Le FMI de DSK était prêt au remplacement du dollar comme monnaie de réserve internationale !

FMI_Face à la déstabilisation monétaire internationale, il est urgent d’instaurer, en substitution du dollar, une nouvelle monnaie de réserve internationale et de référence des échanges internationaux, afin de préserver les économies réelles des nations des fluctuations de la monnaie, de l’économie et de la politique États-Unienne.

Le 1er novembre 2007, en pleine crise des subprimes, DSK prend les fonctions de directeur général du Fonds Monétaire International (FMI).

« Le FMI est une organisation regroupant 184 pays. Il a pour mission de promouvoir la coopération monétaire internationale, de garantir la stabilité financière, de faciliter les échanges internationaux, de contribuer à un niveau élevé d’emploi et à la stabilité économique et de faire reculer la pauvreté. »

Moins d’un an plus tard, à partir du 14 septembre 2008, la crise financière de l’automne 2008 provoque un début de crise systémique et une récession touchant l’ensemble de la planète ; elle est principalement marquée par une crise de liquidité, une crise de solvabilité, une raréfaction du crédit, les difficultés et faillites d’établissements financiers, puis par le sauvetage de l’ensemble du secteur financier par les gouvernements et les banques centrales impliqués.

Six mois plus tard, le 23 mars 2009, dans un essai en anglais intitulé : « Réformer le Système Monétaire International » (analyse détaillée en français de Pierre Sarton du Jonchay), Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la banque centrale de Chine, établissait un bilan précis et étayé de la crise mondiale dans sa dimension monétaire, expliquant que l’actuel système international, fondé sur l’utilisation d’une monnaie nationale, le dollar américain, est inédit dans l’histoire monétaire mondiale.

Jusqu’en 1971, le dollar a été admis par les accords de Bretton Woods comme unité de compte et de réserve internationale équivalente à un poids constant d’or à raison de 35 dollars pour une once. En aout 1971, le Président Nixon décidait unilatéralement de suspendre la convertibilité du dollar en or à un prix fixe. À partir de cette date, la monnaie a changé de nature, en rupture avec la conception multi-séculaire qui avait prévalu jusque-là. La Réserve Fédérale des États-Unis ne garantit plus la conversion de ses crédits contre une quantité certaine de métal. Le dollar n’est plus alors que la représentation comptable d’un crédit auprès de la Fed, échangeable contre n’importe quel bien ou service réel mais à un prix flottant au gré du marché.

Zhou Xiaochuan dénonçait donc il y a deux ans l’absurdité objective du système monétaire international en vigueur. Il conclut logiquement à la nécessité de dissocier l’unité de compte, de règlement et de dette internationale de toute unité de compte nationale. La banque centrale responsable de la liquidité internationale des prix et des dettes ne peut en aucun cas être une banque centrale nationale. La stabilité de la valeur de l’unité de compte internationale doit dépendre d’un système bancaire spécifique dont la gouvernance doit nécessairement être multinationale. Les institutions fondées par les accords de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale, répondent en fait à cette exigence et Zhou Xiaochuan note qu’elles ont été dotées à partir de 1969 d’une nouvelle unité monétaire, le Droit de Tirage Spécial (DTS – SDR en anglais), définie comme un panier de plusieurs monnaies. La valeur du DTS est la moyenne pondérée des taux de change des monnaies nationales qui la composent. Elle est déterminée par les politiques monétaires de plusieurs pays. Mais le FMI n’a aucun pouvoir d’émission autonome lui permettant de gérer la liquidité mondiale.

Zhou Xiaochuan voit dans le FMI les prémices d’une banque centrale internationale capable de gérer la liquidité mondiale avec un objectif de stabilité globale des prix en DTS. Mais cela implique l’autonomie d’émission de crédits en DTS et une cotation minimale d’actifs en DTS pour fournir au FMI un référentiel de prix qui mesure la valeur du DTS. Le Gouverneur de la banque centrale de Chine réclame le retour au schéma proposé par Keynes d’une monnaie internationale (le bancor, le projet inabouti de John Maynard Keynes) distincte dans sa définition des monnaies nationales et il propose en conséquence une redéfinition du DTS par des actifs réels négociables en DTS. La définition rigide par un panier fixe de monnaies est abandonnée. Les contreparties de l’émission du DTS ne sont plus des droits fixes alloués aux États qui engagent leur monnaie dans la composition du DTS mais les réserves de change déposées en fonction de l’activité économique réelle. Zhou Xiaochuan pose donc la règle d’un jeu financier international gagnant-gagnant ajusté au poids et aux rôles réels des économies nationales dans le monde.

Un an plus tard, le 13 avril 2010, le FMI publiait un rapport en anglais intitulé « Accumulation de réserve et stabilité monétaire internationale » allant dans le sens de la proposition du Gouverneur de la banque centrale de Chine en faveur de la création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale « supra-nationale » autonome afin en quelque sorte de « réconcilier l’homme et la monnaie » :

Chaos international

Dans le reste du monde, l’instabilité monétaire du dollar se démultiplie. Le système financier en dollar est la base monétaire du monde. A chaque zone monétaire sa politique de gestion de l’instabilité. Les zones commercialement et financièrement excédentaires ont le choix entre laisser s’apprécier leur monnaie ou importer l’inflation américaine. Les zones commercialement déficitaires ont le choix entre rester en marge du commerce international ou vivre du crédit international libellé en monnaie des autres. La souveraineté est une fiction juridique. Toutes les zones monétaires sont de fait également expropriées de leur monnaie. La balance des paiements extérieurs est en conflit permanent avec l’équilibre interne de la liquidité. Plus une zone monétaire a une base économique étroite, plus l’appréciation de l’étranger sur la valeur de sa monnaie détermine le crédit consenti à la zone monétaire. Le crédit extérieur détermine le crédit intérieur indépendamment de toute action de la banque centrale. A chaque instant, plusieurs équilibres sont possibles entre prix interne de la liquidité et prix des changes. A l’inverse plus une zone monétaire a une base économique large plus elle est auto-suffisante et susceptible d’attirer des capitaux internationaux en quête de sécurité monétaire. Plus alors le poids du dollar est proportionnellement faible. Et élevée l’incertitude du prix relatif entre monnaies de réserve. Les masses de crédit propres à chaque zone monétaire sont naturellement instables par le seul fait de l’ouverture aux échanges extérieurs. Les flux commerciaux et les flux financiers se déstabilisent réciproquement. L’économie financière s’auto-alimente de sa propre instabilité.

Choisir la justice

L’ajustement dans une même monnaie de l’épargne financière à la masse des crédits est impossible. Le risque de change s’ajoute au risque de crédit ; la masse de fonds propres à mobiliser pour garantir la valeur des crédits est incompatible avec le taux de croissance désiré par les citoyens. Le casino remplace le calcul économique. La foi dans les personnes est remplacée par la vaine modélisation du hasard. Sans création d’un étalon international de la valeur, la seule issue à la crise sera le cloisonnement des zones monétaires et la disparition du commerce international inter-zone. L’alternative est le retour à Bretton Woods et la mise en oeuvre du schéma monétaire de John Maynard Keynes : création d’une banque centrale internationale consentant des crédits en bancor. Il s’agit d’achever la définition de la monnaie en l’alignant sur ce que les hommes veulent qu’elle soit. A chaque zone monétaire, correspond un système de lois, de crédit et de monnaie pour les hommes qui tirent exclusivement la valeur dont ils ont besoin de la zone où ils vivent. Si des hommes ont besoin du commerce international, besoin d’investir à l’étranger ou besoin d’aider d’autres hommes qui ne sont pas dans leur zone monétaire il leur faut une monnaie dont le pouvoir d’achat stable soit délocalisé. Tous les outils existent pour le faire. La finance a justement atteint le degré de maturité technique suffisant. Il manque la responsabilité. Il manque les décisions et les accords internationaux.

Neuf mois plus tard, le 7 janvier 2011, le FMI publiait un rapport en anglais intitulé « Amélioration de la stabilité monétaire internationale – un rôle pour le DTS ? » qui appelait, en terme diplomatique, au remplacement possible du dollar comme monnaie de réserve internationale.

Quinze jours plus tard, Le 21 janvier 2011, Michel Camdessus (ancien directeur général du FMI et gouverneur honoraire de la Banque de France) a remis au Président de la République française un rapport connu sous le nom d’ « Initiative du Palais-Royal » et intitulé « La réforme du Système Monétaire International – une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle » afin de prépa :

Ce rapport a été rédigé par un comité d’experts internationaux comprenant notamment Horst Koehler, ancien directeur général du FMI et ancien Président fédéral allemand, Paul Volcker, ancien Président de la Réserve fédérale des États-Unis, et Xiaolian Hu, vice-gouverneur de la Banque centrale chinoise. Nicolas Sarkozy s’est félicité de cette contribution au débat sur la réforme du système monétaire international, qui constitue une priorité de la présidence française du G20. Ce travail sera prolongé par une contribution plus détaillée à l’intention des ministres des Finances du G20 (les 3 & 4 novembre 2011 à Cannes).

Conclusion du rapport

La crise a ouvert, et même accéléré, une transition vers un monde nouveau où les économies émergentes jouent un rôle important pour la croissance mondiale, au même rang que les économies avancées ; il s’agit d’un monde fondamentalement multipolaire et dans lequel les problèmes monétaires devront être traités en coopération. Le système monétaire international issu de la réforme à laquelle nous aspirons doit préserver les gains des soixante-cinq dernières années, sans se laisser entraîner à la même instabilité. Il s’agit d’un système qui préserve la liberté des échanges commerciaux et des paiements courants et qui permette un meilleur partage des bénéfices liés à une mondialisation financière convenablement régulée. Il s’agit d’un système dans lequel tous les pays reconnaissent leur part de responsabilités pour la stabilité mondiale et acceptent que les objectifs nationaux à court terme puissent, le cas échéant, être subordonnés à l’intérêt commun. La coopération internationale est, dans le long terme, un élément indispensable de la recherche de la prospérité au niveau national. Pour cette raison, chaque pays devrait faire preuve d’un sens renouvelé de responsabilité et de discipline envers le système dans son ensemble. Le G20 occupe une position privilégiée pour promouvoir ce bien commun à l’échelle mondiale et le faire prévaloir, s’il le faut parfois, aux dépens d’interprétations limitées et étroites des intérêts nationaux. Les chances de l’instauration d’un véritable ordre monétaire international se trouvent ici en jeu.

Quinze jours plus tard, le 10 février 2011, DSK persistait dans cette véritable « déclaration de guerre avec le dollar » en publiant (en français et en anglais) une chronique intitulée « Une architecture financière plus solide pour le monde de demain » sur le blog du FMI (avec beaucoup de liens à suivre vers des documents complémentaires), ainsi qu’un communiqué de presse, tout en lançant le même jour un nouveau site internet dénommé « Réformer le Sytème Monétaire International » (SMI) :

L’objectif est d’avoir des actifs de réserve pour les banques centrales reflétant mieux l’économie mondiale, puisque que le dollar est vulnérable aux fluctuations de l’économie américaine et aux changements dans sa politique nationale. En plus de servir de monnaie de réserve, le FMI a également proposé de créer des obligations en DTS, ce qui réduirait la dépendance des banques centrales aux bons du Trésor américain (T-Bonds). Enfin, le FMI a en outre suggéré que certains actifs, comme le pétrole et l’or, qui sont aujourd’hui négociés en dollars, pourraient être à l’avenir facturés en DTS.

Une véritable révolution projetée pour le monde jusqu’alors dominé depuis maintenant 40 ans par la toute puissance du dollar américain !

Trois mois plus tard, le 18 mai 2011, DSK (emprisonné aux USA) démissionne de son poste de directeur général du FMI pour consacrer toutes mes forces, tout mon temps et toute mon énergie à démontrer mon innocence.

Deux jours plus tard, le 20 mai 2011, le Conseil d’administration du FMI établit le processus de sélection du prochain Directeur général du FMI (nous connaitrons le nom du successeur de DSK le 30 juin 2011 au plus tard).

Christine Lagarde à la tête du FMI ? Un peu de décence !

 

Source: agoravox

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