À quoi ressemblera la ville de demain (Dossier) ?

Les villes se sont emparées du monde. Depuis cent ans, des mégapoles ont émergé de villages de pêcheurs (Singapour, Abidjan), à partir de rien, d’autres, déjà en plein essor, croissent à une vitesse sans précédent. Autrefois, l’imagination et la science-fiction rêvaient de cités tentaculaires, de verticalité vertigineuse, de rues grouillantes de voitures. Aujourd’hui, la ville du futur c’est une cité qui s’articule autour de deux besoins : nature et communication. La mégapole de demain sera résolument verte, dotée d’un réseau de transports ultra performant et capable de communiquer avec le monde entier.

Avec la croissance démographique, outre les problèmes socio-économiques, les villes de demain sont confrontées à de nombreux défis environnementaux :

– L’énergie : la société américaine de recherche énergétique Lux Research affirme que 60 à 80% de l’énergie mondiale est consommée dans des zones urbaines.
– L’eau : d’après une étude menée par plusieurs instituts américains, près de 150 millions de personnes vivant dans des villes en 2000 avaient des problèmes récurrents d’approvisionnement en eau.
– Les émissions polluantes : la croissance de l’industrie, l’augmentation du trafic, la gestion des déchets.
– Le réchauffement climatique : selon le Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC), certaines villes, comme Dhaka au Bangladesh ou Venise, pourraient être englouties par la montée des eaux.

Cette simple liste non exhaustive témoigne de l’ampleur de la tâche. Villes futures ou futur en ville, certaines mégapoles n’en finissent pas de croître. D’autres sont sur le point d’émerger. On est ainsi en droit de se poser une question cruciale : à quoi ressemblera la ville de demain ?

Pour y répondre, Maxisciences commencera par réaliser une série plutôt noire. Une série de « portraits » illustrant ces endroits dans le monde qui affichent des niveaux de pollution bien au-delà de ce que l’homme peut imaginer. Des villes, des villages, ou des sites sur lesquels des populations habitent, mangent, dorment et respirent chaque jour. Un premier tableau qui résume l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir pour certains lieux avant de se tourner vers des villes plus « soutenables ».

À l’opposé du spectre, 10 villes ont attiré notre attention pour leurs qualités environnementales. Dix lieux qui ont su développer la part de « vert » qui est en eux, au travers d’une approche, d’un angle d’attaque. Certaines ont misé sur les transports, d’autres sur l’énergie ou d’autres encore sur le recyclage des matériaux utilisés dans la construction. Un top 10 de ces endroits où l’herbe est plus verte qu’ailleurs.

Parmi ces lieux, la ville de Växjö en Suède. La cité scandinave est considérée comme un modèle dans sa manière de réduire les émissions polluantes. Un système complet d’énergies vertes et de technologies lui ont permis de devenir un véritable exemple à suivre, notamment pour les villes japonaises et chinoises dont la croissance galopante ne cesse de préoccuper. Växjö a même reçu en 2007, le titre décerné par l’Union européenne de ville la plus verte d’Europe.

En Corée, le géant immobilier Gale pilote un projet de ville verte et intelligente, qui se veut la première ville « ubiquitaire » de la planète. Une « U-Cité », c’est-à-dire une ville hyper connectée. Songdo, c’est son nom, devrait ouvrir ses portes en 2018 et pourrait héberger jusqu’à 65.000 personnes.

Enfin, Maxisciences verra bien plus loin en présentant une solution du futur qui semble bien plus proche de la fiction que de la réalité : Lilypad. La cité utopiste de l’architecte Vincent Callebaut, est une ville flottante, une « écopolis » qui s’inspire de la biomimétique. Elle reproduit les écosystèmes naturels en y intégrant l’organisation et la technologie humaine. L’architecte belge y voit une solution potentielle pour abriter les futurs réfugiés climatiques.

Villes de demain, ou villes d’après-demain ? Quand l’environnement est au coeur du projet urbain, c’est toute une population qui peut enfin respirer.

Ces lieux minés par une pollution qui dépasse l’imaginable

Il y a ces villes « vertes » et il y a les autres. Celles qui se maintiennent et celles dont les niveaux de pollution dépassent tout ce que l’homme a imaginé comme seuils de sécurité. Les endroits qui sont présents dans cette liste sont ceux qui sont principalement visés par le Blacksmith Institute, une ONG newyorkaise qui se focalise sur ces zones d’extrême pollution, en dénonçant les effets de l’activité humaine sur les populations résidentes. Hors des sentiers touristiques, ces lieux sont sur la liste noire charbon de l’ONG, et ce, depuis 2007.

10. Kabwe, Zambie
Quand d’importants gisements de plomb ont été découverts près de Kabwe en 1902, la Zambie était alors une colonie britannique (la Rhodésie du Nord) qui se souciait bien peu de l’impact de ce métal toxique sur les autochtones. Tristement, les années ont passé et la situation demeure inchangée : les mines et les fonderies ont cessé d’exister, mais les niveaux de plomb à Kwabe sont astronomiques. En moyenne, la concentration de plomb chez les enfants est de 5 à 10 fois le niveau admissible par les Etats-Unis, bien assez pour causer la mort. « Nous avons fait des tests sanguins sur ces enfants, et leurs résultats cassent littéralement nos machines« , déclare Richard Fuller, président de Blacksmith. Un espoir réside cependant, la Banque Mondiale a récemment attribué 40 millions de dollars pour un projet de nettoyage des sites.

9. Tchernobyl, Ukraine
Ce n’est pas à proprement parler une ville, mais un site. Quand le réacteur n°4 de Tchernobyl explose le 26 avril 1986, la centrale nucléaire lâche dans l’air des radiations cent fois supérieures à ce qui subsistait après l’explosion des bombes de Hiroshima et Nagasaki. Aujourd’hui, une zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale reste inhabitable. Entre 1992 et 2002, plus de 4.000 cas de cancer de la thyroïde ont été diagnostiqués parmi les enfants russes, ukrainiens et biélorusses vivant dans la zone la plus exposée. « C’est l’accident industriel le plus grave au monde » déclare Fuller, « le site sera contaminé pour des dizaines de milliers d’années encore« . Fort heureusement, les autorités travaillent d’arrache-pied pour empêcher les radiations d’émettre depuis les ruines de l’usine.

8. Norilsk, Russie
Norilsk est fondée en 1935. Son rôle : camp de travail forcé en Sibérie pour le régime stalinien. Depuis cette époque, les conditions de vie n’ont cessé d’empirer. Norilsk, c’est là où se trouve le plus grand complexe d’usines à métaux lourds au monde. Plus de 4 millions de tonnes de cadmium, cuivre, plomb, nickel, arsenic, sélénium et zinc sont relâchés dans l’air chaque année. Les échantillons prélevés dépassent la tolérance maximale pour le cuivre et le nickel, et la mortalité liée aux maladies respiratoires est bien plus élevée que celle observée dans tout le reste de la Russie. « Dans un rayon de 50 kilomètres autour de la fonderie de nickel, il n’y pas un seul arbre vivant« , se désole même Fuller.

7. Dzerzhinsk, Russie
La Guerre Froide a laissé un lourd héritage en matière de programme d’armement, point noir pour l’environnement, et le pire d’entre eux se situait à Dzerzhinsk. La propre agence environnementale de cette ville de 300.000 habitants estime que près de 300.000 tonnes de déchets chimiques – incluant quelques-unes des neurotoxines les plus dangereuses – ont été déversés à Dzerzhinsk entre 1930 et 1998. L’eau de certains quartiers de la ville est infectée par de la dioxine et du phénol à des niveaux 17 millions de fois plus élevés que leur seuil de sécurité. Le Guinness Book des records a qualifié Dzerzhinsk de ville la plus chimiquement polluée de la Terre. En 2003, le taux de mortalité dépassait celui de natalité de 260%…

6. La Oroya, Pérou
Le plomb est le contaminant le plus présent sur la liste de Blacksmith : son effet sur le taux de mortalité infantile est dévastateur. A La Oroya, une ville minière des Andes péruviennes, 99% des enfants ont des niveaux sanguins qui dépassent les limites acceptables : la faute à une fonderie américaine qui pollue la ville depuis 1922. Le niveau moyen de plomb dans l’air est trois fois supérieur aux limites fixées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Et même après la réduction des émissions actives de la fonderie, le plomb déjà présent dans les sols de La Oroya n’est pas prêt de s’évacuer. Aucun plan n’est actuellement prévu pour dépolluer la zone.

5. Vapi, Inde
Si l’environnement indien est globalement plus sain que son voisin chinois, c’est aussi parce que le pays se développe plus lentement. Ce rythme est en train de changer : des villes comme Vapi (71.000 habitants) sont situées à la pointe sud d’une ceinture de 400 kilomètres de parcelles industrielles. Pour les citoyens de Vapi, le coût de la croissance est amer. Les niveaux de mercure dans les nappes phréatiques de la ville ont atteint, selon les rapports, des niveaux 96 fois supérieurs à ceux que l’OMS a fixé comme sûrs. Or, les métaux lourds sont présents non seulement dans l’air mais aussi dans les produits locaux de consommation.

4. Sukinda, Inde
Si vous avez déjà vu le film Erin Brockovich, alors vous savez ce qu’est le chrome hexavalent : un métal lourd utilisé dans la production d’acier inoxydable et la tannerie du cuir, dangereusement cancérogène s’il est inhalé ou avalé. Sukinda possède l’une des plus grandes mines de chromite à ciel ouvert. 60% des eaux potables de la ville contient du chrome hexavalent : un niveau deux fois plus élevé que les standards internationaux. Un groupe de recherche indien sur la santé a estimé que 84.75% des décès dans la région de la mine pouvaient être attribués à ce composé. Jusque-là, aucune tentative n’a été entreprise pour nettoyer le site.

3. Tianying, Chine
Tianying est l’une des nombreuses cités industrielles de Chine, située sur la ceinture nord-est du pays. Plus de la moitié de la production nationale de plomb est assurée par la ville. Du fait de l’absence de technologie et pire, de régulation, la majeure partie du métal toxique infiltre les sols et les eaux de Tianying. Les enfants de la ville sont les premiers affectés : certains rapports attestent d’une corrélation entre la présence de plomb dans le sang et une déficience intellectuelle. Les scientifiques ont retrouvé des traces de plomb dans le blé, 24 fois supérieurs aux standards chinois, des seuils d’ores et déjà plus tolérants que ceux fixés par les Etats-Unis. « La Chine a un devoir envers la protection de l’environnement, c’est aussi un engagement face à la pollution industrielle« , déclare Richard Fuller du Blacksmith Institute.

2. Linfen, Chine
La suie noire qui enveloppe la ville de Linfen, dans la province de Shanxi, est telle que Paris pourrait prendre des airs de réserve naturelle. La province de Sanxi est au coeur de la « ceinture de charbon« , et les collines entourant Linfen sont parsemées de mines, légales ou illégales, emplissant l’air de charbon brûlé. Ne tentez pas d’étendre votre linge propre, il deviendrait noir avant même d’être sec. L’Agence Nationale Chinoise de Protection de l’Environnement estime que la qualité de l’air à Linfen est la pire du pays. Une donnée effarante quand on sait que la Banque Mondiale considère que parmi les 20 villes les plus polluées au monde, 16 se situent en Chine. Un citoyen natif de Linfen (3 millions d’habitants) a résumé le problème : « l’endroit dans lequel nous vivons est invivable« .

1. Sumgayit, Azerbaïdjan
L’ex-Union Soviétique a laissé derrière elle quelques friches industrielles, cauchemar pour l’environnement. Les nombreuses usines de Sumgayit, quand elles étaient encore opérationnelles, relâchaient dans l’atmosphère plus de 120.000 tonnes d’émissions polluantes chaque année. La majorité des usines ont aujourd’hui fermé leurs portes, mais les métaux lourds restent et personne ne prend la responsabilité de leur dépollution. 275.000 personnes vivent encore ainsi dans ce que Fuller appelle « une énorme friche industrielle abandonnée« .

Pour que ces dix sites puissent sortir de cette vague d’extrême pollution, il leur faudra du temps. Du temps, des moyens (financiers et techniques) et une volonté politique. Vapi (n°5) en Inde, a récemment été sorti du classement des endroits les plus pollués de la terre. De concert avec les autorités du pays, l’industrie a procédé à des changements significatifs, notamment sur la qualité de l’eau. Elle est désormais potable, et les analyses du Blacksmith Institute montrent que les usines de traitement installées ont des effets positifs.

Le Top 10 des villes les plus vertes du monde

Elles sont citées en exemple dans le monde pour leur attitude éco-responsable. Bien souvent ces villes affichent des indices de satisfaction bien au-delà des espérances. Elles deviennent des modèles pour les cités de demain, des lieux où « durable » semble être le maître-mot guidant les plans de développement générés par leurs municipalités.

Quelles sont les villes les plus vertes au monde ? Ces villes qui ont inscrit l’éco-durabilité au rang de leurs priorités de développement sont les vedettes de ce classement. Voici une liste non exhaustive composée de ces villes qui s’efforcent de rendre la vie plus verte pour leurs citoyens :

10. Portland, Etats-Unis
Aux Etats-Unis, tout est possible. Le pays est le second plus grand pollueur de la planète et pourtant l’une de ses villes se classe dans ce top 10. Portland, dans l’Oregon, est la première ville américaine à avoir adopté un programme de réduction des émissions de CO2. Dans ce cadre, la ville a créé de nombreuses initiatives pour des bâtiments plus éco-responsables. En outre, la municipalité a ardemment combattu les lobbys automobiles en réduisant les voies pour les voitures et en élargissant considérablement les pistes cyclables.

9. Londres, Royaume-Uni
La municipalité de Londres a proclamé la création d’un plan d’action contre le réchauffement climatique qui fait de cette dernière l’une des plus « vertes » au monde. Elle projette de réduire ses émissions de CO2 de 60% et d’utiliser 25% d’énergie produite localement dans sa consommation d’ici vingt ans. De nombreuses initiatives ont été lancées pour améliorer l’efficacité énergétique des foyers et de la ville : des mesures prises dans le cadre de la préparation aux Jeux Olympiques, prévus à partir du 27 juillet dans la capitale britannique.

8. Curitiba, Brésil
Une ville où 99% de ses citoyens sont heureux d’y vivre soit forcément avoir quelque chose de spécial. L’une des raisons, c’est que 70% de ses habitants utilisent les transports publics, dotés d’un réseau très efficace. La ville héberge en outre plus de 50 mètres carrés d’espaces verts par citoyen. Curitiba, c’est aujourd’hui un véritable modèle pour les plus grandes métropoles.

7. Bogota, Colombie
Bogota est plus souvent citée pour son réseau criminel que pour son développement écologique. Et pourtant, le maire Enrique Penalosa a fait de l’écologie un véritable objectif. Il fait reconstruire l’ensemble des trottoirs pour donner une place réelle aux piétons et a rénové de manière efficace le système de transport en bus. Le maire de la capitale colombienne a revitalisé plus de 1.200 espaces verts dans la ville. Il a également imposé une taxe sur l’essence pour en diminuer l’usage, et a décrété une journée par année sans voiture.

6. Sydney, Australie
Sydney pourrait s’attribuer le mérite d’avoir créé l’Earth hour, une initiative environnementale majeure. Elle peut aussi se targuer d’être la première ville à avoir imposé à ses citoyens le remplacement des anciennes ampoules, par de nouvelles, plus éco-compatibles. La mégapole australienne a également développé un important dispositif de récupération des déchets alimentaires.

5. Bahia de Caraquez, Equateur
Bahia de Caraquez est un sanctuaire pour les écotouristes. La ville a subi d’importants dégâts liés aux catastrophes naturelles qui se sont abattues dans les années ’90. La reconstruction a poussé le gouvernement local et les ONGs a rendre la ville plus soutenable. Ils ont ainsi développé bon nombre de projets préservant la biodiversité et contrôlant l’érosion. Ils ont également mis en place un tri des déchets organiques des marchés publics et des ménages, et soutenu l’agriculture Bio.

4. Vancouver, Canada
A la différence d’autres cités d’Amérique du Nord, Vancouver, la plus grande ville de Colombie Britannique a beaucoup investi pour devenir plus éco-compatible. Plus de 90% de l’énergie de la métropole provient d’une source renouvelable, telle que le vent, les marées, le soleil et les vagues. Vancouver a également développé un plan de durabilité qui s’étale sur les cent prochaines années : la ville compte bien protéger ses 200 parcs déjà existants.

3. Copenhague, Danemark
Quand la population a décidé de virer « au vert », la ville peut devenir un vrai paradis. Copenhague est une capitale dans laquelle les citoyens sont conscients des valeurs environnementales, utilisant bien plus leur vélo que leur voiture. La ville compte de nombreuses éoliennes au large de ses côtes et a mis en place un tout nouveau métro bien plus écologique que les autres capitales européennes.

2. Malmö, Suède
La troisième plus grande ville de Suède, Malmö s’est transformée en écologiste fidèle. Bon nombre de ses quartiers ont adopté un design écologique, faisant de la ville une véritable éco-zone. Un modèle en matière de développement urbain.

1. Reykjavik, Islande
L’Islande est le pays le plus « vert » du monde, et ce n’est pas une surprise de retrouver sa capitale Reykjavik au rang de ville la plus « verte » du monde. La municipalité de la ville a exprimé le souhait de devenir la ville la plus propre d’Europe et a pris d’impressionnantes mesures pour y parvenir. Aujourd’hui, la cité islandaise est entièrement alimentée par de l’énergie propre qui mise sur la géothermie et l’hydroélectricité. Son système de transport est même exclusivement basé sur des moteurs à hydrogène !

Néanmoins, ce classement non exhaustif aurait pu inclure bien d’autres villes qui méritent leur nom au palmarès. Dans les divers classements et prix environnementaux, certaines cités reviennent souvent dans les villes les plus vertes :
– San Francisco, Etats-Unis : 100 millions de dollars viennent d’être alloués aux énergies renouvelables.
– Barcelone, Espagne : les plans d’urbanisation incluent une vision globale de réduction de la pauvreté et d’éco-durabilité.
– Kampala, Ouganda : en passe de devenir la ville la plus verte d’Afrique pour ses plans d’agriculture urbaine et de taxe sur le trafic routier.
– Freiburg, Allemagne : le quartier de Vauban complètement piéton et adoptant des principes de recyclage des eaux et des déchets totalement novateurs.

Dans ce classement, ne figure toutefois pas Växjö, ville suédoise de taille moyenne qui a reçu de l’Union européenne le titre de ville la plus verte d’Europe en 2007. Pour devenir un exemple pour le monde entier, la cité scandinave a su adopter des mesures urbaines écologiques, faisant ainsi figure d’exemple à elle toute seule.

Växjö, la ville la plus verte d’Europe

La ville du futur ressemblera-t-elle à Växjö ? Dans cette ville suédoise de taille moyenne (80.000 habitants), la municipalité a relevé le défi du développement durable. Plus de la moitié de la population de la ville n’utilise que des énergies renouvelables. Depuis 1993, la cité a diminué ses émissions de CO2 de 35% (mesuré en 2008). L’objectif pour 2030 est simple : la tolérance zéro.

Quand l’Union Européenne veut réduire de 20% ses émissions de CO2 d’ici 2020, les habitants de Växjö sourient doucement. La ville suédoise a déjà pris le large : 35% de réduction en 2008, par rapport au niveau de 1993. Mais elle ne compte pas s’arrêter là : la municipalité vise une diminution de 55% pour 2015. Pour 2030, elle s’est fixée un objectif de taille, la tolérance zéro.

L’histoire verte de la ville ne date pas d’hier. Hiver 1970, Växjö se réveille un matin horrifiée : avec le dégel, des dizaines de poissons morts remontent à la surface des lacs entourant la ville. À l’origine de ce massacre : la pollution de l’agriculture et de l’industrie. Il n’en fallait pas plus aux autorités pour commencer un grand nettoyage et une purge écologique. C’est le point de départ de son engagement pour l’environnement. 1996, la municipalité se fixe un objectif : réduire de 50% les émissions de dioxyde de carbone par habitant d’ici à 2010.

Mais en 2007, le but est loin d’être atteint : « en 2005, nous étions arrivés à les faire baisser de 24 pour cent. Il y a encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif de 50%, mais nous pensons qu’à l’horizon 2010, nous pourrons parvenir à au moins 40-45%« , déclarait Henrik Johansson, auditeur environnemental à la direction municipale de la planification.

La clé : des déchets forestiers en guise de carburant

Pour réduire les émissions, la principale décision des autorités de Växjö a été de remplacer l’énergie fossile par une énergie renouvelable. Concrètement, la municipalité a substitué le fioul des chauffages urbains par de la biomasse : des déchets de bois produits par l’industrie forestière locale. Elle a également donné de nombreuses subventions à tous ceux qui choisissaient un système d’énergie solaire. Aujourd’hui, 90% de la ville est alimentée par de l’énergie non fossile, le réseau a même été étendu aux villages voisins.

Se basant sur un processus de consultation, la Ville de Växjö a travaillé de concert avec les entreprises locales, les communautés et les usagers. Elle a ainsi su pousser l’ensemble des acteurs de la ville à investir maintenant, mais pour l’avenir. En outre, la municipalité a également agi sur le levier des transports. Les taxis ont reçu des subventions pour installer des innovations technologiques qui leur permettent de baisser de 20% leur consommation en carburant.

Un centre-ville piéton et des vélos gratuits

Växjö Taxi suit désormais ses véhicules par satellite : cela leur permet d’envoyer la voiture réellement la plus proche pour prendre un client. « C’est très rare maintenant que nos voitures aient à faire un long trajet à vide pour chercher un passager« , confirme Karin Bachstätter, la directrice de l’entreprise.

Ajouté à cela, les chauffeurs ont été sommés de suivre un stage de « conduite écologique » afin d’apprendre à rouler en consommant le moins d’essence possible. En sus, Växjö Taxi a acquis des véhicules hybrides, fonctionnant à l’éthanol et au biogaz. « Si nous voulons sauver l’environnement, il faut que toutes les entreprises fassent quelque chose« , martèle Karin Bachstätter. « Maintenant nous devons acheter de nouvelles voitures ‘vertes’. C’est notre priorité« .

La municipalité a choisi de rendre le centre-ville aux piétons. Les « passages piétons » ont été remplacés par des « passages routiers »; et une campagne de promotion du vélo a été mise en place. Les fonctionnaires ont chacun reçu un vélo pour se déplacer vers leur lieu de travail. Mais d’autres initiatives ont aussi été prises durant les tables rondes. Par exemple, les places de parking sont désormais gratuites pour les véhicules écologiques, et lors de chutes de neige, les autorités ont pris la décision de commencer par déblayer les pistes cyclables, avant les routes ouvertes à la circulation des voitures.

Le prix de l’Énergie en 2007

Grâce à tous ces efforts, cette ville proche du village natal du botaniste Carl Linné, a reçu en 2007 le prix de l’Énergie durable pour l’Europe, décerné par la Commission européenne. Une consécration pour les résultats obtenus par la cité. « Cela veut dire que notre action est jugée importante et qu’elle peut être reprise en beaucoup d’autres endroits. Et c’est ce que nous voulons. Nous savons bien que même si nous éliminons les énergies fossiles chez nous, cela ne résoudra pas les problèmes de la planète. Mais nous pouvons être un exemple pour d’autres villes« , souligne M. Johansson, réaliste.

Partout dans le monde, les entreprises et les politiques affluent pour s’inspirer du modèle de Växjö. « La majorité des visiteurs viennent du Japon et de Chine« , s’enthousiasme Henrik Johansson. « Ils veulent voir comment nous utilisons les bioénergies en ville, ce que nous faisons contre le changement climatique au niveau local et comment nous coopérons avec les entreprises et l’université« , ajoute-t-il. Mais pour 2030, l’objectif sera encore plus élevé : la municipalité veut appliquer une tolérance zéro en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

De l’autre côté du monde, en Corée du Sud, une ville tente un autre pari : devenir la ville la plus écologique de la planète. Mais Songdo part de loin, la ville en est encore à l’état d’embryon mais elle devrait ouvrir officiellement ses « portes » en 2018, lorsqu’elle sera entièrement construite.

 

Songdo, la ville du futur

En 2018, la Corée du Sud pourra inaugurer une nouvelle ville construite de toutes pièces : Songdo. À 65 kilomètres à l’ouest de Séoul, gratte-ciels, habitations, bureaux, écoles et hôpitaux sortent de terre et devraient permettre à 65.000 Coréens de trouver un logement et pour près de 300.000 personnes, un emploi. Le tout sans aucune émission de CO2. Le géant immobilier Gale qui pilote ce projet espère vendre ce modèle de « ville verte en kit » à toute l’Asie.

La maison en kit, cela existe depuis longtemps. Dans certains États américains, on roule vers la zone industrielle, on choisit son modèle parmi les maisons exposées et quelques mois plus tard, des ouvriers ont construit la villa de vos rêves. Mais les Coréens ont fait plus fort. Sans passer par le stade « immeuble en kit », ils sont passés directement à la ville. Une ville construite là où il n’y avait rien. En un peu plus vingt ans, une cité futuriste va émerger sur la carte de la Corée du Sud, 300.000 personnes pourront venir y travailler quotidiennement. Et en plus, Songdo, c’est son nom, sera totalement écologique.

Jouer à Sim City pour de vrai

La recette est simple. Prenez 600 hectares de mer et comblez-les pour en faire une zone constructible en sept ans. Reliez ensuite la terre promise au continent par un pont de douze kilomètres et un métro. Il ne reste plus qu’à l’aménager : des locaux commerciaux, des bureaux, des immeubles résidentiels, saupoudrez-la de quelques gratte-ciels et finissez par ajouter de quoi satisfaire vos futurs concitoyens. Deux campus universitaires, un hôpital, des musées, et un parc de 40 hectares inspirés par le Central Park de New York.

On en oublierait la petite spécificité locale : une infrastructure de collecte et de diffusion de données parmi les plus complexes de la planète. Tout ça c’est un peu comme si on développait sa Sim City, mais en vrai. Et avec une enveloppe de 30 véritables milliards de dollars… À 65 kilomètres de Séoul, et à 20 minutes de l’aéroport d’Incheon, le plus important du pays, Songdo continue de se construire. À l’heure actuelle, 30% de la cité sont sortis de terre. Le projet de cette ville du futur est piloté par Gale International, géant américain de l’immobilier : la firme souhaite faire de Songdo un modèle de cité émergente pour toute l’Asie.

En surface, on ne voit que gratte-ciels immaculés et parcs : mais c’est en sous-sol que la ville a fait des miracles. « 99% des stationnements de la ville sont souterrains, et un imposant système de collecte et de filtration de l’eau de pluie est situé sous un terrain de golf« , souligne Scott Summers, vice-président à l’investissement étranger pour Gale International.

L’hyper connexion sur tous les fronts

« Imaginez une ville où vous pouvez aller jouer au golf avec un client le matin, faire un aller simple pour une réunion d’affaires à Shanghai ou Tokyo en 90 minutes d’avion seulement ou encore à Séoul en 20 minutes de train« , s’enthousiasme M. Summers avant de poursuivre : « Et revenir le soir même pour tenir une réunion en vidéoconférence avec le siège social aux États-Unis ou en Europe à partir de la maison. C’est la méthode d’avenir pour la conduite des affaires dans la région : l’intégration en profitant de la géographie et de la facilité des moyens de transports« . Songdo est construite pour devenir la Singapour du Nord-Est asiatique.

En moins de sept ans, 34.000 Coréens ont déjà élu domicile à Songdo. À terme, 65.000 personnes pourront venir y trouver un logement. Mais la véritable nouveauté de cette cité, c’est le concept-maître de « ville ubiquitaire ». Une cité hyper connectée : chaque mètre carré de Songdo sera parcouru par des câbles numériques. Toute information pourra être traitée, collectée et utilisée au service de la population. Songdo : ville intelligente.

« Sans sortir de la maison, une personne pourrait consulter son médecin, prendre un cours privé avec un tuteur, prendre son cours de yoga, ou encore assister à une réunion pour le travail« , explique Munish Ketrapal, directeur aux opérations d’entreprises en Asie pour Cisco. L’entreprise a fourni à l’ensemble des bâtiments urbains un système de TelePresence. Le but avoué : changer la façon d’interagir des communautés.

Quand connectivité rime avec sécurité et écologie

Caméras de sécurités, lecteurs de plaques d’immatriculation devant les bâtiments, contrôles automatiques des entrées et sorties des stationnements, les habitants de Songdo seront suivis à la trace. L’intérêt serait par exemple de « suivre en temps réel le trafic et de contourner ce dernier en cas d’accident sur une route tout en dépêchant une ambulance sur les lieux« , illustre M. Ketrapal. À l’heure où le débat sur le fichage toujours plus intense fait rage dans le monde, les futurs habitants de Songdo n’y voient que du positif. « Les 2.500 premières unités en prévente ont été vendues en une journée. […] Les nouveaux résidents avaient été choisis à l’aide d’une loterie à laquelle avaient participé… 60.000 personnes« , rapporte Marc-André Séguin, collaborateur du journal québécois Le Soleil.

Mais Songdo ne se résume pas à cela. Et si elle trouve sa place ici c’est parce qu’elle sera également la ville la plus écologique au monde. Quarante pour cent de la cité sont composés d’espaces verts, 75% des matériaux de construction utilisés sont recyclés. L’eau de mer alimente les canaux de la ville et l’eau de pluie filtrée par le terrain de golf irrigue l’ensemble des parcs. Une sorte d’aspirateur central est en outre connecté aux logements pour récupérer les déchets domestiques. Il les redirige ensuite vers une usine de combustion, qui produit en retour la chaleur pour réchauffer l’air et l’eau des immeubles résidentiels quand il fait froid.

« Cette infrastructure intégrée permet aussi d’éviter d’avoir des camions à déchets sur les routes« , souligne Scott Summers. « Et cette chaleur pourra aussi être convertie en énergie qui alimentera le réseau électrique de la ville« .

Un modèle pour la Chine ? 

Sur chaque toit d’immeuble, des panneaux solaires. Et avec le système de « tuyauterie numérique » installé par la firme Cisco, la municipalité pourra connaître la consommation d’un immeuble. Elle pourra ainsi rediriger une partie de l’énergie vers d’autres centres, et ainsi réduire la production en fonction de son utilisation, dans le but de réduire les coûts. Pour les Américains de Gale International, le marché porteur se situe à quelques encablures de là. La Chine et son milliard et demi d’habitants a déjà commandé une première ville en kit.

Songdo sera-t-elle le nouveau modèle de ville en Asie ? Ailleurs dans le monde, certains restent sceptiques : ils ont en tête l’exemple de Brasilia, construite en 3 ans et demi dans les années 1960, et dont les bidonvilles côtoient désormais les centres du pouvoir brésilien.

Et si au-delà de Songdo, la ville du futur, il existait une autre ville encore plus futuriste ? A titre d’exemple, le concept de l’architecte Vincent Callebaut est ambitieux : un modèle de ville à 100% écolo, qui flotte au large de nos côtes et qui pourrait accueillir les réfugiés climatiques de la planète. Son nom : Lilypad.

Lilypad, une cité nénuphar pour les réfugiés climatiques

L’architecte franco-belge Vincent Callebaut a imaginé des cités flottantes pour faire face à la montée des océans. Un projet tourné vers le futur et inspiré de la biomimétique : reproduire les écosystèmes en intégrant l’organisation et les technologies humaines, grâce à des énergies vertes.

Et si de titanesques nénuphars flottaient au large de nos côtes ? Ces cités amphibies vogueraient au gré des courants, tels des paquebots géants éco-compatibles. L’idée semble certes un peu utopique, mais elle a de quoi faire rêver. Et du rêve à la réalité, le pas n’est pas forcément aussi grand qu’on peut le penser. L’architecte franco-belge Vincent Callebaut a voulu créer ce concept unique baptisé « Lilypad ».

À l’origine, il y a une réflexion sur le réchauffement climatique. Selon les climatologues, le niveau des océans va augmenter au cours des siècles à venir. Or, certaines régions du monde sont directement menacées par la montée des eaux : les îles du pacifique, comme les Tuvalu ou les Kiribati sont en première ligne. Derrière elles, les Maldives, le Bengladesh et le Vietnam pourraient aussi voir leurs terres se rétrécir et condamner leurs habitants à se reloger. Le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat) prévoit une augmentation de 20 à 90 centimètres du niveau des océans au cours du XXIe siècle. Dès lors de nombreux « réfugiés climatiques » pourraient chercher un lieu pour vivre.

Des solutions durables pour les réfugiés climatiques

Au niveau international, l’enjeu est ténu. Qui est le responsable de cette situation ? Qui doit reloger ces personnes ? Où et comment les reloger ? Geremia Cometti, anthropologue à l’Institut de Hautes Études Internationales et du Développement à Genève, développe cette problématique au cours de ses recherches sur le statut de « réfugié climatique », avec pour exemple les îles Tuvalu.

De son côté, l’architecte Vincent Callebaut a imaginé une solution futuriste au relogement de ces réfugiés climatiques : une solution qui dépasse le problème démographique. Une ville créée de toutes pièces à moitié hors de l’eau et à moitié sous l’eau. Ce projet emploie le concept de biomimétique : il s’inspire des écosystèmes en y intégrant l’organisation et les technologies humaines.

« Il est primordial, à cause de la crise environnementale et du prochain exode climatique, de passer dès aujourd’hui d’une stratégie de réaction dans l’urgence à une stratégie d’adaptation et d’anticipation durable. Je m’étonne que les gouvernements ne s’attèlent pas davantage à gérer la montée des eaux, alors que des îles entières vont disparaître. Et il est encore plus étonnant de voir que, malgré les risques, les gens continuent à se ruer sur des littoraux voués à l’inondation. Nous devons penser aujourd’hui à des solutions ultra-marines« , explique Vincent Callebaut, sur son site internet.

En symbiose avec les cycles de la nature

Une Lilypad peut héberger quelque 50.000 habitants. Lier l’homme et la nature au coeur d’un projet nomade qui suit les courants marins. Un lagon central d’eau douce alimenté par l’eau des pluies permet à la faune et à la flore d’investir la ville. Trois baies, des marinas, permettent son accès par les bateaux. Autour du lagon, trois montagnes : une pour le travail, une pour les commerces et la dernière, consacrée aux loisirs. « Chacune de ces zones est recouverte d’une strate de logements végétalisés en jardins suspendus et traversée par un réseau de rues et de traboules au tracé organique« , décrit l’architecte.

La structure de Lilypad s’inspire du nénuphar géant d’Amazonie. Totalement autosuffisante : l’architecte l’a conçue pour n’utiliser que des énergies renouvelables. Elle est une « Ecopolis flottante multiculturelle dont le métabolisme serait en symbiose parfaite avec les cycles de la nature« , conclut Vincent Callebaut.

Utopie ou piste pour l’avenir, Lilypad pourrait inspirer d’autres créations architecturales qui tentent de reproduire les cycles naturels, sans utiliser d’énergie fossile. La cité flottante tenterait ainsi de répondre au défi de la croissance démographique face au réchauffement global et à l’apparition des réfugiés climatiques.

Inventer la vie urbaine de demain

D’un bout à l’autre du spectre, les idées ne manquent pas. Le travail non plus, surtout quand on passe en revue ces dix premiers sites où la pollution extrême dépasse tout ce que l’on peut imaginer.

Du concept à la réalisation, le pas a été franchi par Växjö, la Suédoise. À la base, un événement écologique tragique qui agit comme l’électrochoc d’une politique environnementale ambitieuse. Et à force de labeur, la population suit le mouvement, adhère aux principes et finit par participer activement à sa mise en place.

Autre méthode, autre approche : Songdo. Le géant américain Gale International fleure le filon de la ville verte hyper connectée. Mais l’écologie doit-elle être rentable pour exister ? Sur le plan éthique, la question reste en suspens. Toujours est-il que si Songdo suit une bonne direction, cette ville en « kit » pourrait venir soulager les centres urbains chinois, au bord de l’implosion démographique.

À moins que l’utopie ne vienne s’immiscer dans ce monde de rationalité. Une quinzaine de Lilypads qui flotteraient au large de nos côtes, pourquoi pas non ? Et si les prévisions de l’augmentation du niveau des océans se confirment, ne serions-nous pas soumis à cette tentation ?

À défaut de savoir exactement à quoi ressemblera la ville demain, l’homme d’aujourd’hui en dessine les contours, en conçoit les modèles, comme il l’a fait déjà à plusieurs reprises au cours de l’Histoire. À la différence près : la Terre n’était peut-être pas aussi vulnérable…

Source:maxisciences

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