qui doit payer les fonctionnaires de l’état en partie occupé par la rébellion? On laisse ainsi le régime en place patauger dans la boue et s’affaiblir dans des problèmes insurmontables.

Revisitez les accords de Marcoussis dans la crise ivoirienne, les accords de Libreville dans la crise centrafricaine, les accords de Kampala dans la crise congolaise, les accords d’Arusha pour le Rwanda et pour le Burundi, sans nous attarder sur les multiples accords, d’Accra, de Pretoria et de Ouagadougou qui ont conduit la Côte d’ivoire au bord du précipice.

Les rebelles quant-ils sont en position de force multiplient les manœuvres dilatoires ou formulent des exigences farfelues pour faire capoter les négociations et faire de la surenchère par exemple exiger le ministère de la défense et celui de l’intérieur dans le gouvernement de transition. L’histoire est notre témoin et nous indique que des jours sombres sont encore devant les peuples africains.

Un conseil national de transition qui n’a aucune légitimité, mais reconnu par une tiers puissance peut demain se lever à l’extérieur de nos pays et demander l’aide de pays qui convoitent nos richesses pour mener un conflit armé et faire chuter un président démocratiquement élu dans un pays africain. Ce scenario qui ressemble à une fiction est une amère réalité de notre temps.

IV – Exactions, pillages, razzias et crimes de la rébellion

C’est bizarre mais nous n’avons pas encore vu une rébellion avec un projet de société clair et précis capable de fédérer les forces vives de nos pays en ayant pour but l’unité, la réconciliation nationale, la sécurité et la dignité de tous. Que celui qui en trouve un seul exemple nous fasse signe car cela nous intéresserait au plus haut point.

Observez les touaregs de l’Azawad, Bilal Ag Acherif. Charles Taylor au Liberia. Laurent Nkunda, au Congo, Fodé Sankho, en Sierra Leone. Le très musulman Michel Djotodia, aujourd’hui au Centrafrique et tous les oiseaux du même plumage un peu partout en Afrique. Pensez vous sincèrement qu’ils sont intéressés comme des philanthropes par les souffrances de nos populations africaines ? De rebellions en contre rébellions cela risque d’être durablement notre destin.

Lorsqu’une rébellion et sa coalition de politicards complices, s’emparent du pouvoir, les libertés publiques et surtout la liberté d’expression deviennent immédiatement une chimère. Les partis d’opposition et leurs meetings sont interdits à part ceux qui collaborent à plat ventre en position de soumission totale face au nouveau pouvoir dans l’attente de quelques miettes et autres strapontins ministériels.

La population se divise alors en trois camps, parfois opposés. Ceux qui soutiennent la rébellion et qui veulent régler des comptes personnels avec le groupe ethnique et les apparatchiks du pouvoir renversé. Ceux qui potentiellement veulent s’opposer au nouveau pouvoir et ceux qui veulent vaquer à leurs occupations quelque soit le régime en place.

Entre temps le pillage et le meurtre gratuit, les emprisonnements arbitraires, les exécutions sommaires et autres expropriations deviennent le cœur battant du nouvel l’ordre nationale des vainqueurs. La rébellion victorieuse affiche son arrogance, sa suffisance et son mépris pour les droits humains et son pire ennemi, la liberté d’expression. Il n’y a qu’à les observer ces rebelles pour se rendre compte qu’ils croient tous avoir atteint la puissance et le but final de leur vie sur terre : maltraiter les autres.

Le pillage apparaît alors comme une sorte de << redistribution >> forcée. Il existe depuis que les hommes accumulent des biens privés, construisent des maisons, des villes, soit depuis l’homme des cavernes. La razzia était pratiquée dès avant l’antiquité et des cités comme Jérusalem, Babylone, Rome, Alexandrie, Constantinople, Troie, Carthage, Ninive, Samarkand, Ispahan, Bassora, Alep et chez nous en Afrique de l’Ouest : Koumbi Saleh, Sikasso, Tombouctou, Hamdallaye, Gao, Djenné, Kong etc. en ont durement fait les frais.

Quelques fois elles ont disparus ou ne se sont pas remise durablement de leur mise à sac. Car dans la plupart des cas, les pillards étaient des << hordes barbares >> des étrangers au lieu pillé. Mais en Côte d’ivoire, on a vu dans certaines villes comme Bouaké ou Odienné, que des ivoiriens eux-mêmes ratissent puis démolissent carrément leur propre ville. Des usines, le matériel administratif, tables chaises, ordinateurs. Les équipements des hôpitaux et lycées professionnels furent démontés et emportés dans les pays voisins qui ont soutenu la rébellion. Telle est aussi l’une des caractéristiques du pillage et de la razzia de la Côte d’ivoire durant cette interminable crise ivoirienne.

Des villes comme Kisangani, Goma, Bukavu au Congo. Monrovia au Liberia, Bouaké et Man en Côte d’Ivoire et aujourd’hui Bangui au Centrafrique auront du mal à se remettre de la razzia dont elles furent victimes. Elles ressemblent à des femmes violées, violentées et éventrées par les forces obscures du crime et de la méchanceté gratuite. Les pillards mettent le feu aux maisons après avoir emporté le toit, les portes, les fenêtres, le carrelage, ainsi que les installations électriques et sanitaires.

Les établissements publics, les magasins, boutiques. Les banques, les essenceries et autres résidences de luxes deviennent méconnaissables. Les véhicules administratifs et privés, le matériel électroménager, frigidaires, télévisions, cuisinière, vélo et mobylettes sont chargés par camion entier en direction des pays voisins qui ont soutenus la rebellions pour une mise en vente à des prix défiants toutes concurrences. Pendant que les rebelles et leurs alliés les politicards complices, jouissent abondamment de plaisir et de bonheur. Ils ont atteint le paradis en dénudant le pays qu’ils prétendent vouloir gouverner.

V – La guerre, le médiateur et la rébellion

Dans un conflit armé le médiateur est choisi d’un accord tacite entre les belligérants. C’est souvent le pays voisin qui a soutenu la rébellion qui est désigné en raison de son influence en tant que sponsor des rebelles. La Côte d’Ivoire pour la crise libérienne, L’Ouganda pour la crise Congolaise, le Tchad pour la crise centrafricaine et Ouagadougou et le Burkina Faso pour les protagonistes de la crise ivoirienne.

Dans la réalité, le médiateur cherche à régler le conflit à son profit. Le Tchad en soutenant le Séléka, veut mettre un centrafricain favorable au régime de Ndjamena à la tête d’un pays voisin. Le Rwanda, et l’Ouganda en favorisant la chute de Mobutu voulaient se débarrasser d’un régime hostile. Tandis que le Burkina Faso voulait favoriser l’émergence d’un de ses anciens ressortissants à la tête de la Côte d’Ivoire pour intégrer définitivement des millions de burkinabés à la société ivoirienne.

Avec des droits qui vassalisent de fait l’état ivoirien vis-à-vis du Burkina Faso. Ce qui fait qu’aujourd’hui les ivoiriens ne sont ni plus ni moins que des simples vaisseaux de la république voisine du Burkina-Faso. Dans les conflits interafricains, le médiateur agit souvent comme celui qui vient pour tirer les marrons du feu.

Les richesses du Congo pillées par ses voisins qui n’avaient que des belles paroles à lui offrir. Le Rwanda se relève ainsi de sa propre guerre avec le pillage et la ruine de son riche voisin congolais. Le Burkina désertique était devenu exportateur de bois précieux, de cacao et de café qui ne poussent pas sur son territoire sans parler des comptoirs de diamants qui avaient pions sur rue à Ouagadougou. Tout le monde veut la guerre mais à condition qu’elle se déroule chez les autres.

Les voisins se réjouissent toujours d’un conflit à l’intérieur d’un pays africain limitrophe, car les relations entre les chefs d’Etats voisins sont pour la plupart exécrables sinon de simple courtoisie. C’est ce qui explique inexistence d’une coopération sous régionale et régionale digne de ce nom depuis les indépendances jusqu’à nos jours. Regardez la CEDEAO, la CEEAC ou même Air Afrique.

Les problèmes d’egos et la mesquinerie habituelle ont paralysé toutes ces institutions communautaires qui sur le papier auraient du nous aider à faire des pas de géants et nous rendre incontournables. Aujourd’hui nous sommes les derniers des derniers, obligés à quémander pour vivre comme des mendiants.

Plus de cinquante ans après les indépendances, nous ne sommes même pas capables de débarrasser nos rues des ordures ménagères ni d’offrir de l’eau potable à nos populations. Telle est la triste réalité qui a poussé beaucoup d’entre nous à choisir le pain amer de l’exil à l’étranger ne serait ce que pour respirer. Car sur place il n’y avait que la prison ou l’égorgement comme fin de vie au coin d’une rue et parfois même en plein jour.

VI – Postulat de conclusion générale

Il y a des pays stables en Afrique, le Gabon, le Cameroun, le Sénégal, le Malawi, le Kenya ou la Tanzanie. Nous voulons que leurs ressortissants identifient avec nous les causes et les effets du cancer pernicieux qui a plongé des pays comme le Rwanda, le Liberia, la Sierra Leone ou le Congo dans une sorte de libanisation sans fin ou l’Etat moribond est devenu une sorte de fiction dans laquelle il n’y a que les hyènes en chaleur et les charognards qui trouvent leurs comptes.

Nous avons évoqué dans ces lignes une fine partie de la violence aveugle qui s’est abattue sur le Rwanda, le Liberia, la Sierra Leone, le Congo, la Côte d’Ivoire ou le Mali et le Centrafrique. Nous avons esquissé le profil des démolisseurs, de l’échec patent de l’indépendance, des choix contradictoires avec l’indépendance fictive et sa manifestation au quotidien, ainsi que le long chapelet de misères que ces différents peuples ont connues.

C’est une société africaine qui à travers l’exercice du pouvoir, n’accordait une existence digne de ce nom qu’à une minorité de profiteurs et d’exploiteurs sans vergogne, tandis que la grande masse croupissait dans le besoin, le dénuement, la crasse, la maladie, le chômage, la pauvreté, l’angoisse et l’incertitude du lendemain.

Dans la Côte d’Ivoire, le Congo, le Centrafrique, le Liberia ou la Sierra Leone d’aujourd’hui trouver un travail, se soigner, trouver un logement, mettre son enfant à l’école, passer un concours et manger simplement à sa faim sont des problèmes insolubles pour la plupart des citoyens.

Dans ces conditions le luxe tapageur, les belles voitures, les villas paradisiaques avec piscine et jardins fleuris, les frigos de viande et les caves de champagnes contrastent avec les souffrances quotidiennes de la majorité de nos populations. Tout Cela était de la violence gratuite qui a servi de marchepieds aux aventuriers et à tous ceux qui n’avaient plus rien à perdre dans des pays qui les ignoraient.

Nous avons voulu que cette histoire réelle ressorte des tréfonds de notre âme afin de s’inscrire durablement dans la vie politique de l’Etat nation en reconstruction un peu partout en Afrique. Ainsi le Liberia, le Congo, le Rwanda, le Burundi, le Mali, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, se sont étouffés en s’inscrivant dans le cercle infernal des oasis en plein désert, ce n’étaient que des mirages pour leurs habitants et pour leurs visiteurs.

Le grand penseur grec de l’école athénienne, Platon, dans Apologie de Socrate, résume ici mieux notre propos à l’endroit des partis politiques et des rébellions militaro-fascistes africaines :
<< Si vous croyez qu’en tuant les gens vous empêcherez qu’on vous reproche de vivre mal, vous êtes dans l’erreur. Cette façon de se débarrasser des censeurs n’est ni très efficace, ni honorable. La plus belle et la plus facile, c’est au lieu de fermer la bouche aux autres, de travailler à se rendre aussi parfait que possible. >>

Tous ceux qui n’ont pas compris que les égoïsmes, la forfaiture et les violences inutiles conduisent les sociétés humaines à la barbarie, doivent quitter le champ politique. Car celui-ci doit être un service au profit du citoyen et non le contraire.

Merci de votre aimable attention

Dr SERGE-NICOLAS N’ZI
Chercheur en Communication
Lugano (SUISSE)
Tel. 004179.246.53.53
E-mail : nicolasnzi@bluewin.ch

Source:connectionivoirienne.net

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